« Baraki » de cœur

Baraki, premier format court produit dans le cadre du fonds série de la RTBF, donne un coup de fouet à la fiction belge.

Oubliez les forêts, les commissaires, les invisibles, les drames familiaux et les crimes sanglants. Oubliez la tension, les frissons et les enquêtes. Avec Baraki, la série belge entre avec gourmandise dans le domaine de la comédie sociale.

Baraki, c’est l’histoire de la famille Berthet, et même, de sa famille élargie. A Marsoux, petite bourgade moyennent riante de Wallonie, tout le monde connaît les Berthet. Ils sont l’un des piliers d’une petite communauté: celle des barakis. Mais un·e baraki, c’est quoi, en fait? C’est un joyeux mélange en fait, les héritier·es de populations immigrées et discriminées, envoyées au charbon, avant que les mines ne soient fermées. « Et baraki est devenue une insulte », nous confie une voix off, bientôt incarnée par un cow-boy local.

Une communauté définie par des marqueurs sociaux déclinés avec amusement dans le générique (oui, le tuning, oui, les barbecues, oui, les BMX, oui, le culturisme), une communauté à la flamboyante hauteur des clichés qui la déterminent (oui, les bières sont toujours à portée de main, oui, la décoloration blond platine est de mise, oui, le chômage est endémique et la débrouille érigée en art de vivre), une communauté observée avec tendresse par les créateurs de la série, qui à l’image de son héros, Didier Berthet, revendique leur appartenance: barakis, et fiers de l’être.

Une envie partagée de rire non pas de, mais avec ces barakis haut en couleur. Leur ouvrir les portes de la fiction, pour s’amuser des clichés, et au passage gentiment les dynamiter. Parce que finalement, on est tous toujours un peu le baraki d’un autre.

Sur le tournage, Julien Vargas, l’un des auteurs de la série, qui incarne Yvan, nous expliquait: « Nos barakis, ce sont des personnages libres, hyper expressifs, et hyper touchants, qui osent adopter des solutions farfelues face aux problèmes qu’ils rencontrent ». L’idée? Porter un regard différent sur des populations souvent circonscrites de façon caricaturale à deux ou trois stéréotypes – et aux reportages à sensation, tendance misérabiliste. « Pour nous baraki, c’est un mot plein de tendresse, confirmait le producteur de la série, David Mathy, c’est comme ça qu’on appelle notre meilleur ami quand il fait une connerie. »

De la tendresse, il y en a, et c’est vrai que les héros de Baraki sont tendres. S’ils magouillent et mythonnent avec un naturel désarmant, Didier (Pierre Nisse) et Yvan (Julien Vargas), les paumés inséparables, sont contre toutes attentes avant tout… amoureux. C’est l’amour qui leur donne des ailes, les poussent à se dépasser (certes avec maladresse, voire avec lourdeur), à sortir de leur léthargie, ou régler leurs conflits.

L’amour de Didier, c’est Cynthia, surprenante Laura Sépul, à la féminité résolument exacerbée, qui derrière les faux cils, la choucroute et la French manucure dissimule des trésors de patience, d’empathie et de lucidité.

L’amour d’Yvan, c’est Nathalie (Gemi Diallo), la fille de bonne famille qui succombe à ce loser magnifique, sorte de version carolo de Serge le mytho, qui va toujours un peu plus loin pour cacher sa vérité (et son identité), seule façon selon lui de mériter l’amour de Nathalie.

Et puis il y a les femmes de la famille Berthet. Larissa d’abord (Sofia Leboutte), mater familias qui observe sa fougueuse progéniture s’embourber dans un quotidien éprouvant, mais qui toujours lutte pour s’en sortir. Et puis Jess (Sophie Breyer), la petite soeur impétueuse et amoureuse, boxeuse dans la vie et sur le ring.

C’est qu’on s’attache vite, à cette famille Berthet, qui dès les deux premiers épisodes, a dévoilé ses failles mais aussi ses forces et sa tendresse. On rigole, et on se surprend à s’émouvoir au détour d’une scène.

Autant dire qu’après avoir découvert les premiers épisodes, diffusés ce jeudi 1er avril sur Be TV, on a hâte de découvrir la suite, sur la chaîne cryptée bien sûr, ou bien sur Tipik, à la rentrée.

Regardez aussi

Les-Nouvelles-Guerilleres

« Les Nouvelles Guérillères », féminisme à la bruxelloise

Et si le 8 mars, c’était aussi le 10 mars, et le 20 avril, et …