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« By the name of Tania », film hybride au parti-pris narratif audacieux

By the name of Tania, nouveau film de Marie Jimenez et Bénédicte Liénard, est une oeuvre visuellement superbe oscillant aux frontières du documentaire et de la fiction, redonnant une voix aux victimes inaudibles de la région des mines d’or au Pérou.

« Ce n’est plus mon corps. Ce n’est plus moi. »

Ce sont sur ces mots, égrenés en voix off, que débute By the name of Tania. Ces mots sont ceux de Tania, jeune femme péruvienne en quête d’un avenir meilleur, qui en voulant échapper au destin étroit et tout tracé que lui promettait son petit village, se retrouve contrainte à se prostituer dans les région des mines d’or du Pérou, avant d’être séquestrée et violentée.

La voix de Tania, personnage lui-même hybride, créature de cinéma composite et symbolique, représentant les multiples facettes de ces destins tragiques, est la force motrice du récit, incarnant ceux dont on a oublié le nom et le visage. Tania, ce sont ces milliers de jeunes filles abusées, violentées, séquestrées, contraintes à la prostitution quand leur seul objectif était de sortir de leur misère. La voix de Tania, c’est aussi en filigrane, à travers le personnage de Ruben, celle de ces hommes vivant en apnée dans des eaux boueuses dans l’espoir de trouver une pépite d’or. Les corps martyrisés font écho à la nature exploitée elle aussi, énième dérive d’un système capitaliste en bout de course. 

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« Pour survivre, je me suis effacée. »

Tania s’engage dans un périple sur les chemins de sa mémoire, de la jungle à la région minière, de sa maison où sa grand-mère est décédée aux bars où elle se prostituait, jusqu’au commissariat où elle raconte son histoire. Un récit à la première personne, mais qui relate le destin commun de tant d’autres Tania, sacrifiées sur l’autel de la barbarie et de l’appât du gain. Si les réalisatrices assignent au récit la mission de relater les violences subies par Tania (et ses camarades donc), les images elles dépeignent la torpeur, l’ennui, la lassitude, l’entre-monde dans lequel vivent ces jeunes gens. 

« J’ai tout perdu. Même la honte. Même mon nom. »

By the name of Tania est basé sur des témoignages nombreux et réels recueillis par les réalisatrices alors qu’elles tournaient au Pérou l’un de leur précédents films, Sobre Las Brasas. Les cinéastes ont récoltés ces témoignages pour réécrire le destin exemplaire de Tania. Cette histoire est au coeur de la voix off qui accompagne le spectateur tout au long du film. Les scènes du quotidien de Tania sont quant à elle ré-actées par des acteurs et actrices amateurs. Alors que Tania parle, la caméra nous emmène au fil des paysages de l’Amazonie, les bidonvilles flottants et la jungle contrastent avec le caractère sombre de l’histoire, la pauvreté et le témoignage poignant de la jeune fille. Au fil de plusieurs scènes collectives, le destin de la jeune femme s’inscrit dans celui de toute une communauté sacrifiée mais solidaire. En donnant un nom, une histoire et une voix à Tania, Mary Jimenez et Bénédicte Liénard rendent leur dignité aux enfants fauchés dans leur vulnérabilité. 

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Le cinéma de Mary Jimenez et Bénédicte Liénard est un cinéma des survivants, de ceux qui ont bravé le pire portés par un incroyable souffle de vie, et de ceux qui résistent à l’adversité même la plus terrible. Sobre la brasas, déjà sis au Pérou, suivait le quotidien de trois générations d’une même famille, et de leur rapport conflictuel à la mine de charbon qui leur permettait de vivre, ou plutôt de survivre. Avec Le Chant des hommes, elles usaient de la fiction pour ré-humaniser la figure du migrant, leur rendre leurs histoires, leurs destins et leur individualité.

By the Name of Tania est produit par Hanne Phlypo pour Clin d’Oeil Films à qui l’on doit récemment un autre documentaire à la forme intrigante, Manu d’Emmanuelle Bonmariage. 

 

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