« China Dream »: le prix de la renaissance

Avec leur documentaire China Dream, Hugo Brilmaker et Thomas Licata suivent le quotidien des habitants de Datong, ville chinoise en pleine mutation, emblème du Rêve Chinois du président Xi Jingping.

Datong, 300km de Pékin. Quelques 3 millions d’habitant·es vivent au rythme des pelleteuses et autres marteaux-piqueurs qui scient jour et nuit, pour donner corps, à défaut d’âme, au Rêve Chinois de Xi Jingping. Ancienne ville minière à l’économie en berne, elle fait l’objet d’une nouvelle obsession, qui vise à la transformer en eldorado touristique, grâce à ses murailles millénaires. Alors que la ville devient le symbole de ce Rêve Chinois vanté par le Président dont les discours servent de bande-son obsédante au quotidien des âmes de la vieille ville, les citoyen·nes de Datong s’interrogent sur ce qu’il restera de leur histoire, et ce dont sera fait leur avenir.

Alors que les jeunes générations s’étourdissent dans les études puis le travail pour construire un monde qu’on leur vend meilleur, et mettre à l’abri leurs aînés, ceux-ci observent le ballet des grues et des échafaudages. Ils résistent tant qu’ils peuvent aux expropriations, bien conscients qu’ils ne pourront jamais accéder aux luxueux appartements qui pullulent dans ces tours vitrées qui n’en finissent plus de grimper.

Le film commence avec un train qui file à toute allure, celui de la mondialisation, de la modernisation de la Chine peut-être, et qui laisse deviner un paysage de tours, de tours, encore de tours. Les gratte-ciel semblent avoir remplacé le ciel, à tel point que c’est sur leurs façades que sont projetés les feux d’artifice, plutôt que dans le ciel.

La vieille ville est (littéralement) transformée en un parc d’attractions géant, la muraille se retrouvant elle-même ceinte de manèges criards, de châteaux gonflables. Cette vieille ville, prétexte au pôle d’attractivité touristique que représente la ville nouvelle, est paradoxalement défigurée par les installations édifiées pour la magnifier.

Dans les rues de la vieille ville abandonnée à sa destruction programmée comme dans les hauteurs vitrées des immeubles nouveaux, les habitant·es de Datong regardent le train de l’histoire passer, certain·es sautant dans un wagon, d’autres le saluant debout sur le quai. Et chacun·e comprend que c’est aussi et surtout le train du pouvoir et de la propagande qui file à toute vitesse.

Prix du Public au dernier Festival International du Film Francophone de Namur ainsi qu’au Festival Millenium, China Dream sort ce mercredi 25 août au cinéma Palace.

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