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Welcome Home : ils ne pleurent pas, ils vivent !

Dès son premier long métrage de fiction, le documentariste et scénariste de BD Philippe de Pierpont a réussi sa vie de cinéaste en offrant au cinéma belge une actrice hors normes qui fait le bonheur de tous les (bons) réalisateurs qui croisent sa route.

Pour sa prestation dans Elle ne pleure, pas elle chante, Erika Sainte a fort logiquement reçu le Magritte du meilleur espoir féminin et après une petite période d’observation blanche (personne n’osait l’embaucher pour des seconds rôles après cette récompense), elle est aujourd’hui constamment sur les plateaux de cinéma ou sur les planches de théâtre qu’elle hantait déjà avant sa reconnaissance sur les grands écrans.

 

Mais Elle ne pleure pas, elle chante ne pouvait bien sûr pas se résumer à une seule comédienne : c’est aussi un ton, une force, une mise en scène glaciale et secouante, le regard d’un réalisateur qui aura mis quatre années à nous proposer son deuxième long de fiction : Welcome Home.

 

 

Toujours soutenu par Iota productions qui surprend cette année encore avec des films comme Keeper et l’insoumise dans son catalogue, Philippe de Pierpont a choisi de changer radicalement de sujet pour ce nouveau rendez-vous sur les grands écrans : Welcome Home se focalise sur deux ados en rupture familiale qui vont tenter de s’émanciper du monde dans lequel ils sont contraints de vivre. Au risque de se perdre…

Lucas a 16 ans, il est lycéen, plutôt introverti et solitaire. Bertin (qui n’aime pas son prénom et on le comprend) est un apprenti mécanicien de 18 ans. Le premier ne supporte pas sa vie avec un beau-père et un bébé qu’il déteste. Le second étouffe sous la houlette de son patron (Éric Larcin) et de son père qui ne croit plus en lui (Claude Semal qu’on est heureux de revoir au ciné).
Un jour, les deux décident donc de s’enfuir sur une mobylette. Lucas, encore immature, va trouver en Bert un « grand frère », un guide… Colérique et imprévisible, Bert va mener le duo aux portes de la catastrophe.

 

 

Leur fugue va d’abord les conduire dans des maisons abandonnées par leurs locataires partis en vacances. Mais très vite, l’ennui refait surface et le sens de leur voyage leur échappe. Rentrer au bercail ? Continuer ? La logique de leur dérive les pousse à aller toujours plus loin. C’est la fuite en avant… Jusqu’au précipice.

Pour interpréter ces deux jeunes personnages omniprésents à l’écran, Philippe de Pierpont avait une vision claire : il voulait découvrir deux acteurs belges qui seraient (rien de moins) les nouveaux Al Pacino et Robert De Niro. Une image très nette dans son esprit depuis qu’il avait vu un casting de ces deux mythiques comédiens tout jeunes, encore imprécis, mais déjà magnifiques.

Après un casting long et compliqué, le duo s’est cristallisé sous la forme de Martin Nissen et Arthur Buyssens. Le premier a été découvert par Michael Bier il y a sept ou huit ans alors qu’il cherchait un garçon pour incarner le rôle principal d’Un ange à la mer, face à Olivier Gourmet. On l’a ensuite notamment revu dans Les Géants où il était le frère à casquette de Zacharie Chasseriaud.

 

Jusqu’ici on a surtout vu Arthur dans des courts métrages, dont le douloureux Premiers pas aux côtés de la magnifique Pauline Brisy. Ce qu’on sait moins (sauf si vous suivez Cinevox de très près), c’est qu’Arthur aurait aussi dû faire partie des Géants. Il avait été casté et retenu par Bouli Lanners. Mais entre les séances initiales et le tournage, Arthur a terriblement grandi, sa voix a mué et Bouli a dû in extremis le remplacer par un autre acteur intense : Paul Bartel.

Quatre ans plus tard, ces deux-là se retrouvent donc, côte à côte, dans une nouvelle aventure qui n’est d’ailleurs pas sans évoquer Les géants, justement. Au début en tous cas. La nature belge et sauvage, la fuite en avant, les squats de maisons abandonnées, le sous-texte engagé aussi… : le parallèle saute aux yeux. Sauf que Philippe de Pierpont n’essaie jamais de faire du Bouli Lanners et que son film extrêmement personnel est plus dur et houleux que celui du Liégeois.

 

 

Sur l‘écran, comme sur le tournage, la connivence entre les deux comédiens est évidente. Elle porte le film de bout en bout avec ses heurts et ses coups de théâtre. Road movie oblige, le duo croise des personnages surprenants (Emma Gilles-Rousseau ou Harry Kleven) qui vont petit à petit les pousser vers l’abîme… ou vers l’âge adulte.

Car s’il est un réaliste bien ancré dans son époque, Philippe de Pierpont n’est pas non plus un pessimiste résigné et son envie ici a toujours été de montrer que quel que soit le chemin de ses protagonistes, tortueux et douloureux parfois, quelle que soit la profondeur des abysses qu’ils côtoient, ils peuvent en profiter pour repartir ensuite sur de nouvelles bases, saines et solides.

C’était le cas de Laura dans Elle ne pleure pas elle chante. Ce sera peut-être celui (préservons le suspense) de Lucas et Bertin dans ce Welcome Home

 

 

Aussi brillants que soient ses acteurs, Welcome Home n’est pas digne d’éloges pour leurs seules performances. Superbement cadré, le film nous offre son lot d’images fortes et au moins une scène culte, d’une splendeur visuelle époustouflante qui réussit l’exploit d’être à la fois sublime et incroyablement signifiante, troublante et originale.

Le film sort le 13 janvier, distribué par Imagine. Au FIFF, le jury officiel lui a décerné une mention spéciale « Coup de Coeur ». C’est notre premier conseil 4 étoiles de 2016.

 

 

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