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L’année prochaine : Vania, rappelle-toi…

Et l’année prochaine?

Une interrogation dont la pertinence s’érode sans doute avec le temps, mais qui est centrale et essentielle quand on a 17/18 ans, quand on doit commencer à imaginer ce que sera vraiment sa vie, quand on est forcé d’opérer des choix, de quitter ses certitudes, de s’extraire de sa zone de confort pour tenter de se bâtir un nouvel univers, plus personnel.

 

C’est autour de cette question existentielle que la Namuroise Vania Leturq, a construit un premier long métrage dans lequel elle plonge deux amies qui ont grandi en province et qui, à l’aube de leur 18 ans, sont bien obligées d’envisager leur avenir.

Aude est flamboyante, très extravertie. Clothilde, plus discrète évolue dans son ombre, fascinée, presque amoureuse

C’est pourtant elle qui va jeter les dés de leur destin commun et pousser son amie à l’accompagner à Paris pour s’inscrire dans une école artistique assez élitiste.

 

Larguer les amarres, quitter la famille, l’univers forcément balisé dans lequel on a grandi…

 

Vania, 30 ans et quelque, se rappelle ses tourments d’alors. C’est bien d’avoir de la mémoire… Ce souci du détail et de la précision…

 

 

 

Ensuite commence la vie parisienne dans l’appartement que Clothilde a hérité de sa maman, une soif de liberté soudaine, mais aussi l’obligation de mûrir très vite, de muer pour s’adapter à de nouvelles exigences. Clothilde étudie la philo. Aude, très sûre d’elle, deviendra une grande artiste. On miserait sur la seconde, mais…
Aucune voie n’est tracée d’avance : une rencontre, une opinion tranchée, injuste ou pas, la manière d’encaisser une critique, de s’en enrichir ou de s’effondrer vont bouleverser le destin des deux jeunes filles. Jusqu’à…

 

Derrière ces trois petits points se cache le vrai sujet du film.

Nous n’en révélerons pas davantage, sinon que L’année prochaine, à l’instar de Mobile Home avant lui ou du tout récent Tokyo Anyway peut devenir un film générationnel.

 

 

Constance Rousseau est la discrète Clothilde. Jenna Thiam, vue dans la série Les revenants où elle occupe un rôle central, est son amie Aude. Deux jeunes comédiennes magnifiques dont il émane une lumière captivante.

Physiquement, les deux complices sont a priori très différentes, mais parce qu’elles sont toujours ensemble, parce que l’une fascine l’autre, elles finissent parfois par se ressembler jusqu’à se confondre. Comme dans une scène de danse assez étonnante.

 

 

 

La grande intelligence de L’Année prochaine est de ne pas se reposer aveuglément sur ces deux actrices pourtant excellentes. Les seconds rôles n’ont pas été bradés loin de là: la maman d’Aude est campée par Anne Coesens, le père de Clothilde par Frédéric Pierrot tandis que Julien Boisselier, un des comédiens français les plus excitants du moment, incarne un professeur qui va jouer un rôle décisif dans la vie des deux filles. Un prof de philo qui en évoque un autre, vu plus tôt dans l’année dans Pas son Genre.

 

Très intelligemment écrit, excellent dirigé et interprété, L’année prochaine nous conduit là où on ne l’attend pas. Car si l’amitié et les choix sont deux des thèmes forts du film, la clef qui ouvre la dernière porte est ailleurs. Mais révêler ce qui se niche dans cette cachette serait vraiment dommage. Tant pis pour l’analyse. Pour nous, c’est le plaisir du spectateur qui prime.

 

 

Déjà évoqué dans notre article sur les courts métrages belges au FIFF, le musicien Manuel Roland est une autre des heureuses surprises de l’Année Prochaine.

Loin de se contenter de donner des couleurs à certaines scènes, il imagine pour elles un univers musical pop/rock bourré de chansons craquantes, 100% originales et inédites. Lorsque nous avons découvert le film sans avoir glané d’infos avant la séance, nous avons cherché (en vain forcément) à identifier ce groupe capable de produire autant de titres marquants. Histoire d’acheter le CD à la sortie.

Ce n’est donc qu’à l’issue de la projo, en fouillant le générique que nous avons compris, assez stupéfaits, qu’il s’agissait du projet solo d’un jeune belge, compositeur de nombreuses musiques pour des courts (lire ici) et chanteur pour l’occasion quand il ne confie pas le micro à Edwige Bailly, tout aussi inspirée.
Ces petites pépites forment une bande originale contemporaine et fascinante, branchée et émouvante, seulement nuancée par deux morceaux plus dance dont un de Soldout… ce qui nous ramène à un ultime point d’ancrage: Puppylove présenté en 2013 au FIFF que L’Année prochaine évoque à quelques reprises. Ce qui est loin d’être un reproche, cela va de soi…

 

Avant la projection à la maison de la culture namuroire, photo FIFF

 

Le premier long métrage de Vania Leturcq,  produit en Belgique par Helicotronc, sort ce 22 avril et devrait séduire tous ceux qui ont été sensibles à La Vie d’Adèle, Puppy Love ou 17 filles. Par exemple.

 

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