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Préjudice : chez ces gens-là…

Les règlements de comptes familiaux autour d’une rencontre impromptue, d’un enterrement ou d’un bon repas sont devenus un genre cinématographique quasi à part entière.

Préjudice se place sans ambiguïté dans cette tradition qui de Festen au Prénom, quel que soit le genre abordé, réussit souvent à toucher l’âme du spectateur. 

 

Pour son premier long métrage le fort prometteur, Antoine Cuypers a donc fait le pari de l’huis (presque) clos et de l’unité de temps… ou peu s’en faut. Le film qui sort en salles mercredi a été présenté en ouverture du FIFF vendredi, ce qui n’est pas une surprise puisque le réalisateur bien que fort jeune est un grand habitué de la manifestation namuroise : A New Old Story dans lequel il dirigeait déjà Arno, mais aussi Lucie Debay, Cédric Eeckhout et Sophia Leboutte y avait remporté le Prix du Meilleur court métrage de la Compétition nationale-FWB en 2012.

 

 

Préjudice se focalise donc sur une famille apparemment idéale : un couple de sexagénaires à l’aise dans la vie (Nathalie Baye et Arno) et leurs grands enfants, beaux-enfants et petit enfant.

Cédric, la trentaine, vit toujours chez eux. Il ne semble pas souffrir d’une maladie spécifique, mais a l’air légèrement « inadapté ». Les guillemets étant précisément la base et le sel du film.

Il refuse en tous cas de se confirmer aux normes en vigueur et pose sur les choses un regard cru et impitoyable sans le petit filtre de politesse et de réserve qui facilite les relations sociales.

Ce soir-là, on improvise un grand repas, car la sœur de Cédric (Ariane Labed) et son mari (Eric Caravaca) ont une grande annonce à faire. Le deuxième fils de la maison (Julien Baumgartner) est également attendu, mais une fois de plus retenu au travail, il laisse à sa femme et à son jeune fils (Cathy Min-Jung et Arthur Bols) le soin de le représenter dans une soirée qui va  rapidement se transformer en cauchemar.

 

 

Si le schéma semble a priori fort classique, Préjudice prend ses distances avec les clichés en rendant la raison de la fureur qui sourd bien moins évidente que dans la plupart des films auxquels on peut penser. Le vrai problème de cette famille éteinte est de faire semblant et de se heurter au regard dénué de tout filtre de Cédric devenu au fil des ans, le secret qu’il faut cacher.

Faut vous dire Monsieur que chez ces gens-là, on ne vit pas Monsieur, on ne vit pas, on triche.

 

Conformiste en diable, la mère aimerait faire croire que tout va bien dans le meilleur des mondes, mais l’enthousiasme occasionnel qu’elle laisse filtrer est factice. Rongée par la peur d’être vue comme la maman d’un enfant différent, elle s’échine à garder tout son univers dans l’état où il lui semble qu’une maison normale doit se trouver. Difficile pour elle d’accepter les sautes d’humeur de Cédric, ses vérités sans fard, le miroir qu’il lui tend.

Du coup, elle le traite comme un inadapté alors que le problème, si problème il y a, semble plus large, bien plus large. Face à elle, le père éteint (Arno sobre et touchant) passe lentement à côté de sa vie.

Par petites touches subtiles, Préjudice alourdit le climat tandis que Cédric alterne les sarcasmes et les attitudes décalées qui ressemblent parfois à de sourdes menaces.

 

 

Au cœur d’un casting fort convaincant, la grande attraction de Préjudice est sans aucun doute la prestation de Thomas Blanchard qui hérite ici du plus beau rôle de sa carrière. Une opportunité qu’il ne laisse pas filer tant il parvient dans un rôle difficile à susciter l’empathie chez le spectateur en jonglant sur une corde raide au-dessus du vide.  Enervant, Cédric l’est certainement. Pitoyable aussi.

 

Narrativement, Préjudice pourrait être une pièce de théâtre : il en respecte la structure et les règles, mais heureusement, Antoine Cuypers ne se contente pas de filmer platement l’affrontement glacial qu’il a mis en place. Sa caméra (enfin celle  du toujours inspiré Frédéric Noirhomme) offre régulièrement des points de vue originaux et la direction d’acteurs pointilleuse place d’emblée le réalisateur dans le peloton des jeunes talents à suivre.

 

Sobre, poignant, retenu (un peu trop parfois ?), ce drame familial amer n’était sans doute pas le film idéal à projeter en séance d’ouverture d’un festival (dire qu’il a plombé l’ambiance n’est pas exagéré). Il a paradoxalement plus sa place dans les salles de cinéma intimistes qui l’accueilleront dès mercredi. Il est en outre un candidat sérieux au Magritte du premier long métrage même s’il aura pas mal de concurrence avec Tous les chats sont gris ou l’année prochaine, par exemple.

Belle empoignade en vue après une année blanche!

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