« Stan & Ulysse, l’esprit inventif »: rejouer l’histoire

Aujourd’hui sort en salle Stan & Ulysse, l’esprit inventif, documentaire de Benjamin Hennot sur deux figures de la Résistance belge qui se caractérisèrent par leur courage et leur créativité.

Bruxelles 1940. André, 16 ans, rejoint Marcel qui en compte 18. Tous deux s’engagent dans un groupe de Résistance très autonome, le Groupe D du Service Hotton, et se rebaptisent l’un Stan, l’autre Ulysse. En 1942, ils installent un maquis dans la région de Chimay et Couvin. La population les soutient, l’Occupant les craint. Et pour cause : le « sabotage und widerstandgruppe Franckson » multiplie les coups d’éclat. Attaques de locomotives, incendies de dépôts de bois-carburant, hold-up, duels au revolver, embuscades meurtrières, neutralisation de bourgmestres rexistes, coupures du câble Berlin-Paris, fusils et poudres en tous genres : Stan & Ulysse, l’esprit inventif inaugure au sein du documentaire un sous-genre inédit : le Western-Wallonie de Francophonie (WWF), ou western-documentaire, ou encore tutoriel apache. Stan & Ulysse nous racontent une aventure qui sent la poudre et le plastic, où la plus noble éthique se mêle à la plus narquoise des ironies.

On doit déjà au réalisateur Benjamin Hennot La Bataille de l’eau noire, autre histoire de résistance, celle des habitants de la vallée de l’Eau Noire près de Couvin, qui menèrent en 1978 une flamboyante guerilla contre les autorités qui voulaient construire un immense barrage dans la région, illustrant la joie et la force d’un mouvement populaire en tous points exemplaire.

Avec ce nouveau film, le cinéaste met en avant des figures peu valorisées de nos jours, des guerriers, des vrais. Si la guerre a perdu de ses lettres de noblesse dans nos contrées pacifiées, l’ingéniosité et la témérité de ces combattants et combattantes furent en tous points capitales pour construire l’avenir de l’Europe. Et pour coller au mieux aux trésors d’inventivité déployés par ces soldats de l’ombre, le réalisateur invente le format qui colle le mieux au propos, offrant un travail surprenant sur la bande-son, et mêlant images d’archives de la guerre et du cinéma, prises de vues contemporaines, interviews avec les protagonistes, et scènes « rejouées » par ces derniers.

Stan et Ulysse n’ont rien perdu de l’enthousiasme et la volonté qui les animaient alors, et leurs témoignages s’en ressentent. « Je jouais dans le western de mon pays! » confie l’un des deux. Jouer, malgré le danger, au soldat, au cowboy, à l’espion, à l’agent double. Le cinéaste lui aussi se joue de la mise en scène, et relève un défi de taille: traiter l’Histoire avec très peu d’images d’archives. Tout ou presque est à réinventer, ou recycler, quitte à emprunter des images… et bien de western, tiens! A l’image de ses protagonistes, Benjamin Hennot fait preuve d’une belle inventivité en la matière.

Stan & Ulysse, l’esprit inventif sort ce mercredi 9 mai à Flagey (Bruxelles), et sera diffusé dans les semaines qui viennent un peu partout en Wallonie.

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