« Inner Lines », échos de guerre

L’oeuvre documentaire de Pierre-Yves Vandeweerd se distingue par sa conscience politique forte et son exigence esthétique singulière. Inner Lines s’inscrit résolument dans sa filmographie, offrant une réflexion puissante et obsédante sur l’éternel recommencement de la violence des hommes, ces guerres perpétuelles qui traversent l’espace et le temps, les peuples et les territoires. 

Sa caméra s’arête ici autour du mont Ararat – en Turquie, en Arménie et au Haut-Karabakh. Des messagers et leurs pigeons voyageurs arpentent des lieux détruits par les guerres. Au gré de leurs errances, ils rencontrent des Yézidis et des Arméniens qui témoignent de ce qu’ils ont enduré, de leurs existences brisées, de la vie qui se bat contre la mort. Leurs paroles racontent avant tout la violence infligée par des hommes à d’autres hommes, une violence qui semble éternelle.

Dans le langage militaire, les inner lines sont des itinéraires de secours qui, tout en se situant à proximité des lignes adverses, échappent aux moyens de contrôle et permettent de prendre la fuite.

Le film cherche et trouve un équilibre subtil car souvent inconfortable entre la dureté difficilement soutenable des témoignages des victimes et des survivants, et la poésie hypnotique des textes déclamés, noms de lieux égrenés, récits folkloriques et mythes fondateurs, comme celui des colombes de l’Arche de Noé.

Inner Lines raconte par le territoire, les mots et les maux, les guerres d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Les repères temporels sont un temps brouillés, mais le sol et la terre se souviennent du sang versé. Les guerres perpétuelles, mais aussi les guerres singulières, qui se répondent au fil de l’histoire, sur cette terre aussi sainte que damnée, où résonnent les échos du génocide arménien, où sonnent encore les cris des massacres des Yézidis.

Une oeuvre dure, où l’évocation première laisse place aux voix sépulcrales des victimes, où la beauté des images souligne la cruauté des hommes. Au coeur de l’horreur, pourtant, apparaît une lumière blanche dans les temps les plus sombres, le souvenir fugace du vol de la colombe.

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