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Le Suc de Cannes 02-04-2012

Le Suc de Cannes

Le Festival de Cannes 2012 approche à grands pas et, comme chaque année, on sent régner dans les coulisses de la production cinématographique internationale une printanière tension. Beaucoup de professionnels retiennent leur souffle dans l’attente du verdict des sélectionneurs. Les rumeurs, qui naissent dès le mois de septembre, s’amplifient actuellement jusqu’à devenir assourdissantes…

 

Certains y croient, certains espèrent, d’autres font comme si de rien n’était, mais jetez un coup d’oeil sur la liste des longs métrages qui nous parviendront d’ici le début des festivités cannoises et vous verrez que peu d’œuvres  susceptibles de bénéficier d’une exposition sur la Croisette vont débarquer prochainement dans nos salles. Les dates de sorties de nombreux films belges ne sont même pas fixées, car en cas de non-sélection cannoise, toute l’attention se reporte sur les festivals de fin d’été: Toronto, Montréal, Venise, Rome. Sans oublier les événements belges de la rentrée qui peuvent aussi servir de rampes de lancement médiatique : les festivals d’Ostende, Namur ou Gand, les films days…

 

[ © Florence Troch]

 

Mais si les rumeurs bruissent, rien ne sera définitif avant l’annonce officielle. On se rappellera que l’an dernier, la veille encore, les Films du Fleuve n’étaient pas du tout sûrs d’y retrouver leur Gamin au Vélo. On sait ce qu’il est advenu ensuite…

Mobile Home (notez la nouvelle graphie du titre) en sera-t-il? Ce n’est pas totalement impossible. Et Hors Les Murs? On imagine bien ces deux premiers films, respectivement à la Quinzaine des réalisateurs et à la Semaine de la critique. Le cinéma belge a bonne presse, il faut donc battre le fer tant qu’il est chaud.


[© Fabrizio Maltese]


A priori, Dead Man Talking ne devrait pas avoir besoin de la plate-forme cannoise pour exister, mais on n’est pas à l’abri de l’enthousiasme délirant d’un sélectionneur cannois qui cherche à faire changer d’avis les producteurs. Idem pour Le Monde nous appartient de Stéphan Streker, vedette de notre prochain Grand Écran, qu’on verrait plutôt dans quelques festivals de fin d’été. À moins que…

 

 

Reste Tango Libre de Frédéric Fonteyne (Jan Hammenecker et François Damiens sur la photo) que nous venons de découvrir dans une version quasi définitive :tout le monde était ravi à l’issue de la projection privée; et non, ce n’est pas toujours le cas, loin de là. En l’état, en tenant compte de la qualité du film, du nom du réalisateur et du casting, on ne serait surpris outre mesure d’une présence à la Quinzaine des réalisateurs.

À ce stade, sans aucune espèce de certitudes, on peut penser qu’une œuvre belge et deux coproductions minoritaires incluant des acteurs ou techniciens belges ont le profil parfait pour se retrouver sur le Croisette. À vrai dire, leur absence serait plutôt une surprise pour nous.

On se souvient qu’en 2009, Jacques Audiard a loupé la Palme que le monde entier lui prédisait pour Un Prophète. Il s’en est parfaitement remis, empilant les Césars et les spectateurs. Coproduit par les Films du Fleuve des frères Dardenne, Un Goût de Rouille et d’Os met en scène une Marion Cotillard (photo ci-dessous) en piteux état après un accident marin et un duo d’acteurs belges qu’on n’attendait pas particulièrement à pareille fête: si Bouli Lanners hérite d’un (très beau) second rôle, Matthias Schoenaerts est carrément la vedette masculine de cet électro-choc annoncé. Un choix étonnant de la part de la production française, car si nous connaissons le talent de Matthias, on ne peut pas dire qu’il soit une véritable star en France. On peut par contre prédire qu’il le deviendra après avoir tourné ce film.

 

[première photo officielle du film]

 

Initialement prévu le 24 octobre, Un Goût de Rouille et d’Os sortira… le 17 mai. Soit un jeudi. Sachant que Wes Anderson fera l’ouverture sur la Croisette le 16, beaucoup imaginent déjà que le premier film de la compétition officielle sera immanquablement le nouveau Jacques Audiard Selon le magazine Première, le taux de présence potentielle du film est de… 99.1%, ce qui le place en quatrième position des sélectionnés probables derrière To Rome with love de Woody Allen, forcément hors compétition, Vous n’avez encore rien vu d’Alain Resnais et Cosmopolis de David Cronenberg.

 

[© PP]


Deux ans après l’Homme qui crie, Entre Chien et Loup pourrait enfiler une autre perle à son collier cannois. La société d’Auderghem coproduit le premier long métrage d’Hélène Fillières, basé sur le roman Sévère de Régis JauffretLes Adorés narre la relation sado-maso d’un banquier et de sa jeune maîtresse avec la complicité silencieuse du vieux mari de la belle. Si aucun nom n’est noté dans le livre et dans le scénario, chacun reconnaîtra l’histoire vraie d’Édouard Stern, incarné par un Benoit Poelvoorde (photo ci-dessus) qui pourrait être sur la Croisette le Jean Dujardin de 2012. Laetitia Casta et Richard Bohringer complètent le générique. Quelques projections ont été organisées le mois dernier et les réactions sont unanimes: le drame est fracassant et Benoit Poelvoorde y touche au sublime. Le film sera diffusé en France par Wild Bunch et il serait très étonnant de ne pas le retrouver le long de la Méditerranée en mai. Pas forcément en compétition, toutefois.

 

 

Pas impossible d’ailleurs que Benoit Poelvoorde fasse coup double puisqu’on parle de plus en plus d’une sélection potentielle du nouveau délire de Delépine et Kerven. Dans Le Grand Soir, notre Ben campe un “punk à chien”, frère d’Albert Dupontel (le troisième larron sur la photo ci-dessus est Didier Wampas) et fils de Brigitte Fontaine. Ça expliquerait pourquoi ce long métrage fort attendu met un peu de temps à sortir sur les écrans.

 

[© Haut et Court]

 

Une autre rumeur file bon train : la Belgique alignerait, cette année encore, un sérieux candidat à une récompense majeure. Nos Enfants (qui pourrait être rebaptisé À Perdre la Raison) a la cote. Émilie Dequenne, mais aussi de Niels Arestrup et Tahar Rahim, le duo d’Un Prophète, peuvent-ils déjà préparer leurs habits de cérémonie ? D’après le magazine Première,  Joachim Lafosse (photo) a 69% de chances de se retrouver sous les feux des projecteurs cannois. Une opportunité pour Rosetta d’emporter un deuxième prix d’interprétation, treize ans après ses débuts tonitruants. C’est en tous cas ce qu’on chuchote…  Une chose est certaine : Cannes est l’endroit idéal pour lancer une œuvre de ce calibre, en zappant les a priori et les discussions de clocher.

Rendez-vous est fixé le 19 avril pour l’annonce officielle des sélections. Le festival se déroulera, lui, du 16 au 27 mai, soit un peu plus tard que d’habitude, élections présidentielles obligent : le deuxième tour se tiendra le dimanche 6 mai, ce qui risque d’encombrer l’espace médiatique.
À Cannes, on ne prend rien à la légère. Certainement pas la promotion du Festival !