3 questions à… Claire Bodson

Rencontre avec Claire Bodson, à l’affiche ce mercredi du surprenant Fils de Plouc de Lenny & Harpo Guit. Déjà nommée pour le Magritte de la Meilleure actrice dans un second rôle pour sa performance dans Le Jeune Ahmed  des frères Dardenne lors de la 10e édition de la Cérémonie, elle sera également en lice pour les Trophées Francophones qui se tiendront le 4 décembre prochain à Kigali. On la retrouvera en février et mars 2022 au théâtre Varia dans Qui a peur, une pièce écrite par Tom Lanoye et mise en scène par Aurore Fattier, adaptée de Qui a peur de Virginia Woolf.

De quoi parle Fils de plouc?

Si je devais résumer le film, je dirais que ça parle de deux frères dont la mère est prostituée. Quand elle décide d’arrêter de faire le tapin, elle n’a plus d’argent, et voudrait que ses deux grands fils prennent leur indépendance et volent de leurs propres ailes. Elle décide donc de ne plus remplir le frigo, ce qui les oblige à sortir chercher à manger. Ils partent avec le chien de leur mère, qu’ils perdent en route. Ils vont donc devoir le retrouver…

Ca, c’est le pitch. Mais le film est bien autre chose, de l’ordre du mystère de ces deux jeunes auteurs extrêmement surprenants.

C’est marrant, parce que l’autre jour j’assistais à une projection à Liège avec des amis, qui après la projection m’ont dit: « Ce qui est super, c’est qu’il n’y a pas de propos, c’est comme un geste d’art brut, d’art punk. » Je me suis dit que cette notion de geste, ça leur correspondait bien, mais quand je partage cette idée avec mon compagnon, il me répond: « Mais pas du tout, il y a un super propos sur la dévoration, les enfants, la maternité, la femme. »

Et à vrai dire, moi, ce qui me plait je crois, c’est que s’il y a un propos, je ne le vois pas, et en même temps je ne trouve pas que le film n’a pas de propos. Ca se situe surement à un endroit particulier, aussi bien en tant qu’actrice qu’en tant que spectatrice, dans une énergie. C’est dans cette énergie, dans ce geste artistique que se situe le propos.

Et puis surtout, quand j’ai découvert le film, j’ai ri du début à la fin, et j’ai même ri en y repensant les jours suivants.

Fils-de-Plouc
Mathieu Amalric et Claire Bodson

Comment êtes-vous arrivée sur ce projet? Ce n’est pas forcément un endroit où on vous attendait…

Je fais très peu de cinéma, en règle générale, je suis plutôt une actrice de théâtre, et j’y suis bien. Je suis de temps en temps appelée pour des castings cinéma, mais ce sont toujours des moments délicats pour moi, je n’aime pas beaucoup ça en fait.

Pour revenir à Fils de Plouc, j’ai reçu un jour un message sur Facebook, de gens que je connaissais absolument pas, je crois qu’on n’avait même pas d’amis en commun: « Bonjour, on s’appelle Lenny et Harpo, on est deux frères, et on veut faire un film. Est-ce qu’on peut vous rencontrer? »

Déjà leurs prénoms m’ont intriguée, je me suis demandé qui pouvaient bien être ces deux gars.  J’aimais bien le côté direct de la demande aussi. Ils m’ont envoyé deux scènes du film, j’ai jeté un oeil sur les films courts qu’ils avaient publiés sur Youtube. Je n’en ai été que plus intriguée, ça me faisait rire, mais j’étais incapable de dire si c’était réussi ou raté. Je n’avais pas les codes je crois.

Je les ai rencontrés, j’ai fait quelques scènes avec eux. C’était convivial, ils étaient très gentils, et en même temps très consciencieux. Ils sont barrés, mais ils travaillent beaucoup. On a cherché des choses ensemble… Ce n’est pas très différent d’un casting avec les frères Dardenne finalement.

Alors que je remettais mon manteau, ils m’on demandé si je voulais bien faire une impro, et ils m’ont proposé la première scène du film, dont on ne dira rien ici pour ne spoiler, mais j’ai vraiment cru à ce moment-là que c’était peut-être une caméra cachée, qu’ils avaient appelé toutes les actrices de 45 ans de la région pour faire cette scène assez particulière.

Ils m’ont remercié avec insistance, en partant, beaucoup de remerciements, je leur ai donc dit que c’était normal, c’était mon métier, et ils m’ont interrompu pour me dire: « Non, mais on vous dit merci parce que vous êtes la seule à vous être déplacée. » Et je n’ai jamais su si c’était vrai, mais ce n’est pas impossible!

Ils m’ont rappelée quelques jours plus tard pour m’annoncer très gentiment que j’avais le rôle, et m’ont envoyé le scénario. En le lisant, je sentais que j’avais envie de faire le film, mais clairement, je n’avais pas les clés pour vraiment comprendre le projet peut-être. Je l’ai donc donné à lire à mon films qui avait 18 ans à l’époque, et qui m’a dit: « C’est de la balle, fais le! »

Voilà, je fais rarement du cinéma déjà, là en plus c’était une équipe hyper jeune, 22, 23 ans de moyenne d’âge, qui m’a super bien accueillie. Ce que j’aime quand je fais ce métier, c’est aussi de débarquer dans des univers inconnus, auprès de gens pour lesquels je n’ai pas toutes les clés de compréhension, et ça c’est passionnant.

C’était une aventure courte mais intense. Je suis restée en contact avec eux, ce sont deux gamins que j’aime bien, que j’aime bien inviter à la maison pour manger des crêpes.

Fils-de-Plouc
Maxi Delmelle, Claire Bodson et Harpo Guit

Quel était plus grand défi pour vous, et qu’avez-vous trouvé de plus enrichissant sur le projet?

Ce qui m’a plu, c’est la rapidité, l’urgence avec laquelle les choses étaient faites. Même si le film était très écrit, si tout été très soigné, il y avait un vrai souci de bien faire, l’énergie était très forte. C’était une énergie que je ne connaissais pas, évidemment parce qu’elle n’est pas de ma génération, mais aussi parce qu’elle est différente.

On a travaillé avec précision, mais on ne cherchait pas forcément à être juste, ou crédible. On faisait autre chose. Au final, j’adore cet OVNI.

Du coup le vrai défi pour moi, je crois que c’était de suivre la cadence, et d’essayer de capter leur monde. D’ailleurs, j’aimerais beaucoup retravailler avec eux, je pense que j’ai compris encore plus de choses en découvrant le film. J’espère qu’ils auront l’occasion de refaire rapidement un film, je pense qu’ils ont vraiment quelque chose à amener au cinéma.

A LIRE AUSSI

Fils de plouc, petites chamailleries entre frères

 

 

Regardez aussi

Patric Jean: « La forme est un regard sur le monde, elle l’interroge »

Rencontre avec le cinéaste belge, à propos de son dernier film, La Mesure des Choses …