« Adieu Paris »: la dernière (s)cène

C’est ce mercredi que sort Adieu Paris, le nouveau film d’Edouard Baer, variation délicieusement bavarde et étonnamment mélancolique sur le thème du film de potes, plus Un éléphant ça trompe énormément que buddy movie bobo.

Chaque année à la même date, ils se réunissent à La Closerie des Lilas, pour un diner qui avec le temps s’est surement changé en déjeuner. Mais qui qui sont-ils? Les derniers grands hommes, des éléphants, des légendes, ce que le tout-Paris compte encore d’intellectuels vaguement fringants, d’hommes d’esprit et de lettres. Des vieux de la vieille en somme. De vieux mâles blancs de plus de soixante ans, en d’autres termes, qui se réunissent pour déguster des poireaux vinaigrette, se donner des nouvelles de leurs connaissances (celles pas encore fauchées par la vieillesse ou la maladie), et couronner celui qui a été le plus parfaitement improductif au cours de l’année écoulée. Visiblement il fut un temps où c’était encore un art précieux que celui de ne rien faire.

Chaque année, la petite troupe accueille un invité éphémère, venu partager ce repas arrosé. Et cette année, l’invité très spécial, c’est Benoît Poelvoorde. Benoît Poelvoorde, ou presque, un Benoît Poelvoorde de fiction, acteur namurois fasciné par le lustre parisien, par le scintillement de la ville lumière, qui nous entraîne dans ce guet-apens qui se transforme vite en diner de cons. On le suit sur son chemin vers son excitant rendez-vous, s’arrêtant au bistrot du coin pour boire un coup avant la grande confrontation, soutenue par sa femme (géniale Isabelle Nanty) qui questionne sa fascination.

Une fois arrivé sur place malheureusement, l’accueil est moins que convivial, voire carrément glacial. Malgré l’insistance de son compatriote, Louki (François Damiens, à la fois fidèle à lui-même ET surprenant en artiste contemporain sensiblement sur-côté), Benoît se voit interdire de prendre place à table.

C’est à un banquet finalement bien triste que nous convie Edouard Baer. Si de temps à autre l’on se régale de l’une ou l’autre pique, de la faconde de l’un ou l’éloquence de l’autre, ce à quoi l’on assiste avant tout, c’est à la fin d’une époque, au chant des cygnes. Non, ce n’est surement pas qu’un au revoir, mais bien un adieu. Et ils nous touchent, tous autant qu’ils sont, ces personnages auxquels on s’apprête à dire adieu, Benoît Poelvoorde d’abord, désolé d’arriver trop tard au banquet, émouvant dans sa volonté farouche de s’intégrer, d’en faire partie, même si c’est faire partie d’un monde en train de mourir. Ses hôtes ensuite, François Damiens donc, mais aussi Pierre Arditi, Jackie Berroyer, Bernard Le Coq, Daniel Prévost, Bernard Murat, Jean-François Stévenin, ou Gérard Depardieu, qui tous autant qu’ils sont se jouent autant d’eux-mêmes que de l’idée qu’on s’en fait, qui jouent de leur image d’acteurs sur le retour, de dinosaures d’une époque bientôt révolue. Et qui à défaut d’accueillir à leur table le « jeune » acteur fougueux, n’ont pas d’autre choix que d’accueillir deux convives qui s’imposent malgré eux, la mort et la vieillesse.

Un dernier repas, une dernière (s)cène, la fin d’une époque.

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