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Baden Baden : Ana se jette à l’eau

Après une expérience ratée sur le tournage d’un film, Ana, 26 ans, retourne à Strasbourg, sa ville natale.

Le temps d’un été caniculaire, elle se met en tête de remplacer la baignoire de sa grand-mère par une douche de plain-pied, mange des petits pois carotte au ketchup, roule en Porsche, cueille des mirabelles, perd son permis, couche avec son meilleur ami et retombe dans les bras de son ex.

Bref, cet été-là, Ana tente de se débrouiller avec la vie.

 

 

Sa vie, c’est surtout celle d’une jeune femme lambda de 25 ans qui n’a pas d’aspirations financières particulières et pas envie de travailler pour un patron stressant.

 

 

Ana est, en fait, le reflet de Simon et Julien, les deux antihéros du plus grand road movie immobile de l’histoire du cinéma belge, Mobile Home. Comme les deux garçons, elle cherche sa voie, revient sur ses pas, s’aventure dans des chantiers qu’elle ne maîtrise pas, hésite, s’accroche, s’en fout, piétine et tourne en rond. Vit à son rythme.
L’analogie entre les deux films est patente et on retrouve d’ailleurs la même maison de production (Tarantula) derrière les deux projets. Ça pourrait tout aussi bien être un hasard. On prendra ça comme un signe encourageant puisque le long métrage de François Pirot avait plutôt bien fonctionné au box-office belge, se hissant au-dessus du cap toujours compliqué à atteindre des 15.000 tickets vendus, remportant au passage deux Magritte et engrangeant les critiques positives.

 

 

Le premier long métrage de Rachel Lang n’est pourtant pas un copié-collé de celui de son aîné. Tant s’en faut. Si le feeling est identique, son style et son ambition sont différents.

Baden Baden surprend ainsi par son ambivalence, oscillant entre réalisme contemporain (on croirait volontiers que certaines séquences sont improvisées si on n’avait pas lu le scénario avant) et improbables pirouettes drôles et visuelles qui évoquent l’univers… d’Abel et Gordon. Comme dans les films du duo anderlechtois, les acteurs sont d’ailleurs plutôt filiformes, à l’aise dans leur corps, fort expressifs.

Un soin particulier est aussi accordé à certains plans fixes (la chef op s’appelle Fiona Braillon) très étudiés qui renvoient à l’univers arty qu’Ana découvre à travers l’exposition de son ancien petit ami avec lequel elle renoue épisodiquement le temps d’un été. On notera d’ailleurs que les vidéos et photos de cette expo sont en fait signées par Clément Cogitore… le réalisateur de Ni le ciel ni la terre, un long métrage coproduit par… (complétez vous-mêmes, c’est facile, si vous avez bien tout lu jusqu’ici).

 

 

Un autre atout de Baden Baden réside dans la direction d’acteurs et l’interprétation des comédiens. Il est toujours difficile de faire la part des choses entre ces deux domaines, mais la réussite est collégiale et on peut donc accorder du crédit au travail de Rachel Lang.

La grande révélation du film reste néanmoins Salomé Richard qui, après des études au Conservatoire de Mons, a joué dans deux courts métrages de la réalisatrice en interprétant déjà le même personnage : Pour toi je ferai bataille et Les Navets blancs empêchent de dormir.

Omniprésente à l’écran, elle est tour à tour mutine, impassible, agacée, déboussolée, et effondrée. Émouvante et hypnotique, elle est le point de focalisation du spectateur, le reflet d’une génération qui devrait se retrouver dans ses errances et ses espoirs.

Autour d’elle, une merveilleuse Claude Gensac (oui, oui, l’épouse du fameux Gendarme de St Tropez), Zabou Breitman pour deux ou trois scènes, et un joli trio de comédiens : Swann Arlaud, Olivier Chantreau et le désopilant Lazzare Gousseau.

 

 

Baden Baden surfera-t-il sur la vague Mobile home ? Les 25-35 se reconnaîtront-ils dans ce portrait en creux ? Auront-ils l’occasion de le découvrir dans les cinémas dès sa sortie avant qu’il ne quitte l’affiche ? Seront-ils sensibles à ce type de cinéma, moderne, un poil arty, dénué de grosses tensions scénaristiques ?
Début de réponse le 11 mai… jour de l’ouverture du Festival de Cannes.

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