Tonton René raconte… les Magritte 2011

En ce mois de janvier gris et humide, Tonton René a décidé de vous changer les idées et de vous conter la belle histoire des Magritte du Cinéma.

Il a déjà évoqué la genèse de ce projet. Aujourd’hui, il plonge avec délectation dans la première édition de la manifestation, celle de tous les dangers.

Forcément…

 

Pas facile de mettre sur les rails une entreprise ambitieuse du calibre des Magritte du Cinéma. Au moment où les promoteurs du projet lancent le projet (lire ici), tout, absolument tout, reste à faire.

 

 

« Il faut dix années à une manifestation comme celle-ci pour s’imposer contre vents et marées », disait Philippe Logie peu après la présentation initiale des Magritte du Cinéma.

À mi-parcours, on n’est pas loin de penser que le plus dur est fait.

Mais fin 2010, nous n’en sommes pas là.

Pourtant, malgré les délais assez courts, mais avec les bonnes personnes aux bons endroits, une formidable dose d’énergie, beaucoup de bonne volonté, du talent, du travail, de nombreuses nuits blanches, les situations les plus complexes se résolvent une à une.

 

Clôturé le 31 décembre à minuit (ce qui deviendra une habitude), le premier tour des Magritte se déroule sans anicroche et tout le monde est bizarrement excité de découvrir la liste des premiers nominés qui doit être annoncée le 13 janvier 2011.

 

 

Le vainqueur du premier tour de scrutin est Illégal avec 8 nominations. Le drame social d’Olivier Masset-Depasse est  suivi par deux redoutables concurrents cités 7 fois : Mr. Nobody de Jaco van Dormael et Élève Libre de Joachim Lafosse.
Juste derrière eux, Les Barons, gros succès populaire signé Nabil Ben Yadir avec 6 citations tiennent le choc. Un peu plus loin, viennent notamment La Régate (4), Panique au Village et Sœur Sourire (3).

 

 

Avouons-le: quatre ans plus tard, ce line-up reste impressionnant. Un line-up auquel il faut ajouter Amer, premier long métrage d’Hélène Cattet et Bruno Forzani qui, à la surprise générale, apparaît dans le quatuor des meilleurs films de l’année.

Cette œuvre étrange, très prisée par les fans de cinéma fantastique, a été peu vue et ceux qui peuvent voter pour le deuxième tour se jettent avidement sur le coffret de DVD qui leur permet de rattraper cet hommage aux gialli italiens des années 70. Sera-ce suffisant pour faire vaciller les favoris? Les deux réalisateurs bouleverseront-ils les pronostics?
On est déjà là au cœur de l’essence des Magritte…

 

 

Pour conduire la remise des prix, deux figures de proue devront mener les Magritte à bon port. Le président d’honneur de la soirée sera donc Jaco Van Dormael visage emblématique du cinéma belge… mais également favori de la cérémonie.

 

À ses côtés, pour faire pétiller la fête, il fallait une personnalité tonique, originale, professionnelle. Choisie pour son charisme, sa présence d’esprit et son charme, parce qu’elle excelle aussi dans des disciplines complémentaires comme la comédie et le la musique, c’est l’actrice, chanteuse, réalisatrice, romancière belge, Helena Noguerra qui est désignée.
Un choix audacieux qui va s’avérer payant, car l’artiste qui ne joue pas la carte de la consensualité (et tant mieux) va, d’emblée, faire exploser  la chape de conventions qui aurait pu faire de ces Magritte une cérémonie figée et pesante, ennuyeuse.

 

 

Un peu fofolle, mais très à l’aise, sexy en diable, Helena mènera la soirée à un rythme d’enfer.

 

Fort décontractés et, dans l’ensemble, très professionnels, ces Magritte convainquent. D’autant que la captation télé assurée par BeTV est assez exceptionnelle.

 

 

Mais quid du palmarès?

Il n’y a pas discussion, le triomphateur de la soirée est Mr.Nobody, désigné meilleur film de l’année. Son auteur Jaco Van Dormael, est également élu meilleur scénariste et meilleur réalisateur.
Trois récompenses auxquelles s’ajoutent la meilleure photo (Christophe Beaucarne), la meilleure musique (feu Pierre Van Dormael) et le meilleur montage (Matyas Veress). Carton plein !

 

Dans la foulée de ce puzzle hors norme, trois films décrochent deux trophées : Illégal, Panique au Village et Élève Libre.

 

Anne Coesens, intense interprète d’Illégal est désignée meilleure actrice de l’année. Sur scène, elle est follement applaudie. C’est assurément l’ovation – méritée! – de la soirée. Christelle Cornil qui dans le film incarnait une gardienne a remporté le Magritte du meilleur second rôle féminin. Qui a oublié l’étonnant épisode de ses remerciements à rallonge ?

 

Panique au Village était nommé deux fois… et a gagné deux fois. Benoît Biral, Valene Leroy, Julien Paschal, Fred Piet et Franco Piscopp ont reçu un Magritte pour le meilleur son tandis qu’Eric Blesin et Marc Nis étaient couronnés pour le meilleur décor. Une performance qui se répétera quelques années plus tard avec Ernest et Célestine des mêmes réalisateurs. Mais ne brûlons pas les étapes.

 

 

 

Quant à Élève Libre, il s’est imposé grâce à Jonathan Zaccaï, élu meilleur acteur, et Pauline Étienne, meilleur espoir féminin. Deux valeurs sûres.

 

Restent quatre films avec, chacun, un trophée: La Régate de Bernard Bellefroid a été récompensé à travers son jeune acteur Joffrey Verbruggen (meilleur espoir masculin), Jan Decleir a remporté la mise dans la catégorie Meilleur second rôle masculin pour Les Barons, Sœur Sourire a décroché le Magritte du meilleur costume (Christophe Pidre et Florence Scholtes) et le Magritte de la meilleure coproduction (minoritaire), particularité belge, est revenu aux Frères Dardenne pour Looking for Eric de Ken Loach.

 

Sans oublier le prix du meilleur documentaire qui est allé aux chemins de la mémoire de Jose Luis Penafuerte et le Magritte du meilleur court, attribué à Nuit blanche de Samuel Tilman.

 

Dans un moment d’émotion assez intense, un Magritte d’Honneur posthume est décerné à André Delvaux. C’est sa fille Catherine qui reçoit le trophée des mains de Charly Herscovici président de la fondation Magritte.

Symbole du 7e art belge moderne, André Delvaux a fait tourner les plus grands, d’Yves Montand à Anouk Aimée, de Philippe Léotard à Marie-France Pisier, de Vittorio Gassman à Fanny Ardant. Réalisateur de longs métrages aussi marquants que Rendez-vous à Bray, Benvenuta ou encore L’œuvre au noir, le cinéaste a donné son nom à l’Académie qui organise les Magritte.

 

 

Enfin, Benoît Poelvoorde reçoit des mains de Jean-Claude Van Damme venu spécialement de L.A., invité par Télé Ciné revue,  un prix offert par les lecteurs de la revue.
Flanqué d’un François Damiens déchaîné, le grand Ben va mettre sur scène un joyeux « souk » qui fera presque oublier à Helena Noguerra l’ultime prix de la soirée, le plsu prestigieux, celui du Meilleur film.
Heureusement Olivier Gourmet veille au grain et son intervention permet à Jaco Van Dormael de profiter une dernière fois de ce moment délicieux qui ponctue sur une note très positive l’aventure Mr Nobody, une des plus épuisantes qu’il ait eu à vivre tout au long de sa carrière.
Un éreintant voyage qui a duré plusieurs années mais qui a enfanté un des chefs d’œuvre du cinéma belge, un film culte, adulé par ses adorateurs… dont nous faisons partie, faut-il le préciser?

 

 

PALMARÈS

 

Meilleur film : Mr. Nobody de Jaco Van Dormael

Meilleure réalisation : Jaco van Dormael pour Mr. Nobody

Meilleure coproduction : Les Films du Fleuve (Jean-Pierre et Luc Dardenne) pour Looking for Eric

Meilleur scénario original ou adaptation : Jaco van Dormael pour Mr. Nobody

Meilleure actrice : Anne Coesens dans Illégal

Meilleur acteur : Jonathan Zaccaï dans Élève libre

Meilleure actrice dans un second rôle : Christelle Cornil dans Illégal

Meilleur acteur dans un second rôle :  Jan Decleir dans Les barons

Meilleur espoir féminin : Pauline Etienne dans Élève libre

Meilleur espoir masculin : Joffrey Verbruggen dans La régate

Meilleure image : Christophe Beaucarne pour Mr. Nobody

Meilleur son : Benoît Biral, Valene Leroy, Julien Paschal, Fred Piet et Franco Piscopo

pour Panique au village

Meilleurs décors : Eric Blesin et Marc Nis pour Panique au village

Meilleurs costumes : Christophe Pidre et Florence Scholtes pour Sœur Sourire

Meilleure musique originale : Pierre van Dormael pour Mr. Nobody

Meilleur montage : Matyas Veress pour Mr. Nobody

Meilleur court métrage : Nuit blanche de Samuel Tilman

Meilleur documentaire : Les chemins de la mémoire de Jose Luis Penafuerte

Magritte d’honneur : André Delvaux

Prix du public : Benoît Poelvoorde

A l’occasion de la première cérémonie des Magritte, les spectateurs belges ont également remis une récompense, le Prix du Public. Le vote s’est fait en partenariat avec Ciné Télé Revue, qui allie passion du cinéma et légitimité populaire (1 600 000 lecteurs chaque semaine) depuis plus de 65 ans. Chacun a pu choisir son acteur ou actrice préféré parmi les différents nominés via le site internet du magazine ou celui des Magritte, et élire le meilleur interprète belge toutes catégories confondues. Ce Prix du Public, complément idéal, est l’occasion d’allier qualité et popularité, jugement des pairs et choix du public.

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