3 questions à… Pauline Beugnies

Photo: Colin Delfosse

Rencontre express avec Pauline Beugnies, réalisatrice de Shift, diffusé depuis le 1er mai sur la plateforme nosfuturs.net créée par le Centre Vidéo de Bruxelles, et programmé ce soir à 21h05 sur La Trois. La jeune photographe et réalisatrice, autrice de nombreux projets en Egypte (dont le documentaire Rester Vivants, et le court métrage Shams), revient en Belgique pour porter son regard sur l’une des nouvelles mythologies des grandes villes: le coursier à vélo.

Quelles sont les origines du projet?

Le Centre Vidéo de Bruxelles est venu me trouver à un moment où j’avais justement envie de tourner un film en Belgique, après avoir travaillé sur plusieurs projets en Egypte. Je voulais faire quelque chose de plus proche, de moi, de nous. A l’origine, c’est Jean-Bernard, le héros de Shift donc, qui a contacté le CVB avec ce projet, le désir de faire un film autour de son expérience. La posture initiale de JB était plutôt à charge, mais je lui ai proposé de transformer le récit en quelque chose de plus intime, et de vraiment mettre en lumière sa propre histoire, pour mieux comprendre le système. Cela permettait d’aborder de façon plus naturelle et plus organique plein de thématiques denses et complexes, en les incarnant.

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Peut-on parler de la mise en image, presque en fiction du récit de JB?

Pour moi, c’est important d’entrainer les gens dans une histoire, et cela passe par l’intime, en rapprochant les gens les uns des autres. En fait, l’histoire de JB, c’est quasiment un scénario de fiction en soi! Ce gars qui n’a jamais fait de vélo de sa vie, et devient en quelques mois à peine le meilleur coursier de l’équipe, l’ascension phénoménale, et la chute qui n’en est que plus brutale, le bannissement. On a l’ami du début qui se transforme en ennemi… Tout était là, finalement.

Il fallait éviter d’avoir l’air d’être trop militant, ou de donner des leçons. En partant d’un individu qui lui-même y a cru, on peut proposer autre chose. Les gens avancent avec lui pour découvrir la face cachée des économies de plateforme. L’autre enjeu, c’était de savoir quoi montrer. Et là, on avait une matière extraordinaire, toutes les images GoPro tournées par JB quand il était encore coursier, qui nous ont permis de nourrir le récit.

Ce que je veux faire, c’est raconter des histoires, que ce soit en documentaire ou en fiction. C’était un beau challenge, de se mettre au service de l’histoire de quelqu’un d’autre.

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La question du travail, et du statut des travailleurs, est au coeur de la réflexion.

Effectivement non seulement le monde du travail actuel, mais aussi celui qui vient. Ce sont forcément des questions qui résonnent pour moi en tant qu’artiste, ces questions de statut. Moi, je n’y connaissais rien en droit du travail, et j’ai vraiment beaucoup appris, notamment avec l’avocate de JB.

Le concept de détricotage de la sécurité sociale notamment devient peut-être plus parlant à travers le parcours de JB. Ces plateformes se développent tellement rapidement, et créent tellement vite de nouveaux modèles que nos structures sociales et nos législations ne savent pas suivre.

Shift parle aussi de consommation, c’est bien là que nous avons encore un pouvoir en tant que citoyen·nes. Et nos choix ont un impact. Commander un burger via Deliveroo, ce n’est pas anodin.

J’espère que le film permettra au public de mener cette réflexion avec nous.

Les projets de Pauline Beugnies

« Je prépare un documentaire sur le trauma de l’affaire Dutroux pour notre génération, l’idée est que les enfants de l’époque racontent l’histoire comme ils s’en souviennent, c’est un projet qui s’appelle Petite, et qui sera diffusé pour les 25 ans de la Marche Blanche en octobre prochain sur la RTBF.

Je travaille aussi pour la première fois sur un projet de théâtre , on crée un spectacle produit par le KVS sur l’affaire Mawda, qui s’appelle Mawda ça veut dire tendresse, avec Marie-Aurore d’Awans. La première est prévue en septembre 2021.

Et je vais réaliser un clip pour un artiste égyptien dont j’avais utilisé un titre dans mon court métrage, Shams. Tout arrive un peu en même temps!

 

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