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« Au temps où les Arabes dansaient »: l’amour de l’art contre le fanatisme

Avec Au temps où les Arabes dansaient, Jawad Rhalib revient sur l’amour des arts, et de la danse et de la musique en particulier des cultures arabes, un amour obscurci aujourd’hui par la prise de pouvoir des fanatiques et des fondamentalistes. Il rencontre autant de témoins, artistes et amoureux des arts, en quête de liberté. 

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir », rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Ce vers de Tartuffe, écrit en 1664 par Molière, représente l’emblème d’une pudibonderie hypocrite portée par un imposteur qui brandit la modestie et la pudeur comme preuves de religiosité afin d’arriver à ses fins – elles-mêmes bien éloignées de sa dévotion affichée.

La danse, l’art de montrer les corps en mouvement, représente le point de départ d’une réflexion sur les mutations qui se sont abattues sur une partie du monde arabe depuis la fin du XXème siècle, un retour (mais est-ce bien un retour?) à une ostracisation des corps que l’on ne saurait plus voir. Les voiles évanescents des danseuses orientales ont laissé place aux hijabs, les jupes des iraniennes sont remisées au placard.

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir »… Le film débute par une succession de prêches : « Ils vous encouragent à bouger votre corps, à pervertir votre pensée. » « Celui qui aime la musique, il peut être englouti par la terre. » « La danse est contraire aux lois de la charia ».

Derrière cette privation de liberté, celle du corps, c’est la liberté d’être et de penser qui est en jeu. Les parents du réalisateur se souviennent d’une époque où l’émancipation était la voie: « On s’est battus pour une liberté qu’aujourd’hui les fondamentalistes veulent nous voler. Ils veulent t’interdire d’être qui tu es ».

En remontant dans ses souvenirs d’enfance, liés à la danse, au chant, au cinéma égyptien si musical et sensuel, Jawad Rhalib rappelle que la culture arabe est aussi une culture des arts du corps. L’enquête s’élargit au fil des témoignages, au théâtre, à la littérature, l’art plastique… Le film laisse la part belle à l’art, tout en mouvement, aux danseurs, aux artistes, d’hier et d’aujourd’hui, égrenant les images d’archives comme les captations contemporaines, les répétitions comme les représentations. Les visages défilent, connus ou moins connus, une troupe de danseurs égyptiens côtoie la comédienne internationalement reconnue Hiam Abbass, on suit le comédien Mourade Zeguendi qui s’interroge sur l’adaptation au théâtre de Soumission de Michel Houellebecq. Et si la polémique allait trop loin? « Je n’ai pas envie d’être le prochain Charlie Hebdo! ».

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« Couvrez ce sein que je ne saurais voir ». C’est bien la liberté d’expression, et même encore, la liberté d’être qui réside au coeur des interrogations des témoins rencontrés par le cinéaste. L’interdiction tacite d’user de la force de l’art pour trouver sa propre identité. Derrière la chasse aux corps dénudés, c’est la liberté spirituelle des artistes – et des peuples – qui est en jeu.

Présenté au printemps dernier au Festival de Visions du Réel de Nyon, le film y a remporté le Prix du Public. Il était présenté ce jeudi 6 septembre au prestigieux Festival de Toronto, et sortira le 26 septembre prochain dans les salles belges.

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