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Sur le tournage de… « Duelles »

Alors que les prises de vue s’achèvent cette semaine à Bruxelles, on a visité la semaine dernière le tournage de Duelles, le nouveau film d’Olivier Masset-Depasse…

Maisons de maître

« En sortant de Liège-Guillemins, c’est facile, vous montez, montez, montez, et vous arriverez à Cointe. Attention par contre, la rue ne figure pas dans le GPS, » nous dit la production. Et pour cause, on est dans un quartier tout ce qu’il y a de plus huppé et privé. Olivier Masset-Depasse et son équipe tournent depuis plusieurs semaines déjà au coeur de ce quartier résidentiel de Cointe, où les belles bâtisses se suivent mais ne se ressemblent pas. La production a trouvé là le décor parfait pour abriter Duelles, une adaptation en mode sixties d’un thriller psychologique de la célèbre romancière bruxelloise Barbara Abel. L’affrontement sous haute tension de deux couples, ou plutôt deux femmes, dont la complicité est mise à mal par un drame irréversible.

DUELLES - Versus production (c) Gaëtan Chekaiban15

Des voisins si proches

« On suit deux familles, nous explique la comédienne Anne Coesens, qui tient l’un des rôles principaux, deux couples qui ont chacun un enfant du même âge, et qui vivent une histoire d’amitié fusionnelle dans le meilleur des mondes, jusqu’à l’accident: l’un des couples perd son enfant. Comment ces deux couples vont réussir à continuer à vivre leur voisinage, l’un dans le bonheur, l’autre dans le malheur? » Le décor principal est installé dans deux maisons bourgeoises, voisines et presque parfaitement symétriques. Seuls les aménagements intérieurs changent, pour le reste, tout repose sur le mimétisme entre les deux familles. « L’amitié profonde qui unit les deux couples va se fissurer », nous confie le réalisateur, Olivier Masset-Depasse, comme si le mur qui sépare les deux maisons se lézardait. 

Les sixties comme contrepoint esthétique

Le roman original de Barbara Abel, Derrière la haine, paru en 2012, se passe à l’époque contemporaine. Le réalisateur a pourtant choisi de transposer le récit dans les années 60. Mais pourquoi ce choix? « C’est une histoire très sombre, à laquelle je voulais apporter un contrepoint esthétique fort. Les scènes se passent sous le soleil, dans des décors beaux et soignés,  les moments les plus durs sont filmés avec douceur, j’avais envie de jouer avec les contrastes. » Le travail sur les décors et les costumes est remarquable, et nous plonge instantanément 50 ans plus tôt, respectant à la lettre les codes des sixties, ou à tout le moins ceux qu’en a retenu l’imaginaire collectif. En voici pour preuve quelques photos « avant/ après » du décor.

  

« C’est une histoire très sombre, à laquelle je voulais apporter un contrepoint esthétique fort. » Olivier Masset-Depasse

« Le week-end dernier j’ai revu trois Hitchcock, celui d’avant deux Douglas Sirk, c’est un cinéma qui me parle énormément. ». Olivier Masset-Depasse s’interroge sur la façon dont les maîtres américains feraient leur films aujourd’hui. Comme ses contemporains, Tom Ford, Todd Haynes, ou Paul Thomas Anderson, il s’appuie sur une esthétique sixties réinventée pour y inscrire un thriller psychologique fort. « Ce sont des références difficiles à atteindre, certes, mais il faut essayer au cinéma, il faut oser. Moi j’aime faire du cinéma pour prendre des risques, et disons que là, je suis servi! Je change d’univers esthétique, mais aussi de style de réalisation. Avec les films précédents, j’étais très proche des corps, dans une sorte de néo-réalisme, il y avait beaucoup de réalisation, mais peu de mise en scène finalement. Là, il y a de forts enjeux de mise en scène, j’essaie d’insuffler une certaine modernité dans une forme somme toute assez classique. C’est un thriller psychologique, et le rythme sera surement plus lent que dans certains de mes films précédents où l’on était plus dans l’action, mais je compte conserver un montage assez relevé, assez anglo-saxon. »

« J’essaie d’insuffler une certaine modernité dans une forme assez classique. » Olivier Masset-Depasse

Un bisou pour la route? 

« Pour le bisou, tu es sûr? C’est pas un peu trop appuyé pour les années soixante? Et puis c’est pas trop irrespectueux par rapport au personnage de Céline? » s’inquiète Mehdi Nebbou, qui joue l’époux de Veerle Baetens. L’équipe enchaîne les prises d’une scène assez complexe et chorégraphiée où quelque temps après le drame, Mehdi Nebbou quitte les deux voisines son enfant dans les bras pour aller se coucher. Une fois les hommes partis, les deux femmes se confient. « Bon, Mehdi, on garde le bisou, sinon Veerle n’est plus dans le cadre, » constate le chef opérateur, Hichame Alaouie. « Oui, il n’y a pas de raison qu’ils ne s’embrassent pas », conclue Olivier Masset-Depasse. L’équipe retient son souffle, et sa respiration, alors que le plateau est envahi par l’odeur des cigarettes aux herbes que fument les deux actrices, années soixante obligent. Veerle Baetens et Anne Coesens se livrent, une conversation intime et dense, qui fait suite au drame qui vient de terrasser les deux familles.

Un film de femmes

Car Duelles est un film où pour une fois, on joue « l’époux de » plutôt que « la femme de ».  « C’est vrai que ce n’est pas ce que nous avons l’habitude de voir, explique Veerle Baetens. En général, les personnages féminins sont des « femmes de héros », même des grandes actrices hollywoodiennes connaissent ça!  Moi j’ai souvent évolué dans des univers très masculins au cinéma, comme Windkracht 10, Code 37, ou même The Broken Circle Breakdown. Je crois en fait que je n’ai jamais joué de face-à-face avec une autre comédienne, c’est un changement intéressant! »

Un film où pour une fois, on joue « l’époux de » plutôt que « la femme de ».

Incarner les personnages

C’est le troisième long métrage (après Cages et Illégal), et cinquième film en tout que tournent ensemble Anne Coesens et Olivier Masset-Depasse, en couple à la ville. Le réalisateur nous confie que ce film, il l’a aussi écrit pour elle, sa muse, « c’est elle qui déclenche mon inspiration ». Il voulait lui offrir, ou plutôt, la voir incarner ce rôle de Céline. « Ce qui est très chouette avec Olivier, confirme la comédienne, c’est qu’on a l’impression qu’il se remet à chaque fois en danger. On est tellement loin ici du réalisme d’Illégal, il change complètement de veine. Il se lance dans un film d’époque, un défi en soi, mais il innove aussi au niveau de la forme, en travaillant avec un découpage très différent. C’est à la fois très stressant, car on a à chaque fois l’impression de partir en territoire inconnu, mais c’est aussi extrêmement motivant. Les personnages qu’il m’a fait incarner ont toujours un défi physique fort à relever: une jeune femme muette dans Cages, une immigrée russe dans Illégal. Ce sont des défis très concrets, un travail très physique, très précis, qui ancre les personnages dans la réalité. C’est un appui de jeu très précieux. L’aspect physique ici, c’est le deuil, la gémellité ou la similitude entre ces deux femmes, mais aussi le maintien des années 60. On a d’ailleurs pris des cours de maintien à Paris avec Veerle, auprès d’une dame qui donne des cours à des enfants de diplomates, pour leur apprendre les bonnes manières. Il faut veiller à toujours se tenir droite, ce qui n’est plus du tout une évidence aujourd’hui! Les costume nous y aident bien sûr. Ils ont été faits sur mesure, on a pu travailler en étroite collaboration avec le costumier. On a re-regardé Mad Men, j’ai revu certains films, Douglas Sirk. Avec Veerle on a regardé Mullholland Drive pour le côté gémellité entre ces deux femmes. Moi je me suis aussi inspirée de The Hours. C’est un patchwork de beaucoup de choses finalement, pour créer nos années soixante. »

« A chaque nouveau film Olivier se remet à chaque fois en danger. » Anne Coesens

« J’adore incarner une femme des années 60, renchérit Veerle Baetens. A part The White Queen, je n’avais jamais joué dans un film d’époque. C’est fascinant de se glisser dans un costume, un peu contraignant d’ailleurs, et de se transformer. Les vêtements, leur structure nous aident pour cela. Et puis finalement, c’est un peu pour ça que je suis devenue actrice. Dans ma vie de tous les jours, je ne porte pas forcément des talons si haut ou une coiffure si parfaite, mais grâce à ces artifices, je peux devenir quelqu’un d’autre. Bon, c’est sûr qu’à la fin de la journée, parfois, j’ai besoin de vite enlever le costume pour retrouver ma liberté de mouvement, m’étirer, danser! » Avant d’accepter de porter le costume, la comédienne flamande a d’abord cru dans le script, et le réalisateur. Ce dernier l’a choisie notamment parce qu’il avait le sentiment qu’elle avait au fond d’elle quelque chose d’inquiet, voire d’inquiétant, qu’elle était capable de passer en un instant de la plus grande douceur à quelque chose de menaçant. « C’est étrange, parce que c’est aussi ce que m’a dit Felix Van Groeningen après mon casting pour The Broken Circle! C’est vrai que je peux être et paraître très forte, voire très ferme, mais que je peux aussi me révéler soudain très fragile. » Une héroïne duelle, en quelque sorte.

« J’adore incarner une femme des années 60 », Veerle Baetens

Les maris des deux héroïnes sont incarnés par Arieh Worthalter (Le Passé devant nous, Eternité) et Medhi Nebbou (Cookie, 11.6, Joséphine). « Avec Veerle, on a un peu la même façon de travailler, les mêmes envies, continue Anne Coesens. Elle m’a apporté beaucoup de choses, notamment concernant la psychologie de nos personnages. On a beaucoup travaillé tous les quatre (ndlr les deux couples) à ce sujet d’ailleurs, Veerle et Mehdi ont apporté beaucoup de bouquins, sur la façon dont on guérit les blessures, comment ces drames changent le rapport au corps. On s’est vraiment nourris tous les quatre pour  construire nos personnage. »

DUELLES - Versus production (c) Gaëtan Chekaiban2

Rendez-vous en 2018?

Le tournage du film s’achèvera le 23 juin, et Olivier Masset-Depasse comme Anne Coesens ou Veerle Baetens,  ne devraient pas chômer dans les mois qui suivent. Le premier sera bien sûr tout entier mobilisé pour continuer et terminer le film, que l’on espère découvrir en 2018, mais il est également annoncé à la réalisation du troisième volet de la saga Largo Winch. On retrouvera Anne Coesens à l’affiche de Tueurs, de François Troukens et Jean-François Hensgens le 6 décembre prochain, et elle s’apprête remonter encore un peu la ligne du temps pour tourner dans un nouveau film d’époque, un pur western du réalisateur irlandais Ivan Kavanagh, Never Grow Old, aux côtés d’Emile Hirsch.  Quant à la comédienne flamande, elle sera l’héroïne d’une toute nouvelle série, Tabula Rasa, qui sera diffusée à la rentrée, et dont les échos sont d’ores et déjà excellents, et on la verra également dans le prochain film du cinéaste et romancier Jérémie Guez, A Bluebird in My Heart.

Fiche Film

Synopsis

Face à face angoissant entre deux femmes, Alice et Céline, qui étaient les meilleures amies du monde jusqu’à ce qu’un évènement tragique vienne bouleverser leur quotidien.

  • Réalisation : Olivier Masset-Depasse
  • Casting : Anne Coesens, Veerle Baetens, Mehdi Nebbou, Jules Lefèbvre, Arieh Worthalter
  • Image : Hichame Alaouie
  • Son : Olivier Struye
  • Décors : Anna Falguères
  • Costumes : Thierry Delettre
  • Producteurs : Versus production (BE), Haut et Court (FR)
  • Distribution : O’Brother

 

Toutes les photos sont de Gaëtan Chekaiban (sauf celles des décors « avant » qui sont de la repéreuse Catherine Goffin), ©Versus Production. 

Pour continuer à suivre l’actualité du film en images, rendez-vous sur le compte Instagram Duelles_Movie 

 

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