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« Deux fils », trois hommes à (ré)inventer

Mercredi prochain sort dans les salles belges Deux fils, premier film du comédien Felix Moati, qui réunit dans une ballade parisienne et souvent nocturne trois acteurs surprenants, un trio père-fils émouvant et interpelant formé par Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste et le jeune Matthieu Capella. 

Joseph (Benoît Peolvoorde) et ses deux fils, Joachim (Vincent Lacoste) et Ivan (Matthieu Capella), formaient une famille très soudée. Mais Ivan, le plus jeune, collégien hors norme en pleine crise mystique, est en colère contre ses deux modèles qu’il voit s’effondrer. Car son grand frère Joachim ressasse inlassablement sa dernière rupture amoureuse, au prix de mettre en péril ses études de psychiatrie. Et son père a décidé de troquer sa carrière réussie de médecin pour celle d’écrivain raté. Pourtant, ces trois hommes ne cessent de veiller les uns sur les autres et de rechercher, non sans une certaine maladresse, de l’amour…

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Ivan a 14 ans. Ivan se cherche. Rien de plus naturel, à cet âge. Mais il est difficile de se trouver quand on a perdu son père et son grand frère, du moins ceux que l’on (re)connaissait. Car depuis la mort de son frère, Joseph n’est plus que l’ombre de lui-même, il erre dans l’appartement familial, essaie des cercueils, suspendu entre le monde des vivants et celui des morts. Il faut dire qu’il y a quelques mois, il a pris une décision qui aurait dû changer sa vie, celle de s’accrocher à ses rêves d’artiste. Et c’est ainsi que Joseph a abandonné son cabinet médical pour devenir écrivain. Enfin, essayer de devenir écrivain. Car on ne peut pas dire qu’à ce stade, le succès soit au rendez-vous…

De son côté Joachim, le grand frère, peine à se remettre d’une rupture amoureuse, et semble devenir maître ès procrastination plutôt que d’avancer dans sa thèse. « Bande de loser ». « Gros nases ». En pleine crise existentielle, Ivan perd ses repères masculins, sa petite boussole personnelle: comment se construire quand chutent les idoles? A travers le regard et les interrogations d’Ivan, Deux fils interroge cette masculinité contemporaine qui se cherche, faute peut-être d’avoir repensé, voire libéré ses modèles. La faiblesse de ses aînés semble insupportable à Ivan. Tout comme cette incapacité à dire « je t’aime » entre hommes. Pourtant, c’est bien l’amour qui unit ces trois-là, le souci de l’autre, qui dépasse l’agacement et les déceptions passagères. L’amour, et leur capacité à surmonter les crises.

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Dans le rôle du colosse aux pieds d’argile – le film s’ouvre sur son imposante carrure, qu’il peine à faire entrer dans le cercueil de son frère -, on retrouve un Benoît Poelvoorde mélancolique, comme en retrait de la vie alors qu’il s’apprête surement à faire la chose la plus folle qu’il ait jamais faite: ouvrir son coeur et ses pensées. Un rôle de perdant magnifique, un de ces beautiful losers qui surmontent l’adversité et vont au bout de leurs rêves, défiant aussi bien le ridicule que le pathétique. Au détour d’une scène mémorable où Joseph lit devant un public clairsemé composé essentiellement de ses fils et leurs amis quelques lignes peu digestes de son roman en cours, la comédie affleure dans ce drame familial doux-amer, comme elle le fait régulièrement pour resserrer les liens distendus de cette famille cabossée.  Benoit Poelvoorde, loin de l’agitation et la logorrhée qu’on lui connaît, parle peu dans le film, et il n’est jamais plus intrigant que quand il se tait.

Un premier film sur lequel souffle un vent de mélancolie et de liberté, servi par un excellent trio de comédiens qui incarnent avec sensibilité ces trois générations d’hommes en train de s’inventer et se réinventer.

Sortie 🇧🇪 le 20 février 2019.

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