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Bouli Lanners, vivant (alive and kicking) !

De temps en temps une interview transcende le genre, efface toutes les autres par son intensité, sa portée.

Parce que l’interviewé se met à nu, parce qu’il est porté par quelque chose qui dépasse ce qui nous habite habituellement.

Parce que la personne qui se confie, nous livre son humanité et que cette franchise, cette sagesse (ça va le faire rire, mais il faut bien appeler les choses par leur nom) ne peuvent que nous émouvoir.

Et nous questionner.

 

Il en est ainsi de cette interview de Bouli Lanners qu’on a pu lire ce lundi 5 janvier dans le journal le Soir. La rencontre est animée par Nicolas Crousse qui a conclu avec l’acteur/réalisateur belge une interview sans tabou. Elle le sera, mais elle sera aussi bien plus que cela.

 

Petite mise en situation: Bouli aurait dû tourner cet hiver son quatrième long métrage, les Premiers et les derniers. Il nous a déjà parlé de ce film à deux reprises lors de nos rencontres sur les plateaux qui a récemment fréquentés en tant qu’acteur (ici et ici).

Nous avons également eu le bonheur de lire le scénario et sans en révéler les secrets, nous pouvons dire qu’il s’agit d’une espèce de western post-apocalyptique surréaliste qui porte en lui la vision du monde qui transparaît dans cet interview: oui, Bouli pense que nous filons droit dans le mur. Dans un contexte assez étonnant, il nous entraîne sur les traces de personnages frappadingues pour une aventure aussi passionnante… qu’improbable. Touchante.

 

[Bouli sur le tournage des Géants – photo de production]

 

Mais voilà: avant de débuter le tournage, Bouli tombe gravement malade, il doit être opéré et surtout il doit se reposer.

Cette convalescence correspond à la mise en place d’un nouveau gouvernement en Belgique et des mouvements sociaux qui agitent le pays. Bouli observe, Bouli s’énerve. Et Bouli n’est pas loin de se désespérer. Bouli gamberge surtout. Beaucoup.
Pas juste à ce qui se passe là maintenant, mais au sens de la vie, à l’absurdité de nos priorités actuelles.

 

L’interview est le résultat de cette longue et profonde réflexion.

Hier, sur notre page Facebook, nous avons isolé quelques extraits d’une partie de l’interview qui évoque sans triche une page de sa vie que nous ne connaissions pas et qui le conduit à s’insurger aujourd’hui contre l’exclusion de nombreux chômeurs de longue durée, une décision qui vient d’être mise en application ce premier janvier (lire ici).
À travers son expérience personnelle, Bouli démontre l’absurdité de cette mesure prise sous l’ancienne législature. C’est à la fois irréfutable puisque vécu de l’intérieur et terriblement interpellant.

Tout à coup, Bouli cesse de philosopher. Il se met en colère. Et se pose en combattant.

 

 

Mais à côté de ce passage, Bouli tendre, lucide, plein d’énergie, d’espoir et de pessimisme aussi, explore le manque de sens de notre existence actuelle et sa volonté de vivre une vie qu’il choisit, pas celle qu’on lui impose.

Maniant l’humour et la colère dans des tonalités qu’ils n’appartiennent qu’à lui, il s’emporte  » Charles Michel dit récemment « nous ne voulons pas d’une société qui ronronne ». Et pourquoi pas ! Pourquoi une société n’aurait pas le droit de ronronner ? Pourquoi je n’aurais pas le droit de ronronner ? Quand je vois le chat qui ronronne, il a l’air vachement bien. Le plaisir, la vie, ce sont des choses essentielles »

Avant de pointer le manque de vision globale :  » C’est un coup de bol hallucinant, dans tout le cosmos, que sur cette petite planète, la vie ait émergé et des êtres humains soient arrivés. C’est quelque chose d’exceptionnel, une expérience unique, qui ne se renouvellera peut-être jamais. Le fait de vivre n’est pas du tout le quotidien du cosmos. Alors bon, on ne peut pas résumer l’existence à travailler à l’équilibre budgétaire ! »

 

Sur le tournage de Tous les chats sont gris que nous vous proposons en première belge le 7 février (lire ici)

 

Et d’enchaîner avec sa vision du travail qui étonnera ceux qui ne connaissent que l’infatigable artiste, toujours sur la brèche et découvriront un homme qui voit au-delà de lui : « Le travail, c’est bien, dans la mesure où on peut s’y épanouir. Mais quand le travail devient une nécessité qui permet juste une survie, c’est normal qu’on n’ait pas envie de travailler. On est aujourd’hui dans une société qui doit toujours aller de l’avant, qui doit toujours être performante, et forcément, quand on est sept milliards sur Terre, la performance, ça ne marche plus. »

 

Amical, ouvert, vrai, passionnant, Bouli Lanners nous a toujours séduits. Il fut le premier invité de nos capsules ciné pour présenter ses Géants (ici) et depuis nous l’avons croisé à quelques reprises.

À chaque fois, nous avons été frappés par sa gentillesse, sa timidité (mais oui), sa légèreté et son intensité (paradoxe? Non).

 

 Sur le tournage de Je suis mort, mais j’ai des amis des frères Malandrin

 

Acteur exceptionnel qui habite chacun de ses rôles d’une extrême intensité, Bouli est devenu un second rôle très prisé dans le cinéma français, car chacun sait qu’il est capable d’habiter un personnage en un minimum de temps. Mais il est aussi bien plus que cela: un comédien d’exception qui peut jouer les types retords ou désarmants, simplets ou machiavéliques. Et bien sûr un réalisateur qui est en train de marquer l’histoire du cinéma belge.  Un artiste majeur et décisif.

 

Comme on vous incite souvent à aller voir des films, on vous conseille vraiment de lire en entier cette interview pour l’instant non disponible sur le site du Soir, mais qui peut être lue en PDF en se procurant le quotidien (ICI). Le site du Soir propose en effet contre un euro de dévorer ce que vous voulez sur le site pendant 24h, ce qui est une excellente démarche. Vous pourrez même en profiter pour découvrir aussi l’interview de Benoit Poelvoorde parue dans l’édition de samedi. Coup double donc.

 

Cet entretien avec Bouli est une lecture saine et passionnante et devrait vous marquer durablement, car comme l’explique Nicolas Crousse en introduction :  » Si vous faites partie de ceux ou celles, nombreux, qui portent une profonde affection à Bouli Lanners sans trop savoir pourquoi, il y a de bonnes chances que vous le sachiez à la fin de cet entretien. »

Immanquable !

 

 

 

 

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