Les belles histoires de Tonton René: la naissance des Magritte du Cinéma

Le 6 février seront remis les 6e Magritte du Cinéma.  L’occasion pour ce brave Tonton René de se pencher sur l’histoire de la cérémonie. 

En tout, six épisodes pour évoquer chacune des éditions et la naissance de ce qui est devenu en très peu de temps un des évènements de l’année culturelle en Belgique.
Contre toute attente? On peut le dire.

En Belgique, les meilleures initiatives se développent souvent contre toute attente, c’est vrai.

 

 

C’est le jeudi 30 septembre 2010 à 11h précises que naissent officiellement les Magritte du cinéma

Dans le superbe cadre immaculé de la salle de réception de Square, surplombant le cœur de Bruxelles, la plupart des personnalités qui ont œuvré à la création de l’Académie Delvaux reçoivent la presse pour expliquer ce que seront ces récompenses et cette cérémonie.

 

 

Au rendez-vous (de gauche à droite), Philippe Reynaert, directeur de Wallimage, Catherine Delvaux fille du cinéaste qui a permis à l’Académie d’utiliser le nom de son papa, Luc Jabon (Pro Spère), représentant des auteurs, Patrick Quinet, président de l’UPFF et coprésident de l’Académie, Frédéric Delcor, directeur du centre du cinéma et de l’audiovisuel, Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l’audiovisuel, Jaco Van Dormael, parrain de cette première édition, Alain Berenboom, vice-président de la fondation Magritte et Philippe Logie de BeTV qui s’implique à fond dans l’initiative.

 

Face à eux, un mélange de curiosité, d’enthousiasme et de scepticisme. Classique.
Les Magritte seront donc l’occasion de faire la fête au cinéma belge francophone, encensé à l’étranger, mais méconnu chez lui. Pour tous les professionnels de l’Académie André Delvaux qui ont décidé de mettre cet évènement sur pied, il faut lui donner un peu de lustre, lui apporter quelques paillettes. Car le public aime les paillettes.

Cette médiatisation que tout le monde espère importante devrait permettre de rapprocher nos artistes du grand public qui semble trop souvent les ignorer.
La compétition est une base, mais elle sera surtout le prétexte à une fête retransmise en direct et en clair sur Be TV.

 

 

Car oui, depuis plus de cinq ans, le cinéma belge n’est plus honoré chez lui.

Avant, existait les prix Plateau récompensant les films belges dans leur globalité.

La dernière édition organisée le 7 mars 2006 à Gand au Kunstencentrum Vooruit vit le triomphe des frères Dardenne: meilleur film, meilleurs réalisateurs, meilleur acteur (Jérémie Renier battant Koen de Bouw et Benoit Poelvoorde) et actrice (Déborah François), meilleur scénario….
Un grand chelem pour L’enfant, couronné en mai 2005 d’une Palme d’or à Cannes, la deuxième des frères.
Avant cette ultime édition, Jean-Pierre et Luc  avaient déjà dominé les prix Plateau à trois reprises avec La promesse, Rosetta et Le fils.

Cette 19e édition fut pourtant la dernière, la cérémonie ayant de plus en plus de mal à se mettre sur pied et de moins en moins d’écho.

 

Bref, il était temps de relancer la machine et la culture étant désormais une matière communautaire, il n’était plus vraiment possible d’organiser un prix commun. D’autant que, il faut bien l’avouer, les films passent difficilement la frontière linguistique. Si le public belge francophone voit à peine les longs métrages produits sur son territoire, il ne regarde pas du tout les œuvres flamandes.

 

 

Certains esprits chagrins, jugeant un peu vite et à l’emporte-pièce, se sont étonnés de ce distinguo, mais les Magritte répondent en fait aux Vlaamse Filmprijzen créés au festival d’Ostende en 2010 et remis pour la première fois le 10 septembre de cette année-là.

C’est La merditude des choses et son réalisateur Félix Van Groeningen (photo) qui en seront les grands triomphateurs.

Plus tard, ces prix deviendront les Ensors. En septembre 2014, ils ont enfin été (en partie) retransmis en direct à la télé flamande. Deux ajustements qui les rapprochent plus encore des Magritte partis directement sur les bases qu’on connaît aujourd’hui.
Il existe néanmoins une grosse différence entre les deux organisations : si les Ensors font désigner les lauréats par un jury réuni à Ostende à la façon d’un festival, les Magritte adoptent le système classique de vote anonyme en deux tours des professionnels du secteur.

 

Pour que les Magritte acquièrent un vrai prestige, il fallait bien sûr leur associer un symbole qui frappe les imaginations. Le défi était de l’inventer à partir de l’univers de René Magritte, choisi pour incarner l’esprit de la manifestation.

C’est une affiche signée par le peintre et intitulée « moments inoubliables du cinéma », réalisée pour un festival de cinéma en 1958, qui servira de base au trophée.

Plusieurs projets seront proposés, et c’est celui de Xavier Lust, designer belge de renom, qui est retenu. Déstructurés, stylisés et traduits en volumes, les éléments graphiques de l’affiche dessinée par Magritte ont été repensés, recomposés.

Ce Magritte, conçu pour être abordé sur toutes ses faces, offre des détails différents sous chaque angle de vue. Il est en matière composite, sublimée par un chromage sur les surfaces pour lui donner un aspect argenté.

Original (très) et frappant, le trophée symbolisera dorénavant notre cinéma. Son seul petit défaut? Il s’avérera un peu fragile entre les mains de certains comédiens. Il sera d’ailleurs légèrement réadapté quelques années plus tard.

 

 

Pour permettre à chacun des votants de se prononcer dans les meilleures conditions possibles, l’Académie André Delvaux qui organise l’événement a décidé de faire confectionner un superbe coffret avec tous les films en lice pour les Magritte, pressés sur DVD.
Le premier est noir et attise rapidement les convoitises. L’initiative sera renouvelée tous les ans au grand bonheur des professionnels.

Pour s’exprimer, les votants doivent être affiliés à l’académie André Delvaux. Leur nombre ne cessera d’augmenter d’année en année. Un premier tour de vote se clôturera le 31 décembre. Les nominés de cette première édition seront annoncés le 13 janvier 2011.

Pile au même moment se dessine un autre projet destiné à donner un nouvel élan au cinéma belge. Il sera présenté tout début janvier à BNP qui le validera: la naissance de Cinevox suivra de quelques mois celles des Magritte. Dans un même esprit.

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