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Arnaud Demuynck s’anime sur les planches

Arnaud Demuynck, est un incroyable auteur-réalisateur, scénariste et producteur, qui en quelques années et projets a apporté de belles lettres de noblesse au court métrage d’animation. Il est aujourd’hui une référence dans ce secteur auquel il se consacre depuis les années 2000. Les techniques d’animation, utilisées dans ses films sont variées (volume, aquarelle, dessins animés, image de synthèse 2D/3D etc…) et beaucoup de ses œuvres sont sélectionnées et primées dans divers festivals internationaux.

 

par Maryline Laurin

 

À côté de son travail personnel, Arnaud Demuynck a découvert des réalisateurs de talent que vous retrouvez fréquemment dans les pages de Cinevox à la rubrique palmarès et dans Tout Court l’émission-culte de la Trois (chaque mercredi en fin de soirée) : Cécilia Marreiros Maru, Nicolas Liguori (L’histoire du petit Paolo), Hugo Frassetto (Braise), Vincent Bierrewaerts (Le portefeuille), Rémi Durin (De si prés), Rémi Vandenitte (Betty’s Blues).

 

Bien avant les Ch’tis , il y a presque vingt ans Arnaud Demuynck a mis le Nord dans la lumière et dans sa boîte de production: les Films du Nord. Personnage charismatique, il sait défendre ses passions et charmer son auditoire. Il a aussi le don de rassembler les énergies. En premier lieu sur ses régions transfrontalières : Les Films du Nord à Roubaix, La Boîte,… Productions à Bruxelles, Digit Anima à Tournai et le Studio Eyeland à Gand. Il a d’ailleurs regroupé toutes ces structures sous l’appellation euroanima.net afin d’assurer la création et la promotion (via l’association Suivez Mon regard à Mouscron) de ses films de divertissement ou de recherche dans le monde entier.

 

Structurant son activité grâce à cette dynamique transfrontalière il est aussi connu en France qu’en Belgique, avec des coproductions réunissant des fonds des deux pays. Un de ses points forts est sûrement cette fameuse coproduction pour le court métrage qui se pratique habituellement plutôt dans le long. Il travaille régulièrement avec des sociétés comme Folimage à Valence, Vivement lundi à Rennes, l’Enclume à Bruxelles, Digital Graphics à Alleur, Lunanime à Gand, Les Trois Ours à Angoulême…

 

Figure emblématique du genre, Arnaud Demuynck a hérité de plusieurs cartes blanches dans divers festivals prisés comme Anima en 2007, ou Itinérances à Alès … Il vient d’être nominé pour le Lutin du meilleur film en tant que producteur, pour Betty’s Blues de Rémi Vandenitte et pour Braise de Hugo Frassetto!

 

 

En qualité de réalisateur, personne n’a oublié son sublime Signes de vie (photo ci-dessus) sur le thème du suicide, aux lignes épurées et au message subtilement positif. Présenté à la Semaine de la critique à Cannes en 2004 il a été primé dans plusieurs manifestations cinématographiques dont celle de Namur. D’autres, eux aussi centrés sur des sujets d’actualité ont suivi : A l’ombre du voile, Mémoire fossile (ci-dessous).

 

 

Le parfum de la carotte, le petit dernier, qui est sorti en salles en mars 2014 a remporté le prix du jury, pour un spécial TV, au festival d’Annecy en juin !  Nous aurions pu penser qu’avec une telle carte de visite et un tel palmarès ce réalisateur et producteur hyper prolifique pouvait être un homme comblé depuis longtemps, mais ça c’était avant que nous le rencontrions et qu’il nous dévoile au détour d’une phrase son rêve d’adolescent, qu’il a réalisé en partie cet été : retourner au spectacle vivant !

 

Arnaud avec le directeur du cinéma Utopia d’Avignon 

 

Le 21 juillet, Arnaud Demuynck était donc à Avignon pour une projection exceptionnelle, de son dernier court Le parfum de la carotte. Exceptionnelle, car elle se faisait dans le cadre de la programmation du gargantuesque festival d’Avignon.  Au cœur du « In » !

 

« Olivier Py veut mettre plus de jeune public dans le In et créer entre autres des partenariats avec le cinéma », explique Arnaud, heureux comme un pape (à Avignon, ça fait sens). « Le cinéma Utopia a sélectionné des programmes enfants avec certains courts comme Les contes de la mère poule …et Le parfum de la carotte en rapport avec ce désir d’Olivier Py. Ce qui est une bonne chose, car le jeune public est aussi le parent pauvre du court métrage (déjà pas riche, comme on sait). Heureusement que c’est en train de changer. ».

Nous savions que le célèbre cinéma Art et essai Utopia avait l’habitude de proposer durant le festival une programmation qui collait à l’actualité de certains artistes dans le In ou le Of , assortie d’une série d’avant-premières. Ce fut le cas, l’année dernière, pour Henri de Yolande Moreau présenté par Pipo Delbonno et Gwen Berrou.

 

Mais cette année il s’agissait surtout d’initier ce fameux programme, Les territoires cinématographiques du In qui avait pour but « de mettre en lien avec la programmation du Festival d’Avignon, des films et des concerts proposés pour le jeune public, de la petite enfance à l’adolescence. Si le Festival d’Avignon célèbre d’abord le texte, la parole et le corps en scène, l’art vient aussi – et peut-être d’abord – aux enfants par le chemin des images et des sons. » Ernest et Célestine a également été présenté dans ce cadre-là.

 

 

Arnaud Demuynck est ravi de sa participation à ce projet et du drôle de clin d’œil que lui a adressé la vie. Mais on n’écrit pas un film comme Signes de vie si on ne croit pas aux signes du destin !

 

 » Le 21 juillet, je suis allé présenter le film à Avignon avec Laurence Deydier et nous avons fait une petite ambiance musicale, avec la guitare. Alexandre Brouillard, le compositeur était là, aussi. Nous avons chanté, nous avons fait chanter les enfants Tout le monde était ravi, les enfants, les parents, le cinéma Utopia …  »

 

Et le plus étrange est que l’idée de faire une comédie musicale avec son projet Le Parfum de la carotte a été inspirée par Avignon.

« J’avais écrit cette histoire pour ma fille. C’était un conte oral que je lui racontais le soir dans son lit. Puis, il y a trois ans, je suis allé à Avignon avec elle. Elle avait 4 ans et je n’ai vu que des spectacles pour enfants, dont des spectacles musicaux ! Quand je suis parti du Festival d’Avignon j’ai tout d’un coup repensé à mon histoire et une chanson a commencé à naître dans mon esprit. Ensuite, j’ai écrit cinq chansons et Laurence (Deydier), mon épouse, en a créé deux autres. De fil en aiguille, c’est devenu une comédie musicale parce que durant tout ce festival d’Avignon, j’avais été pétri d’ambiance théâtrale à la mode comédie musicale.

Une fois que le scénario a été écrit et les chansons aussi, j’ai demandé à un copain compositeur Alexandre Brouillard, un mec du Nord, de composer la musique. Il est super bon en jazz, or mon  travail était une référence aux Aristochats, Le livre de la jungle, ces musiques-là … J’avais vraiment écrit les chansons dans ce tempo-là, un tempo jazzy dans ma tête. Fallait que ça swingue, fallait qu’il y ait du gospel.

 

Je suis revenu à Bruxelles, j’ai essayé de développer le projet, je suis allé voir le studio d’animation de L’Enclume, Rémi Durin, Paul Jadoul, avec qui je bosse régulièrement aussi. J’ai demandé à Remi d’être mon premier assistant, pour le story-board. Comme il s’implique tellement, qu’il est tellement meilleur que moi en mise en scène (sourire) je lui ai dit que ça serait chouette qu’il réalise ce film avec moi. D’autant plus que, cette fois-ci, j’avais plutôt envie de m’occuper de la musique, des voix, du casting.

Cela s’est super bien passé, nous nous sommes réparti le travail. Rémi a fait une super mise en scène avec Paul Jadoul au graphisme et moi je me suis occupé de tout ce qui était création sonore, voix, chant, direction des comédiens. »

 

 

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu Le parfum de la carotte est un programme, de quatre courts métrages La confiture de la carotte d’Anne Viel (6mn), La carotte géante de Pascale Hecquet (6mn), Le petit hérisson partageur de Marjorie Caup (5 mn) et Le parfum de la carotte d’Arnaud Demuynck et Rémi Durin. »

 

Dans ce dernier, les réalisateurs s’attaquent à l’épineuse question de l’alimentation chez les enfants et les plus grands par le biais d’une histoire de lapin et d’écureuil, voisins et amis, gourmands et bons vivants. Leurs différences en matière de goût culinaire les mèneront à la dispute. L’écureuil, fâché́, déménage de nuit et se fait attraper par un renard. Qui va manger qui et quoi ?

C’est ludique et amusant au lieu d’être pédagogique et moralisateur pour un identique résultat, la prise de conscience et l’appel à la tolérance.

 

« Assez de ce tapage olfactif !» Ici pas de langage simpliste : le vocabulaire s’apprend comme une chanson et l’on fait la part belle à la langue, à l’image de la renarde qui s’exprime en alexandrins et à laquelle Agnès Jaoui prête sa voix (elle a déjà plusieurs collaborations avec Arnaud). On finit par se demander, que l’on soit enfant ou pas, végétarien ou pas, pourquoi le cake d’amabilité n’est pas le petit déjeuner imposé du monde entier !

 

 

Dans La confiture de carotte, c’est la voix off qui est tout en rime. Il est indéniable que film d’animation, poésie et carotte se marient à merveille.

 

« Finalement, l’origine de ce film est ancrée dans le spectacle vivant », explique Arnaud. « Il est assez littéraire, il y a parfois des moments où les personnages, comme le lapin, parlent au public…un peu comme cela se fait au théâtre pour enfants.

En fait, je viens du théâtre. J’ai fait du théâtre lorsque j’étais gamin, pendant plusieurs années et je voulais faire du théâtre, ma vie. Puis les évènements en ont décidé autrement et je me suis retrouvé sur une autre voie : j’ai commencé à écrire et à faire du cinéma. Si on regarde bien, tous mes films sont d’ailleurs assez littéraires.

 

 

Dans L’écluse, mon premier film de fiction, il y avait déjà de la danse et des références avec le théâtre très fortes. Signes de vie c’est aussi la danse (ainsi que toute la Trilogie chorégraphique, avec À l’Ombre du voile – photo ci dessus – et L’Évasion). La Vita Nuova, c’est la littérature au cinéma et toute la Trilogie Romantique avec Le Concile lunatique et Le Spectacle interrompu, est directement inspirée de la sphère poétique du 19e siècle.

Mon univers personnel, c’est la littérature, le théâtre, le spectacle vivant après j’ai fait du cinéma et c’est devenu mon métier.

Lorsque j’ai été sélectionné à Avignon pour le parfum de la carotte, je me suis dit « Ha! Chouette la boucle se boucle ! ».

 

« J’ai plein de projets de films d‘animation, mais il devient de plus en plus difficile de monter le financement des films, surtout pour du court métrage jeune public, malgré les qualités et le succès indéniable du secteur. Devant la lourdeur parfois mortifère de la partie administrative de la production, j’imagine une évolution revitalisante : je commence aussi à écrire pour le spectacle vivant. Une pièce de théâtre, des contes, des chansons, avec l’intention de monter sur les planches !

 

Le premier sujet c’est une journée avec Jules Laforgue. Une journée à écouter les nouvelles et à être dans la mélancolie …oui une pièce sur la mélancolie universelle et intemporelle confrontée à temporalité du quotidien. Comme quoi cette mélancolie du 19e me touche beaucoup. Elle correspond tout à fait à ma nature… Ça sera une pièce pour un comédien. Je l’écris pour moi : je veux la jouer !

 

Je suis venu au cinéma parce que j’étais frustré de ne pas jouer au théâtre, c’est comme cela que j’ai commencé à écrire. En écrivant, je suis devenu scénariste et en devenant scénariste je suis devenu cinéaste et producteur. Mais à l’origine, mon objectif c’était d’être sur les planches. J’adorerais retourner aux planches, retourner d’où je viens au niveau du cœur.

 

Mon prof de théâtre, qui était mon prof de français, a pris sa retraite à Avignon Daniel Dessy. Et c’est lui, il y a trois ans, qui m’a invité là-bas chez lui. Je suis donc venu au Festival et voilà comment le début de la boucle s’est amorcé.

Il m’a dit que si je voulais, il me ferait bosser les textes, donc pourquoi pas! C’est un très grand lecteur de textes de théâtre. J’ajouterai alors à l’écriture et à la production cinéma que je diminuerai un peu, l’écriture pour le spectacle vivant. L’un enrichira l’autre et cela me fera du bien. »

 

 

 

 

 

 

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