« Austral », voyage au bout de soi et du monde

Avec Austral, Benjamin Colaux livre un documentaire hypnotisant sur la passion aussi sublime qu’insensée d’une poignée d’hommes pour la mer, lieu de vie et de mort.

Au bout du monde, trois hommes affrontent la mer australe et ses dangers. Ils quittent leur famille, bravent le froid et les tempêtes pour aller à la rencontre de pêcheurs isolés dans les îles tristement célèbres de l’extrême sud du Chili. Tous s’accordent sur l’importance de perpétuer ce métier de tradition et de partage fraternel menacé d’extinction.

Mais alors que Milton se fait un nom dans le milieu malgré l’attachement qu’il voue à ses deux jeunes enfants, Andres, orphelin, tente de quitter ce métier incertain et sa famille maritime pour se consacrer entièrement à la femme qu’il vient de rencontrer. Ces deux histoires gravitent autour de celle de Guillermo tiraillé entre ses blessures familiales et une mer sauvage qui le rappelle inexorablement.

Austral-Benjamin-Cloaux

Le film débute à quai, et en musique. A quelques minutes du grand départ, au loin, une conversation nous happe. Des au revoir, une intimité. Dans un noir et blanc magnifique, hyper contrasté, l’histoire commence, empruntant un dispositif fictionnel pour nous mener à la rencontre de ses personnages. Le film repose sur des dualités, qui parfois se font duos. La terre et la mer. Les hommes et les éléments.

Les marins passent de longues périodes de leur vie en mer. En mer, la houle, les vagues, le flux et le reflux bercent leur vague-à-l’âme, comme si soudain la vie faisait sens. Le danger, toujours présent, est définitivement acquis à ce quotidien. Ce n’est plus tant la mort qui effraie, que le fait d’y échapper, ou pire pour certains, que celle-ci sonne à terre.

Austral-Benjamin-Cloaux

De retour sur la terre ferme, leurs certitudes s’envolent. Leur place dans le monde, dans leur famille, la légitimité, le besoin d’être reconnu et la culpabilité, une valse de sentiments contradictoires les étreint. Et puis il y a les autres leurs proches, et ceux de leurs amis disparus en mer, et qui leur rappellent, sans cesse, que la mer est aussi un cimetière.

Austral est dévoilé en avant dans le cadre de la Compétition Nationale du Brussels International Film Festival.

Regardez aussi

« Megalomaniac », film viscéral

Karim Ouelhaj a triomphé ce week-end au Fantasia Film Festival de Montreal avec son dernier …