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Au bout du chemin, la vie.

La Tête la Première
Au bout du chemin, la vie.

Il fait du stop pour rallier Bruxelles. Elle se pointe derrière lui, sans direction précise en tête. Elle va lui faire perdre la sienne. Ensemble, ils vont foncer dans la vie. La tête la première.

Le premier long métrage d’Amélie van Elmbt trace son sillon à travers de petits villages belges et français, dans une nature ensoleillée : un hymne à la liberté, vivifiant et enivrant. Aujourd’hui, il illumine l’automne belge avec une jolie distribution dans les salles.

 

 

 

On connaît déjà cette magnifique histoire : la Namuroise Amélie van Elmbt avait tellement envie de réaliser un premier long que, sans attendre d’être soutenue par un producteur, sans chercher de financements institutionnels, elle s’est lancée à corps perdu (on dirait bien « la tête la première » si on ne risquait pas d’être redondant) dans une aventure qui peut sembler délirante: réaliser un premier film avec quelques  jeunes professionnels comme elle, et deux comédiens de sa génération. Pari difficile? Oui, sans doute. Mais si elle n’a pas froid aux yeux, Amélie fait aussi preuve d’une lucidité assez étonnante pour son âge et d’une maîtrise de l’outil vertigineuse.

 

 

Même si elle a tourné dans l’urgence, la demoiselle n’a sacrifié aucun des aspects de son film: les dialogues sont drôles, émouvants, poétiques, surprenants;  les décors saisissants, le cadre esthétique et sûr, et la direction d’acteur d’une précision presque surnaturelle.
Le mot n’est pas choisi au hasard, car le charme de cette oeuvre c’est sa spontanéité, son naturel. Mais cette fraîcheur n’empêche jamais la justesse du ton et du geste.

 

Sur le mode du road movie, ses personnages croiseront bien sûr d’autres visages, connus (Jean-Jacques Rausin en éleveur de puces), moins connus et anonymes (des clients d’un café épatants), mais la réussite repose d’abord sur l’alchimie de leur duo et leur formidable talent.

 

 

 

Sur des registres différents, mais très complémentaires, Alice de Lencquesaing et David Murgia sont juste stupéfiants. Et ce n’est pas être chauvin de prétendre que le jeune acteur récemment nommé aux Magritte pour sa prestation de psychopathe casse bonbons (oups 😉 dans Rundskop,  omniprésent sur les planches dans de folles créations qui ravissent à la fois la critique et le grand public , est ici tout simplement éblouissant. Pas un mot de travers, pas un regard trouble : David Murgia crève l’écran comme a pu le faire Matthias Schoenaerts dans Rundskop. S’il n’obtient pas d’urgence d’autres premiers rôles fracassants, c’est à désespérer de tout!

 

 

 

Nos jeunes agneaux, égarés dans la belle nature belge vont donc se lancer à corps perdu dans une vie qui ne ressemble à aucune autre, brisant les codes et les chaînes sans la moindre hésitation, ni le moindre regret. Complices, inséparables, exaltés, éblouis, ils ne succombent pas (tout de suite?) à la tentation de la chair. Car chacun à leur manière, Zoé et Adrien sont encore reliés au monde par des attaches sentimentales. Réelles ou fantasmées. Surtout Zoé, qui s’époumone à la poursuite d’une étoile. Adrien, lui, se laisserait bien submerger. Car quoi qu’il tente pour reprendre sa route, tout le ramène vers elle. Ce n’est pas de la faiblesse, juste un invisible lien, un élastique incassable.

 

Amour platonique, donc, d’autant plus troublant. Amour libre et têtu au gré d’une randonnée Lannersienne (on pense évidemment aux Géants pendant la première partie du film), mais sur un mode ludique… Doillonesque. L’évocation de Jacques Doillonn’est naturellement pas innocente, vous le découvrirez lorsque vous aurez l’occasion de voir enfin cette pépite incandescente.

Il faut préciser qu’Amélie a souvent travaillé avec l’autre grand Jacques qui doit aujourd’hui être rudement fier de son ouaille et du formidable hommage qu’elle lui rend sans fausse pudeur. À vrai dire, on a rarement vu mise en abyme plus troublante.

 

 

 

Alors qu’on croyait que François Pirot, David Lambert ou Delphine Noels incarnaient la nouvelle génération du cinéma belge, les voici tout à coup propulsés au rang de grands frères et soeur de la benjamine Amélie.

Quelle richesse! Quelle belle histoire belge!

 

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