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« Cleo »: apprivoiser le deuil

Avec Cleo, son premier long métrage, Eva Cools retrace avec pudeur et sensibilité l’itinéraire d’un impossible deuil, un deuil filial autant que maternel, sur fond d’adieu à l’enfance. Le film sort mercredi prochain dans les salles belges. 

Cleo, 17 ans, survit à un accident de la route dans lequel ses parents décèdent. Sa grand-mère aimante essaie d’offrir un nid chaud à Cleo et son petit frère, mais doit faire face à une adolescente rebelle, qui cherche du réconfort auprès du mystérieux Léos, un garçon beaucoup plus âgé qui cache une terrible faille.

Cleo dresse le portrait âpre et sans fard d’une jeune fille en perdition, écrasée par le stress post-traumatique d’un deuil dont elle porte, pense-t-elle, la responsabilité à ses yeux et aux yeux du monde. Si Cleo a échappé de peu à la noyade, elle semble encore se débattre dans les eaux profondes du deuil et de la dépression, à bout de souffle, cherchant sans cesse une respiration qui la raccroche à la vie.

 

 

Cette respiration, elle va la trouver avec Léo, ce garçon de 10 ans son aîné, auprès duquel elle pense pouvoir se réinventer. Un inconnu aux yeux duquel elle peut inventer une nouvelle Cleo, débarrassée de son passé et de son trauma, une jeune fille libre et libérée, qui reprend goût à la vie, et à la musique.

 

Car la musique, c’est l’autre respiration de Cleo. Fille de musiciens, elle se lance dans un défi musical qui fait ressurgir les fantômes du passé, comme pour clore un chapitre de leur histoire. Alors qu’elle a abandonné le clavier depuis quelques temps, elle reprend les partitions pour grimper ce qui devient son Everest, une pièce virtuose de Rachmaninov, qui mobilise son implication la plus totale, aussi bien physiquement qu’émotionnellement. Le morceau, qu’elle répète inlassablement, jusqu’à la performance finale qui prend des allures cathartiques, fait office de vecteur, de passeur de l’autre côté du deuil, symbolisant toute son intensité, la colère, le chagrin, la détresse, la culpabilité, le manque, la tristesse, mais aussi l’amour, et la force du souvenir.

 

 

Dans le rôle de Cleo, on retrouve la jeune comédienne Anna Franziska Jaeger, qui donne corps avec opiniâtreté et justesse à cet animal blessé qui cherche peu à peu à se reconstruire. Face à elle, Roy Aernouts incarne avec une profonde intensité Leos, jeune homme lui aussi dévasté, non par le deuil, mais dévoré par la culpabilité. A ses côtés, Yolande Moreau incarne avec autant de bienveillance que de désarroi une mère elle-même en deuil, qui tente d’accompagner au mieux des petits-enfants qu’elle peine parfois à comprendre, alors qu’elle tente de panser ses plaies.

 

Autour d’eux naviguent encore Martha Canga Antonio, Lucie Debay ou Natali Broods, dans une Bruxelles nocturne et sur le fil, décor brumeux des errances des personnages. Avec ce premier film, Eva Cools ancre dans le territoire accidenté de la capitale belge ce coming-of-age douloureux allégé par quelques notes de musique. On en reparle très vite avec les deux héroïnes du film.

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