Cosmogonie: cri primal

Avec Cosmogonie, Vincent Paronnaud entraîne Lucie Debay et Arieh Worthalter dans un conte de fées primitif convoquant de concert les formes du slasher et du survival, offrant une fascinante inversion des rôles et des genres où le Petit Chaperon Rouge, boosté par le pouvoir ancestral de la forêt, prend énergiquement son destin en mains.  

L’homme est un loup pour la femme, sauf quand la femme convoque le pouvoir du loup…

Ca commence par une histoire au coin du feu, une histoire qui fait peur, un conte folklorique originel qui pose les enjeux en présence et les grandes lignes du récit à venir…

Ca recommence pourtant au calme, dans une boîte de nuit, une femme seule au bar, un homme attentif sur la piste de danse, un malotrus, un sauvetage et quelques verres plus tard, l’homme et la femme accomplissent leur destinée à l’arrière d’une voiture. A moins que… L’ambiance dans l’habitacle change radicalement quand résonne le clic d’une fermeture de portière. La femme est prise au piège. C’est une longue nuit qui s’annonce, au coeur d’une forêt noire et profonde…

Variation post-moderne du Petit Chaperon Rouge, Cosmogonie a la saveur d’un conte, un conte cruel et primitif, l’histoire intemporelle et universelle de l’homme prédateur, dont la première proie est la femme aux abois. Mais les yeux de biche de Eve (Lucie Debay) prennent vite une teinte inquiétante. D’abord perdue dans la forêt, elle va y trouver refuge, un refuge corporel et existentiel. Eve commence par fuir, mue par son instinct de survie. Mais petit à petit, survivre ne suffit plus. Eve décide de vivre, et pas qu’un peu. Enfant sauvage, forte de la puissance des arbres et de la forêt, elle va se battre.

Face à elle, Arieh Worthalter est l’Homme. Il passe du gentleman au mufle avec un naturel déconcertant. Il s’empare avec autant d’intensité que de facilité de cette figure incontournable du cinéma, le tueur psychopathe. Cruauté, rictus sardonique, rires déments, tout et plus encore, jusqu’au cri primal, ce cri partagé avec Eve, bascule impitoyable où le traqueur devient traqué.

Cosmogonie-Arieh-Worthalter

L’image magnifique du chef opérateur belge Joachim Philippe de nuit comme de jour dans cette forêt de conte cruelle, plonge le spectateur dans l’histoire aux côtés des protagonistes, et de l’imposant bestiaire qui hante le film, soulignant l’animalité de ces humains en lutte pour leur survie. Avec une mention toute particulière pour les touches de rouge et de bleu qui rythment le récit, et qui rappellent les premières amours du réalisateur, Vincent Paronnaud, auteur de BD (Pinocchio, Prix du Meilleur album au prestigieux Festival de la BD d’Angoulême) et réalisateur de films d’animation (il a co-réalisé avec Marjane Satrapi Persepolis et Poulet aux prunes), qui se lance ici avec bonheur dans la prise de vue réelle, se délectant d’un cinéma de genre dont il malmène et approfondit les codes.

Cosmogonie se révèle un écrin inattendu mais non moins puissant pour ses deux comédiens principaux, deux valeurs désormais sûres du jeune cinéma belge qui y trouvent deux premiers rôles marquants. Lucie Debay (déjà doublement récompensée aux Magritte, Meilleur espoir pour Melody, Meilleure actrice dans un second rôle pour Nos batailles) y mute littéralement, se transformant en femme sylvestre peu à peu submergée par la rage et la fureur. Arieh Worthalter (lui aussi doublement primé aux Magritte, Meilleur acteur dans un second rôle pour Girl et Duelles) impressionne par l’aisance avec laquelle il compose un authentique et incandescent méchant de cinéma, de ceux dont le regard dérangé revient hanter les nuits sans sommeil. Deux performances au diapason, dans un genre où on ne les attendait pas forcément.

On notera en passant l’apparition brève mais mémorable de Guillaume Kerbusch (La Trêve), dont on se gardera d’en dire trop.

Cosmogonie, produit par la société belge Wrong men, est montré ce soir en Compétition Nationale au BRIFF, et entame une tournée bien chargée des festivals de films de genre – ou pas.

 

 

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