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Etre documentariste aujourd’hui en Belgique

"Il a plu sur le grand paysage" de Jean-Jacques Andrien

Le cinéma documentaire fait partie de l’ADN du cinéma belge. Il a ses glorieux aînés, ses valeurs sures actuelles, et ses jeunes pousses prometteuses. Plus encore, il est une inspiration évidente de tout un pan du cinéma de fiction, belge et mondial, qui lui emprunte ses méthodes, sa forme, ses lignes de force. Il est une fenêtre sur le monde, d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Pourtant, les documentaristes, garants de ce cinéma, souffrent pour une grande partie d’entre eux d’une faible reconnaissance financière et symbolique. C’est le constat qu’a pu faire la Scam, suite à une longue enquête auprès des auteurs et autrices belges de documentaires. 

La Scam est une société internationale qui gère les droits des auteurs documentaristes et leur offre également une vaste gamme de services pour les accompagner tout au long de leur parcours professionnel. Cette étude, intitulée « Un métier de nanti? », a été commandée suite à l’inquiétude des auteurs du secteur quant à la place qui leur était faite aussi bien dans le domaine du financement que de la diffusion. L’ensemble des témoignages recueillis ont été analysés par un Docteur en sciences sociales du travail, qui en est arrivé au diagnostic suivant, « le portrait d’une profession à identité forte, nourrie de savoir-faire techniques et du sentiment de responsabilité vis-à-vis du public ; un métier caractérisé par une faible reconnaissance financière et symbolique des pouvoirs publics et des diffuseurs. Un métier en évolution (émergence du webdocu, bricolage pour le financement ). Un métier, enfin, où chacun.e, frappé.e par le syndrome de l’éternel débutant, tire son plan comme il peut dans une grande solitude et une terrible concurrence. »

Il émerge de cette étude trois exigences pour l’avenir du documentaire.

  • L’écriture, les repérages, la promotion des films devraient être financés. Les budgets des films devraient tenir compte du temps de travail réel et de la carrière des auteurs.
  • Les spécificités du métier devraient servir de base à la construction d’un statut digne de ce nom.
  • La télévision de service public a un rôle à jouer. Elle pourrait, par exemple, réinventer des soirées avec en première partie une fiction et, en seconde un documentaire.

Le documentaire ouvre une multitudes de fenêtres sur le monde, celui d’en face comme celui d’â côté, il élargit notre champ de vision, nous informe, nous concerne. Au-delà des constats établis par cette étude, des diagnostics posés, et des solutions préconisées, cette étude donne surtout la parole à un secteur, qui transmet ainsi son malaise, mais aussi l’amour de son art.

Morceaux choisis:

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« Noche Herida » de Nicolas Rinçon Gille

Nicolas Rincon Gilles

Le cinéma documentaire est un cinéma du quotidien, humble. Un film se mûrit moins assis à une table que sur le terrain, ouvert à la rencontre et au temps.

À mon sens, le film naît d’une rencontre, celle du désir du cinéaste et des obstacles du réel. Par exemple, certaines contraintes – le temps, la météo – obligent le réalisateur à construire son film avec le réel ( et non contre ).

Lorsque je songe au public, je fais vraiment le lien avec la personne qui est filmée. Je cherche à créer des passerelles. Le public doit pouvoir se projeter dans la situation et se demander : « Qu’aurais-je fait dans cette situation-là ? ». La personne filmée ne doit pas être enfermée dans l’enclos-film, et le spectateur ne doit pas être dans la position du visiteur et être de l’autre coté de la barrière. Le plus important, pour moi, c’est que la personne filmée qui ne maîtrise pas à 100% son image sur le tournage, puisse voir le film sans se sentir trahie. C’est une question d’éthique.

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« In Waking Hours » de Sarah Vanagt

Sarah Vanagt

Si on souhaite vivre de ce travail, on est dans une logique de dossiers. Parfois, lorsque je passe 70%  de mon temps sur les dossiers, je me demande : « Quand est-ce que je vais réaliser enfin le film ? ». Je suis une « machine à dossiers ».  Les films documentaires et expérimentaux manquent cruellement de distribution active. Tous les cinéastes sont dans la même situation. Nous n’avons ni le temps ni les moyens de le faire nous-mêmes.

Le travail de distribution reste inachevé. À  la fin d’un film, je pourrais me dire : Maintenant que j’ai terminé le film, je ne travaille pas sur le prochain avant trois ou quatre mois. Je vais tout mettre en oeuvre pour que celui-ci marche. Mais voilà, je ne veux pas faire ce travail-là. Je veux réaliser un nouveau film. Quelque chose reste à inventer du côté de la distribution des films.

 

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« Oltremare » de Loredana Bianconi

Loredana Bianconi

Attention, je déteste le cliché de « l’artiste pauvre et en souffrance » ! Contrairement à beaucoup, nous avons le privilège inouï de mettre du plaisir et du sens dans notre travail. Un jour, un producteur, dont je tairai le nom, m’a dit : « Mais enfin, Loredana, tu ne penses quand même pas que tu vas gagner ta vie en faisant un film ! ». Le film serait un plus, quelque chose qui ne mérite pas de salaire ? Ce travail nécessite du temps et beaucoup de patience. Je ne réclame pas un salaire proportionnel au nombre d’heures travaillées. Si tel était le cas, nous serions millionnaires ! Je demande juste un salaire décent qui permette de vivre et non de survivre dans une précarité constante.

 

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« Before We Go » de Jorge Leon

Jorge Leon

Pour faire des films, il faut vivre. C’est en vivant, en rencontrant des gens et en ayant des expériences qu’il est possible de développer un regard, une vision qui permet de créer. C’est très important. Notre travail est de transformer ce que nous vivons, de le représenter et de le rendre au public, une fois transfiguré.

 

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« Sobre las brasas » de Mary Jimenez et Bénédicte Liénard

Mary Jimenez

Pour faire des films, il faut vivre. C’est en vivant, en rencontrant des gens et en ayant des expériences – dans la pureté de ses relations à l’autre, à la vie et au réel – qu’il est possible de développer un regard, une vision qui permet de créer. C’est très important. Notre travail est de transformer ce que nous vivons, de le représenter et de le rendre au public, une fois transfiguré.

 

« Il a plu sur le grand paysage » de Jean-Jacques Andrien

Jean-Jacques Andrien

La différence essentielle, pour moi, entre documentaire de création et fiction ( je parle ici de différence et pas d’opposition ) réside dans le fait que, dans la fiction, le cinéaste compose son film de A à Z. C’est lui qui parle. Il agit sur tous les paramètres de son film ; il intervient sur le jeu des personnages, sur leurs paroles, sur les décors, la lumière, etc. Dans le documentaire de création, il intervient le moins possible sur ces paramètres, il filme ce qui « est », de façon à laisser la réalité advenir à l’écran dans sa complexité. Mais là où il doit intervenir, nécessairement, c’est dans son positionnement par rapport au réel. Qui parle, d’où ça parle, de qui il parle et à qui il s’adresse… Il doit choisir le lieu et le moment à filmer, il doit placer sa caméra et son micro à tel ou tel endroit précis… Dans le documentaire de création, le cinéaste, d’une certaine façon, donne la parole au réel.

 

L’intégralité de l’étude est disponible ici sur le site de la Scam.

 

 

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