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Dode Hoek/ Angle Mort: polar dans les règles de l’art

Projeté hier soir en ouverture du Ramdam Festival à Tournai, Dode Hoek/ Angle Mort, le 3ème film de Nabil Ben Yadir, a créé l’évènement, et pour cause! Avec ce film, le réalisateur des Barons et de La Marche a voulu livrer un polar dans les règles de l’art, un film de flics et de gangsters sans l’ombre d’un temps mort, sous-tendu par un contexte socio-politique plus noir encore que son polar, et terriblement d’actualité.

 

 

Le commissaire Jan Verbeeck oeuvre depuis des années pour « nettoyer » les rues d’Anvers, les débarrasser de la gangrène de la violence, et surtout de ses « vermines ». Ses chiffres sont éloquents: à coup d’interpellations musclées et de contrôles par forcément aléatoires, il a contribué à faire reculer la criminalité dans la ville flamande. Fort de ce succès, il décide de prendre sa retraite de la police pour se lancer dans une carrière politique auprès d’un parti populiste qui voit sa côte grimper en flèche à l’approche des élections. Mais avant de partir, il décide de s’offrir un dernier gros coup. Justement, l’un de ses indics lui mentionne un rendez-vous dans une planque à Charleroi, l’occasion rêvée de mettre la main sur Ozgür, son « cadeau de départ ». Mieux qu’une canne à pêche, non? Seulement voilà, l’indic s’avère particulièrement peu fiable, et l’opération tourne au fiasco. Un fiasco d’autant plus cuisant, que Verbeeck découvre au court de l’opération un secret qui lui fera perdre tout sens commun (ou ce qui lui en restait), le poussant à fuir sa propre fête de départ pour une ultime mission, oubliant toute notion de danger.

 

 

En dire plus de l’intrigue serait un crime de lèse-majesté, aussi s’en tiendra-t-on à ces quelques clés, qui donnent d’ailleurs le ton sur le fond comme sur la forme. La descente de police dans la planque supposée d’Ozgür est d’une rare intensité, et Nabil Ben Yadir conjugue avec une telle fluidité la grammaire du film d’action, que l’on se surprend à lire « Politie » sur les blousons des flics alors qu’on s’attendrait presque à lire « Police », voire « FBI » – c’est dire. Qu’importe les quelques raccourcis du scénario, sa mise en scène, diablement efficace, se joue avec délectation des reflets et autres angles morts, et l’habillage sonore, particulièrement réussi, infuse le récit d’une tension redoutable.

 

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Comme tout bon héros tragique, Jan Verbeeck est rattrapé par son passé, et paiera cher le prix de ses propres défaillances. Est-ce que l’angle mort finalement, ce qui se passe ou s’est passé hors champ, ne serait pas au coeur du récit? Le commissaire, tel une marionnette, tente de se dépêtrer des fils qu’il a tendus dans son passé, butant contre un destin qu’il refuse obstinément, déchiré entre de multiples loyautés qui ne peuvent finir qu’en trahison. Mais décidément, n’en disons pas plus sous peine de déflorer le suspense.

 

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Au casting, on retrouve le désormais incontournable Peter van den Begin, dans un registre sensiblement différent de ceux de Everybody Happy et King of the Belgians, mais toujours aussi percutant; le jeune Soufiane Chilah, découvert dans Black, qui amène toute son opiniâtreté au rôle de Dries, le second de Verbeeck; Jan Decleir (déjà adoré dans Les Barons), toujours imposant dans le rôle du leader du parti populiste qui prend Verbeeck sous son aile; et David Murgia, dans le rôle de l’indic grâce (?) auquel tout dégénère, dont on prend une fois de plus la mesure de la folie après sa prestation hallucinée dans Les Premiers les Derniers. Seule femme ou presque dans ce combat de cirque à haute teneur en testostérone, Ruth Becquart s’impose avec panache dans le rôle de la nouvelle commissaire qui compte bien faire place nette, et ne lâchera pas Verbeeck d’une semelle.

 

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A noter que le film a été tourné en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles. On y parle majoritairement flamand, mais on y va à Charleroi comme à Anvers. Si le film sortira en version originale sous-titrée en Flandre et à Bruxelles, sous le titre Dode Hoek, il sortira dans certaines salles en version doublée en français en Wallonie sous le titre Angle Mort, une volonté du réalisateur, qui veut ainsi s’assurer que son film sera accessible au plus grand nombre.

 

Après la très girly comédie romantique Faut pas lui dire, le cinéma belge nous offre donc en l’espace de quelques semaines un nouveau film de genre, on ne peut plus à l’opposé du spectre, mais qui devrait ravir les amateurs du genre comme les autres spectateurs d’ailleurs.  Rendez-vous le 25 janvier prochain un peu partout en Belgique!

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