« A Parked Life », la vie sur la route

Avec A Parked Life, Peter Triest suit ceux qui parcourent l’Europe inlassablement dans leurs poids lourds devenus maisons roulantes, pour assurer la libre circulation de nos biens de consommation, au détriment de leurs vies intimes. 

A Parked Life, c’est d’abord le portrait de Petar, chauffeur de poids lourds bulgare. Pendant des mois et des mois d’affilée, il sillonne les routes d’Europe, transportant biens et marchandises d’un bout à l’autre du continent, en exil forcé de sa vie familiale. Il travaille pour l’argent, pour s’offrir à lui et son fils un futur, mais ce futur semble de plus en plus incertain. Plus il tente de le consolider, plus il lui file entre les doigts.

L’écran de son téléphone devient la seule interface avec sa femme et son fil restés en Bulgarie. Il l’observe, de loin, faire ses premiers pas, grandir, changer. Cette observation à distance se transforme bientôt en surveillance pour la femme de Petar, qui déplore son absence, tout en étant tributaire de son salaire. Alors que les bruits de la route emplissent la cabine de Petar, les voix de sa famille se font grésillantes, filtrées, de plus en plus lointaines.

« Enfant, je rêvais de voler dans l’espace. Aujourd’hui, tous les deux ans je parcours la distance entre la terre et la lune ». Le doux rêve que projetait Petar se morcelle. Alors qu’il travaille pour sa famille, il finit par se retrouver contre elle. Sans compter que ce n’est pas la vie sur la route qui compense cette absence. Petar est seul, la plupart du temps. Comme perdu, noyé dans des paysages industriels, péri-urbains, dénués d’âme. Des espaces souvent déserts, ou peuplés d’autres chauffeurs, venus la plupart du temps d’Europe de l’Est, comme lui arrachés à leur famille pour des raisons financières, espérant une vie meilleure, qui se désagrège souvent sous leurs yeux, ou plutôt devant la caméra de leurs smartphones.

La plupart d’entre eux caressait l’espoir d’une nouvelle vie. Au fil des quelques discussions glanées sur des parkings, on comprend que beaucoup sont devenus chauffeurs après avoir tenté d’autres carrières, peut-être plus proches de leurs aspirations, mais qui ne leur permettaient pas de gagner un juste salaire. On croise sur les routes d’Europe, du Nord gelé de la Suède aux champs alourdis de soleil de l’Espagne, d’anciens policiers, pompiers, ou même des prêtres, des maires, on a vu aussi un médecin. Mais l’argent peut-il suffire à palier leur absence, et à combler leur solitude?

La vie sur la route prend vite un tour anesthésiant. La plupart de ces hommes partent plusieurs mois. Souvent ils ne rentrent que deux, voire une fois par an au pays. « Nous sommes comme des robots, tous les jours se ressemblent. Au troisième mois, le corps est dans le camion, l’esprit est ailleurs. »

Ces vies abimées sont le prix à payer pour la mondialisation des échanges. Un lourd tribut porté par ces hommes exilés, qui voient filer le temps du haut de leurs habitacles inondés de solitude.

 

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