Coups de zoom sur 2012 [5]
You Cannes or You Can’t

Être ou ne pas être sur la Croisette… C’est le dilemme qui se pose à cette époque à tous les producteurs qui ont des films sélectionnables pour le Festival. Soit qu’ils sont déjà prêts, soit qu’ils pourraient l’être. À ce stade, évidemment, les cartes sont entre les mains des différents sélectionneurs et si quelques rumeurs bruissent, rien ne sera définitif avant l’annonce officielle. On se rappellera que l’an dernier, la veille encore, les Films du Fleuve n’étaient pas du tout certains d’y retrouver leur Gamin au Vélo. On sait ce qu’il est advenu ensuite…

 

Avant de planifier leurs sorties, certains distributeurs sont tentés d’attendre que se prennent ces décisions cruciales : un coup de pouce médiatique cannois n’est jamais à négliger. Pour certaines carrières, c’est même un élément déterminant : Mobilhome en sera-t-il? Ce n’est pas totalement impossible. Et Hors Les Murs? (photo de tournage) Encore faudrait-il qu’il soit terminé. Mais si intérêt il y a, la postproduction est accélérée en conséquence. Dead Man Talking ne devrait pas avoir besoin de la plate-forme cannoise pour exister et Quartier Libre qui nous arrivera probablement en juin  n’a pas été envisagé comme un candidat cannois. Au moins, pour ces deux-là, les choses sont à peu près claires.

 

À ce stade, sans aucune espèce de certitudes, on peut penser qu’une œuvre belge et trois coproductions minoritaires incluant des acteurs ou techniciens belges ont le profil parfait pour se retrouver sur le Croisette. Leur absence serait plutôt une surprise pour nous.

 

 

En tête de liste, on pointera un film d’animation, réalisé par un metteur en scène qu’on n’attendait pas vraiment dans ce créneau… Quoique… Avant d’exceller dans les salles avec Les Bronzés, Le Mari de la Coiffeuse ou Tandem, Patrice Lecomte était connu comme dessinateur de BD.  Qu’il se lance dans une adaptation animée du best-seller de Jean Teulé, Le Magasin des Suicides a pourtant étonné. Et puis on a vu les premières images. Et tout à coup, cette démarche a semblé complètement naturelle. Formidablement inspirée. En Belgique, le film est coproduit par Entre Chien et Loup qui est en train de se spécialiser dans les œuvres internationales de prestige, attirant ainsi en Belgique des artistes qui normalement ne devraient pas passer par chez nous… Comme Ari Folman dont on espère le Congress pour… décembre 2012. Avec une option très claire placée sur Cannes 2013, histoire d’oublier le revers inattendu de Valse avec Bachir que chacun imaginait en or en 2008… sauf le jury.

 

Un autre ténor qui a loupé la Palme que le monde entier lui prédisait, c’est Jacques Audiart avec Un Prophète. Il s’en est parfaitement remis, empilant les Césars et les spectateurs. Mais à Cannes plus qu’ailleurs la vengeance est un plat qui se déguste frappé (quoique Almodovar court depuis 15 ans après une récompense). S’il est terminé dans les temps, de Rouille et d’Os se posera forcément comme un des grands favoris de la « quinzaine » cannoise. Coproduit par les Films du Fleuve des frères Dardenne, ce drame met en scène une Marion Cotillard en piteux état et un duo d’acteurs belges qu’on n’attendait pas particulièrement à pareille fête: si Bouli Lanners hérite d’un (très beau) second rôle, Matthias Schoenaerts est carrément la vedette masculine. Un choix étonnant de la part de la production française, car si nous connaissons le talent de Matthias, on ne peut pas dire qu’il soit une véritable star en France. On peut par contre prédire qu’il le deviendra après avoir tourné ce film.

 

[Sur le tournage de Les Adorés, grâce au Clap, bureau d’accueil de tournage]

 

Outre Le Magasin des Suicides, Entre Chien et Loup se tient prêt à enfiler une autre perle à son collier cannois. La société d’Auderghem coproduit le premier long métrage d’Hélène Fillières, basé sur le roman Sévère de Régis Jauffret . Les Adorés narre la folle relation sado-maso d’un banquier et de sa jeune maîtresse avec la complicité silencieuse du vieux mari de la belle. Si aucun nom n’est noté dans le livre et dans le scénario, chacun reconnaîtra l’histoire vraie du banquier Stern, interprété par un Benoit Poelvoorde qui pourrait être sur la Croisette le Jean Dujardin de 2012. Laetitia Casta et Richard Bohringer complètent le générique.

 

L’hypothétique sélection cannoise que nous alignons ici est bien sûr le fruit de pronostics basés sur les dates de disponibilité des copies zéro des films potentiellement sélectionnables, nuancés par notre propre impression… Que de précautions… Mais en matière cannoise, mieux vaut être prudent. On ne rigole pas avec les Palmes.

 

[Une autre récompense cannoise pour Emilie, 13 ans après Rosetta?]

 

Une autre rumeur file bon train : la Belgique aurait, cette année encore, un candidat à une récompense majeure. Nos Enfants de Joachim Lafosse conte l’histoire d’une mère infanticide, de son mari et de leur « protecteur », un médecin fort encombrant. Toute ressemblance avec un fait d’actualité bien connu en Belgique est d’autant moins fortuite que ce drame, pour éviter toute polémique, a été filmé dans le plus grand secret. Plusieurs fois remanié, le casting s’articule autour d’Émilie Dequenne (déjà palmée en 1999), mais aussi de Niels Arestrup et Tahar Rahim, le duo d’Un Prophète.

À ce stade, le plateau ayant été fermé à double tour pendant la durée du tournage, nous ne pouvons que prêter l’oreille aux rumeurs enthousiastes. Une chose est certaine: le film fera débat en Belgique… mais sera examiné à l’étranger sous l’angle de ses seules qualités cinématographiques.

Cannes est donc un endroit idéal pour lancer une oeuvre de ce calibre en zappant les a priori. Mais comme chacun le sait, il y a énormément d’appelés et très peu d’élus.

À suivre… Avec beaucoup d’attention !

 

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