Amandine Rajau ne va « Rien lâcher » pour Guillaume Kerbush et Laura Petrone

Photos: Fred Labeye

On clôture nos présentations du programme de courts métrages La Belge Collection, qui a pour objectif de mettre en valeur comédiens et comédiennes belges, à travers le regard d’une poignée de cinéastes qui misent tout sur leur talent et leur créativité, avec Rien lâcher, réalisé par Guillaume Kerbusch et Laura Petrone, qui ont initié le projet, et qui jouent également dans le film, aux côtés d’Amandine Rajau. 

Depuis quelques mois, Laura héberge sa mère Angela atteinte d’un cancer en stade terminal, dans son petit appartement bruxellois. La jeune femme méfiante et têtue veut s’occuper seule de sa mère et retarder le moment inévitable où elle devra partir. Elle se jette à corps perdu dans cette bataille, elle ne veut rien lâcher.

Avec Rien lâcher, Laura Petrone et Guillaume Kerbusch livrent une oeuvre sincère et personnelle, qui revient sur la relation intense et déchirante qui unit une mère et sa fille, au seuil de la mort. Une poignée de derniers jours, aux frontières de la vie et de la mort.

5 questions à Amandine Rajau

Quelques mots sur votre personnage?

Angela est une femme d’une cinquantaine d’années en phase terminale d’un cancer très violent. Elle vit les derniers jours de sa vie chez sa fille, elles décident de traverser ça ensemble toutes les deux. Cette femme a très peur d’être un poids pour sa fille, qu’elle voit se débattre dans sa vie de femme.

Rien-lacher

Quel a été le plus grand défi pour vous? 

La difficulté de ce rôle, c’était d’être dans un rapport juste par rapport à la mort. Comment on a envie que ce soit doux, et le plus simple possible avec son enfant. Je n’ai jamais été confrontée à une situation aussi douloureuse, j’ai dû beaucoup imaginer, et en parler avec Laura. Ce dont j’avais peur aussi, c’était que ça devienne un rôle de démonstration, où on doit prouver une truc en tant que comédienne. J’avais peur de tomber là-dedans, et ma principale préoccupation était de me dire « Plus je serai juste, plus je serai simple, plus les choses seront sincères ».

Il y avait aussi une grande préparation corporelle, car cette femme est physiquement très diminuée. Il fallait trouver sa manière de bouger, il y avait tout un travail sur le corps assez épuisant.

Qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans cette expérience? 

C’est un cadeau magnifique que m’ont fait Guillaume et Laura. On avait beaucoup parlé avec Laura du fait qu’on devait être prêtes à accueillir des émotions, même si elles n’étaient pas écrites. Je pensais qu’à un moment, il y aurait des élans de sincérité qui allaient nous dépasser. Et c’est arrivé, des moments de débordement, d’amour, de pleurs. C’était très beau.

Ce qui m’a marquée aussi, c’est la qualité d’écoute sur le plateau, alors qu’on avait une équipe réduite. D’autant que je devais me préparer sur le plateau avant les scènes, ce qui était assez complexe, et l’écoute de la part de l’équipe technique a été extraordinaire. Je me suis sentie très épaulée.

Photo: Fred Labeye

Pouvez-vous nous parler de votre parcours?

J’ai un parcours un peu particulier. Je suis française, et j’ai commencé à jouer à l’âge de 6 ans dans les années 80. Il y avait très peu d’enfants comédiens à l’époque. J’ai joué dans la série Papa Poule, qui a eu beaucoup de succès, et après ça j’ai joué dans une trentaine de films et téléfilms, beaucoup de très jolis rôles. Puis ça s’est arrêté quand j’ai eu 14 ans. C’est un métier que j’ai toujours voulu faire, mais l’adolescence a mis un stop provisoire à ma carrière, heureusement j’y étais préparée.

A 18 ans, j’ai décidé de continuer ma formation, j’ai pris des cours au Conservatoire pendant 4 ans. J’ai fait de la mise en scène, notamment sur Cuisine et dépendance. Puis j’ai rencontré mon mari, producteur de cinéma, et je me suis installée à Bruxelles il y a 20 ans. Ma carrière de comédienne n’ayant pas re-décollé comme je l’aurais souhaité, j’ai travaillé dans la production. Et puis mon fils, Elliot Goldberg (que nous avions d’ailleurs rencontré sur le tournage de la série Lucas, etc.), est devenu à son tour enfant comédien, et j’ai pu l’épauler dans cette voie, tout en ne lui cachant rien.

Ensuite j’ai mis en scène une pièce de théâtre avec Julie Taton et Bérénice, Arrête de pleurer Pénélope, dans laquelle je ne devais pas jouer, mais Justine Hénin nous a plantés à 1 mois de la première, et j’ai dû revenir au théâtre presque malgré moi. On a fait 80 dates en province. J’ai refait une autre mise en scène, Le Clan des Divorcées, dans laquelle je jouais aussi, 180 dates, là encore partout en Belgique, mais pas à Bruxelles. Je précise, parce que du coup, les professionnels ne me connaissent pas, c’était plutôt un théâtre populaire, dans les centres culturels. Un autre chemin que le théâtre classique.

Depuis 3 ans, j’ai décidé de devenir coach pour enfants sur les tournages. Ayant moi-même été enfant comédienne, ayant un enfant comédien, et ayant fait de la mise en scène, il me semblait avoir les bonnes armes pour ça. Je travaillais avec Sébastian Moradiellos, qui m’appelait parfois pour donner la réplique en casting, et c’est comme ça que j’ai rencontré Laura et Guillaume.

Depuis que je suis arrivée en Belgique, je pense sans cesse lâcher ce métier, mais à chaque fois, le hasard me rattrape. J’ai donc un parcours un petit peu atypique.

Que représente pour vous cette opportunité offerte par La Belge Collection?

Déjà, mettre en avant le cinéma belge, c’est une idée formidable. Moi mon cadeau, je l’ai déjà eu, c’est ce rôle. J’espère que tous les films auront une jolie vie dans les festivals. Bien sûr si des choses en découlent, j’en serai ravie, mais je sais que c’est un métier difficile et étonnant. Et puis dans la vie, en fait, je suis assez marrante et pêchue, donc j’imagine que les gens qui me connaissent seront peut-être étonnés de me voir dans ce rôle-là. J’espère que nous pourrons toucher les gens avec cette histoire. Et en ce qui me concerne, Inch’allah, comme on dit!

 

8 questions à Guillaume Kerbusch et Laura Petrone

D’où vient l’idée de La Belge Collection?

Laura Petrone

Il y a 4 ans, on a créé le Brussels Cine Studio. Chaque mois, nous y organisons une semaine de stage de jeu, avec des cinéastes belges ou français. On fait également venir des directeur·trices de casting. L’idée pour nous était de continuer de nous former, élargir nos expérience, rencontrer des gens aux profils variés. Cela permet de développer de nouveaux projets. On s’est demandé comment aller plus loin pour mettre les comédien·nes en avant…

Guillaume Kerbusch

On s’est inspirés de mon expérience avec les Talents Adami en 2018, on s’est dit qu’avec tous les cinéastes qu’on avait rencontrés, qui avaient pu voir que nous pouvions mettre des choses en place, on trouverait surement des gens prêts à nous faire confiance, et à nous suivre.

Laura Petrone

C’est d’ailleurs aussi intéressant pour les cinéastes, dont la plupart travaillent sur des longs métrages qui mettent beaucoup de temps à se monter. Cela leur permet de travailler pendant ces étapes assez laborieuses de production et de financement. On a aussi rencontré leur demande!

Quel est votre parcours?

Laura Petrone

Je suis née du côté de La Louvière, et dès l’adolescence, je voulais tourner ma vie professionnelle vers le monde de l’art. J’ai commencé le Conservatoire et le piano à l’âge de 7 ans, et après mes secondaires j’ai décidé de m’y consacrer. J’ai fait le Conservatoire royal de Mons, où j’ai rencontré Guillaume. J’y ai fait mon master en piano pendant 5 ans, puis j’ai donné cours à l’Académie pendant 2 ans, mais je me suis vite aperçu que ce n’était pas vraiment ce qui me passionnait. J’avais vraiment envie de m’exprimer, et j’étais passionnée par le cinéma et le théâtre. Quand ma mère est décédée, j’ai eu un déclic, et je me suis dit qu’il fallait que je fasse ce que j’aimais là maintenant, sans plus attendre.

J’ai commencé à me former via une succession de stages, puis avec le Brussels Cine Studio. Je joue aussi au théâtre, notamment dans des pièces jeune public. Et je joue dans deux séries, Opéra et Baraki!

Guillaume Kerbusch

Moi je suis né dans la région de Charleroi, et enfant, j’ai aussi fait l’Académie, mais en théâtre. Et puis j’ai fait les humanités artistiques, et à 18 ans, je suis entré au Conservatoire de Mons. J’ai commencé à faire du cinéma pendant que j’étais au Conservatoire, avec Patrick Hella qui m’a donné des petits rôles. Puis j’ai plutôt fait du théâtre à la sortie du Conservatoire, notamment avec Jasmina Douieb, grâce à qui j’ai rencontré Matthieu Donck, qui m’a choisi pour joué dans La Trêve, ce qui a été un vrai révélateur pour moi. La chance d’avoir eu ce rôle a vraiment lancé ma carrière. Et puis on a créé les stages avec Laura, pour approfondir notre expérience, et rencontrer des gens.

Parallèlement à ça, je fais du théâtre pour adolescents, depuis 2014, et on a déjà sorti 4 spectacles. Les deux carrières sont très complémentaires.

Vous vous souvenez du moment où vous avez eu le déclic?

Guillaume Kerbusch

Pour moi, c’était Les Visiteurs, et surtout, Gérard Depardieu dans Les Anges Gardiens (rires)! Oui, je sais! C’est fou comme parfois, des films pourtant pas extraordinaires peuvent vous marquer. J’ai plein d’amis comédiens de ma génération qui connaissent les répliques par coeur!

Laura Petrone

Moi je suis une grande fan de Robert De Niro, c’est mon idole. Le Parrain, Taxi Driver. Il y a aussi une certaine forme de nostalgie là-dedans qui me touche.

Quelques mots sur vos personnages.

Laura Petrone

Je joue Laura, une jeune trentenaire pianiste qui met sa carrière entre parenthèses pour prendre soin de sa mère en phase terminale. C’est un peu un animal blessé, qui n’arrive pas à faire confiance aux autres, qui refuse leur aide. Elle n’a pas encore accepté ce qui va se passer. Elle est dans le déni.

Guillaume Kerbusch

Je joue le rôle de Greg, l’infirmier qui doit lui faire comprendre qu’elle doit confier sa mère à une équipe de soins palliatifs, mais qui essaie de le faire avec douceur et sympathie, sans la brusquer. On a essayé de faire en sorte que ce personnage amène un peu de légèreté, pour alléger l’histoire très dure, même avec une certaine maladresse.

Rien-lacher

Quel était le plus grand défi pour vous?

Guillaume Kerbusch

Pour moi, c’était d’arriver à être aussi détendu que le personnage, tout en réalisant en même temps. C’est quand même une pression de dingue, de réaliser, produire, porter cette collection. D’autant que je n’avais souvent personne à qui donner la réplique, car Laura était derrière le combo.

Laura Petrone

C’est évidemment un sujet qui m’est très personnel, donc j’avais vraiment ce stress de savoir si j’allais pouvoir revivre certaines choses. Notamment une scène très dure, de nuit, que je n’ai pas voulu répéter avec Amandine, car j’avais peur de l’épuiser. On ne s’est pas parlé pendant la mise en place. Mais la connexion était déjà là entre Amandine et moi. On a dû faire 15 ou 20 prises, et je devais chaque fois revenir dedans. On a fini la nuit épuisées, mais finalement, on a toujours réussi à retrouver le chemin. C’était dur, mais beau.

Est-ce que cette expérience a changé pour vous dans votre façon de voir le jeu?

Laura Petrone

Moi en tant que comédienne et réalisatrice, j’ai aussi découvert l’envers du décor sur les castings. On a vu plein de belles comédiennes, mais ce n’était pas ce qu’on cherchait, et ça m’a surement aidée à dédramatiser les refus, à comprendre pourquoi on n’est pas toujours pris en casting.

Guillaume Kerbusch

Pour moi, le plus dur, c’était de parvenir à entrer dans le rôle, et oublier ma casquette de réalisateur, et vice-versa. Il fallait tenir l’énergie du plateau, d’autant que Laura était très accaparée par la dureté de son rôle, puis réussir à retrouver Greg. Je n’ai pas beaucoup de scènes, mais en tant qu’acteur, c’était l’un de mes tournages les plus compliqués!

Pouvez-vous me parler du rôle d’Amandine?

Guillaume Kerbusch

Amandine joue Angela, ce qui est un défi, car elle est ultra passive. C’est ce qui reste d’une femme qui était hyper dynamique, avait une relation fusionnelle avec sa fille. Elle comprend qu’elle va partir, et se sent comme un poids. Elle a envie que ses derniers moments avec sa fille soient beaux.

Comment avez-vous choisi Amandine?

Laura Petrone

Amandine travaillait avec notre directeur de casting, Sebastian Moradiellos. Il nous a proposé plusieurs personnes, et Amandine, comme assistante, faisait la réplique. Et là, on a eu un coup de foudre en la voyant faire la réplique pour le rôle d’Angela. On ne savait pas qu’elle était comédienne. Guillaume et moi on s’est regardés, et on s’est dit que c’était elle. On lui a donc fait passer le casting, mais on savait qu’on allait la prendre.

Guillaume Kerbusch

On n’a appris que plus tard qu’elle avait été enfant star, et qu’elle avait cette expérience du cinéma qu’on a ensuite sentie à mort, comme si elle avait déjà tout appris quand elle était enfant. Le jeu, c’est dans son ADN!

Laura Petrone

Dès le casting, on avait l’impression qu’elle avait déjà compris le rôle, elle était déjà là où j’aurais voulu l’amener avec des heures de travail.

Guillaume Kerbusch

Et elle s’est avérée juste dans toutes les scènes! Au montage, c’était dingue! Elle nous a fait du vrai Actor’s Studio, s’est impliquée à fond. Elle a un magnétisme incroyable.

Laura Petrone

On a eu beaucoup de chance de tomber sur elle, par hasard en plus!

 

 

 

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