« Des gens bien », la faute à pas de chance

Ce dimanche débute sur La Une la diffusion de la nouvelle série des auteurs de La Trêve. Des gens bien, c’est une série presque policière, ou plutôt un polar burlesque doublé d’une comédie sociale à la belge, qui prends le pouls de ces petites gens, comme on dit, qui voulaient juste avoir une vie meilleure, mais que le système a un peu abandonnés au bord de la route. Une histoire qui aurait pu être simple (mais ç’aurait été moins drôle), portée par un casting qui fait des étincelles, où brillent Bérangère Mc Neese et Lucas Meister.

Ça commence par un accident de voiture dans la forêt, à la frontière franco-belge. Tom Leroy, un jeune policier, appelle les secours catastrophé: sa voiture dégringolée dans le ravin vient de prendre feu, et sa femme est restée coincée à l’intérieur. Ses collègues, sous le choc, débarquent illico sur les lieux de l’accident. Mais il y a comme un petit truc qui cloche.

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Serge, aka Peter Van den Begin

Ou plutôt non, ça commence autrement. Il était une fois Tom et Linda. Ils se marièrent, et se dire qu’ils allaient vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants. C’était sans compter sur les différentes emmerdes qui leur pendaient au nez. La conjoncture, cette ordure, qui contrecarre sérieusement les plans entrepreneuriaux de Linda. La médecine aussi, qui ne peut pas grand chose pour les soutenir dans leur désir d’enfant. Ils galèrent Tom et Linda. Alors quand l’occasion se présente pour eux de profiter enfin un peu du système, au hasard d’un accident, ils se disent qu’après tout, pourquoi pas eux? Une toute petite arnaque, qui ne fera de mal à personne, mais qui leur permettra enfin d’avoir eux aussi leur place au soleil…

Sauf que l’arnaque, ça ne s’improvise pas. Si l’on n’y prend pas garde, et pour peu qu’on joue de malchance, il y a toujours la mauvaise personne, au mauvais endroit, au mauvais moment. Surtout quand on fréquente le cousin Serge (aka Peter Van de Begin, « le grand méchant flamand »). Et faire des to-do-list (« assurances, billets d’avion, passeports ») ne suffira pas à palier le manque de préparation. Sur les traces de Tom et Linda, les malheurs s’enchainent. Ce n’est pas leur faute, mais c’est à cause d’eux. A moins que ce ne soit le contraire? Catapultés de leur propre fait dans une spirale infernale, leur manque de bol devient presque du grand art.

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Stéphane et Roger (India Hair et Dominique Pinon)

Bien sûr, ce manque de bol n’est pas seulement dû à la poisse qui colle à la peau de Tom et Linda. Ce manque de bol, c’est aussi le symbole de ce qui écrase les petites classes moyennes, les gens ordinaires, qui se sentent mis à l’écart du progrès. Les auteurs, Matthieu Donck, Benjamin d’Aoust et Stéphane Bergmans disent avoir puisé en partie leur inspiration dans les revendications des gilets jaunes. C’est la Belgique périphérique qu’ils nous donnent à voir, celle qui peine à boucler ses fins de mois. Malgré son optimisme à toute épreuve (enfin, surtout celui de Linda), le jeune couple est vite criblé de dettes et d’espoirs morts-nés. Ils sont ces petites gens, dont les petits rêves sont pilonnés par la réalité.

C’est leur chute inexorable que l’on observe, façon comédie noire, parce que mieux vaut en rire qu’en pleurer. Tom et Linda, mais aussi la plupart des habitants de cette petite communauté de gens bien, sont comme des marionnettes aux mains d’un destin moqueur. Mais des marionnettes terriblement émouvantes, grâce à l’énergie déployée par leurs deux interprètes, deux énergies bien différentes (l’optimisme solaire de Linda, la maladresse touchante de Tom) unies par un amour indéfectible, qui traverse les tempêtes envers et contre tout.

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Joseph et Tom (Nicolas Buysse et Lucas Meister)

Le reste du casting est au diapason. Peter Van den Begin, cité plus haut, joue les grands méchants un peu rustres qui enfonce le jeune couple en voulant l’aider, Nicolas Buysse régale avec ses ambitions folle de flic d’un petit bled qui rêve d’une bonne vieille affaire de pédophilie, our pourquoi pas d’être muté à Wavre, Gwen Berrou surprend en soeur ultra-croyante dont la foi coince un peu aux entournures. Frontière franco-belge oblige, on croise également les toujours excellents India Hair, Michael Abiteboul ou Dominique Pinon.

Bref, avec Des gens bien, Matthieu Donck, Stéphane Bergmans et Benjamin d’Aoust changent de registre, échangent les forêts ardennaises pour les fonds d’écran Windows de la frontière franco-belge, troquent le whodunnit pour une comédie loufoque (et acide donc) résolument belge dans le coeur et l’esprit. A voir en linéaire dès ce dimanche sur La Une, ou à binge-watcher à partir du 24 octobre sur Auvio.

 

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