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Wim Vandekeybus, esprit libre et fougueux

S’il signe ici son tout premier long métrage de fiction dans un sens plutôt traditionnel des termes, Wim  Vandekeybus est loin d’être un nouveau venu dans le paysage artistique belge. 

Après avoir entrepris des études de psychologie, ce jeune quinqua anversois a décidé de s’orienter vers une carrière artistique. Il prend alors des cours de théâtre et de danse, rejoint la compagnie de Jan Fabre et sera pendant deux ans un des danseurs nus du spectacle The Power of Theatrical Madness.

 

Il fonde alors Ultima Vez, sa propre compagnie itinérante, mais basée à Bruxelles, avec des danseurs inexpérimentés. What the Body Does Not Remember (photo ci-dessous), spectacle salué par l’ensemble de la critique, déborde d’une énergie brutale et instinctive, qui restera la marque de fabrique de son langage chorégraphique… et cinématographique.

Nous sommes en 1984 et ce premier spectacle remporte un Bessie Award.

 


Tout au long de sa carrière, Wim Vandekeybus a collaboré avec divers artistes, tels que les musiciens Marc Ribot, David Eugene Edwards, Arno, David Byrne, Mauro Pawlowski (on retrouve plusieurs de ces noms au générique de Galloping Mind) ou les plasticiens Jan Fabre, Octavio Iturbe qui signeront de nombreux musiques ou décors de ses spectacles, le plus souvent créés au cours des répétitions avec la troupe.

 

Après s’être familiarisé avec la caméra pendant l’enregistrement de ses premières représentations, Wim  Vandekeybus  enfila pour la première fois en 1993 la casquette de réalisateur pour le court métrage Elba et Federico.

 

 

Ce film devint l’exutoire de l’imagination sauvage de Wim, qui ne produisit en 25 ans de carrière en tant que réalisateur et chorégraphe, plus que rarement des représentations sans utiliser la caméra. Ses autres courts  métrages comme The  last words ou Inasmuch, tournés pour être inclus dans des représentations, furent aussi salués par la critique en tant qu’objets singuliers.

 

Les adaptations cinématographiques de ses spectacles de danse tels que Roseland (photo ci-dessus) ou La mentira (coréalisés par Walter Verdin) ou encore Blush et here after (réalisés par lui-même), ont été compilées en 2006 dans un coffret de trois DVD : Wim Vandekeybus dance and short films offrant un voyage de 7 heures dans l’œuvre cinématographique de Wim.

 

 

 

 » J’ai souvent utilisé le médium du cinéma comme une fenêtre ouverte sur un espace imaginaire où des règles différentes de celle du  théâtre sont d’application », confirme Wim Vandekeybus.  » La confrontation directe, physique entre mes danseurs et acteurs, tout  comme la communication indirecte entre le monde cinématographique et l’espace théâtral, sont nées du besoin de partager quelque chose de fondamental en ce monde : rien, dans notre existence passionnée, n’est tout simplement évident et l’indifférence de la nature montre notre vulnérabilité.

 

Les personnages dans mes films cherchent constamment un sens à leur vie et comprennent sa fragilité. Ils sont des rebelles mortels qui luttent intensément avec tout ce qu’ils ont à leur disposition. Ils peuvent uniquement surmonter leur peur de la mort grâce à leur imagination. Elle est un instrument qu’ils utilisent pour manipuler, examiner et prédire la réalité dans laquelle ils sont enchaînés.

 

L’imagination est nécessaire pour survivre. C’est un instinct qui nécessite de l’entraînement et qui peu de (re -) donner ce que tu n’as pas (ou plus). D’un côté, nous pouvons dire que le monde d’aujourd’hui est vécu d’une manière incorporelle, distante et contrôlée. Les gens se touchent à peine. Ils prétendent que les autres n’existent pas. Ils créent un environnement clos avec pour excuse le droit à « la vie privée ». Certains vivent en ermite, sans famille et interagissent à un niveau virtuel avec le reste du  monde. D’un autre côté, il y a le chaos omniprésent basé sur la haine et le pouvoir, qui littéralement détruit les corps ou qui peut les éliminer depuis une distance de sécurité. Les deux extrêmes sont toujours une source d’inspiration pour moi. »

 

 

Première percée dans l’univers d’un cinéma plus ou moins traditionnel, Blush se retrouva en 2005 dans la sélection ACID à Cannes. Cette vitrine lui permit d’avoir une distribution en salles en France et en Belgique la même année.

 

Dans sa dernière performance cinématographique Monkey sandwich, Wim mettait l’accent sur les dialogues et le jeu des acteurs. Outre une nouvelle mise à l’épreuve du style visuel qui sera la marque de Galloping mind, ce film constitue surtout une expérience dans le travail avec des acteurs professionnels et dans l’improvisation des  dialogues et du  montage.

Un nouveau montage de Monkey sandwich a été réalisé afin d’en faire un film à part entière qui fut sélectionné au Festival de Venise (dans la section ‘Orrizonti’) en septembre 2011.

 

 

 » Mon travail est une quête continue vers la sensibilité humaine. Tout homme qui conserve son instinct d’enfant ne cesse de me fasciner. Une créature insouciante qui pense que jamais elle ne mourra, tel un animal fort et sauvage. Une recherche aussi pour l’homme qui commence à connaître sa faiblesse à travers son destin et ses erreurs impulsives.

Dès notre enfance, notre ego, nos craintes ou encore notre orgueil mettent notre paisible existence au  défi. Autrefois, ma grand-mère me disait que dans les impulsions d’un enfant, on peut déceler les erreurs qu’il commettra plus tard ; erreurs auxquelles il ne pourra échapper. On peut prendre sa vie en main, mais dans quelle mesure ? En tant qu’adulte, on peut vite se retrouver pris au piège entre les murs que l’on a soi-même soigneusement dressés. Une tendance destructrice incontrôlable peut nous amener là où jamais nous n’aurions pensé arriver. Ces moments extrêmes peuvent être terriblement brefs et peuvent apporter de profonds changements dans notre vie. Ils bouillonnent dans nos corps et sont incontrôlables, tel un destin intérieur auquel on ne peut échapper.

 

Tout ceci résonne comme une histoire familière. Cependant, je me surprends à y travailler depuis plus de vingt ans, afin de donner une forme à cette lutte par le biais des personnages de mes créations artistiques. »

 

Galloping Mind (lire notre présentation ICI) est donc, non pas la conclusion d’un périple, mais l’étape suivante logique d’une recherche artistique globale sans équivalent connu dans le cinéma belge.

Un film foisonnant et riche qui sort aujourd’hui sur les écrans.

 

 

 » L’esprit de Galloping Mind provient d’obsessions qui me sont très personnelles et qui occupent mon travail depuis des années, que ce soit dans mes autres films, mes pièces de théâtre ou mes chorégraphies.

Les amours les plus difficiles sont les plus intéressantes et, sans événements inattendus, le destin en devient lui-même ennuyeux. Selon une sagesse indienne, les jumeaux ont des liens plus forts entre eux -davantage même qu’un frère et une sœur. Ils symbolisent également le sentiment de ne plus jamais être seul. Telle une orange que l’on aurait coupée en deux… selon le vieil adage, nous chercherons tous toujours l’autre moitié.

 

Lorsque j’étais en tournée avec l’un de mes spectacles intitulé Inasmuch – as life is borrowed (dans la mesure où la vie est empruntée), il n’y avait pas de ligne narrative. Pourtant, accompagné de la musique live de Marc Ribot, c’était l’un des  spectacles les plus prenants de ma carrière. Le thème universel de la « séparation » nous a amenés à une série de classiques grecs ; et bien plus encore, à nous-mêmes : à l’intérieur de notre cœur, à la naissance et à la mort, à l’amour et à la jalousie, à nos mensonges et à notre acceptation, à la colère et au pardon…

 

 

 

Galloping mind est un film sur l’avidité, la passion, l’amour impossible et la perte. Un film sur les parents et les enfants, les riches et les pauvres ; sur le fait de grandir en liberté, sur les coïncidences et la foi, sur l’impossibilité de vivre ensemble en paix. Aussi dramatique que cela puisse paraître, le film est aussi très fermement ancré dans le « ici et maintenant ». La lourde inertie est compensée par des événements qui demandent un simple engagement.

Le film est tel un réseau entre trois adultes et deux enfants. Les enfants essaient de mettre une barrière entre leur monde et celui des adultes, car ils savent que, dès que cette barrière se rompt, un intrus viendra créer le désordre. Cependant, la liberté que les enfants créent n’existe réellement que dans leur imagination. La vie des enfants est dure, mais aventureuse. Les adultes, eux, sont de fragiles créatures errant dans les rues de la ville.

 

L’eau, enfin, joue un rôle très important dans l’histoire : la mer emmène les enfants vers une nouvelle existence. L’eau sous le pont est le terrain de jeu de toutes les aventures et surprises. L’eau est aussi synonyme de danger et de mort. Le film parle du danger, le danger physique : la vie en mer, dans la ville (les accidents de voiture et les bagarres), les animaux, etc.  Le danger mental : le risque de s’emprisonner à  l’intérieur  de soi-même en se créant trop d’obstacles, l’inertie qui condamne à la solitude.

 

 

Le film porte sur « l’humain » ;  l’humain face à des confrontations et des accidents qui le rendent palpitant. Tout le monde est obsédé par sa survie et prêt à tout : se battre, se cacher, mentir, voler, tuer… Mais il y a une grande opposition dans la façon de vivre des personnages : les uns dans le contrôle, les autres dans la prise de risque ;  les uns dans le sérieux et la sûreté, les autres dans l’excitation et le danger.

 

Les personnages adultes de Galloping mind oppriment la réalité avec leur fierté et leur autoprotection. Les enfants, de leur côté oppriment la vérité pour rendre leur vie plus aventureuse. Les coïncidences jouent avec les décisions humaines difficiles et les rencontres. Celles-ci deviennent tragiques ou s’avèrent libératrices à la fin.

 

Dans Galloping Mind, les adultes essayent de vivre avec leurs erreurs humaines, comme avec des maladies qu’ils portent en eux. Les enfants et les adolescents prennent leur destin en mains et amènent de l’aventure dans leur vie.

Les personnages principaux du film habitent les uns à côté des autres. Lorsqu’ils se rencontrent, il y a du conflit. L’action humaine, imprégnée de passion, va défier leur destinée. Le destin des enfants (dont eux-mêmes n’ont pas conscience) charge les adultes d’un sentiment de culpabilité et changera leur vie à tout jamais. »

 

Et la vôtre ?

 

 

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