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Emilie Dequenne marraine de la Belge Collection, pour célébrer les comédien·nes belges

La semaine dernière avait lieu à Bruxelles la présentation du projet de la Belge Collection, marrainée par la comédienne belge Emilie Dequenne.

Imaginé par Guillaume Kerbusch et Laura Petrone, tous deux comédien·nes, mais aussi cinéastes, La Belge Collection a pour objectif de mettre en valeur l’incroyable vivier de jeunes et moins jeunes comédien·nes belges, que l’on peine parfois à voir dans des premiers rôles au cinéma pour des raisons souvent liées à l’industrie plus qu’à leur talent.

Inspiré des Talents Adami, une action menée chaque année à Cannes où des acteurs et actrices réalisent des courts métrages mettant en avant de jeunes talents en herbe, La Belge Collection peut compter sur le soutien d’Emilie Dequenne donc, ainsi que sur le talent de cinéastes enthousiastes qui se sont prêtés au jeu, le duo formé par Raphaël Balboni et Ann Sirot (Fable domestique, Lucha Libre, Avec Thelma, et bientôt Une vie démente), Guillaume Senez (Keeper, Nos batailles) et Xavier Seron (Le Plombier, L’Ours Noir, Je me tue à la dire). Les films devraient être prêts à la fin du printemps, en attendant, les comédiens et comédiennes étaient invité·es à échanger avec Emilie Dequenne sur son parcours et son expérience, lors d’une rencontre animée par Justine Montagner.

Découverte en 1998 par les frères Dardenne, héroïne de Rosetta, sa carrière est propulsée de manière fulgurante par une Palme d’Or et un Prix d’interprétation à Cannes. Depuis près de 20 ans, « sans avoir jamais eu de grande ambition mondiale », elle tourne sans arrêt, tout en ayant réussi à « combiner sa vie personnelle et son métier », ce qui lui semble essentiel, mais qui est aussi « une fierté, car ce n’est pas une évidence ». Elle vit sa carrière comme une histoire de famille. C’est la même agente depuis le début qui l’accompagne: « Elle est comme une mère pour moi. Elle va à mon rythme. Elle est venue me chercher chez mes parents quand j’avais 18 ans, c’est tout juste si elle ne leur a pas demandé ma main! »

L’entourage est d’autant plus important qu’il faut conserver un certain équilibre, et que la comédienne ne sait pas « faire de choix stratégiques »: « Pour moi choisir un personnage, c’est une question de vie ou de mort. Donner vie à un personnage, c’est très sérieux. Je trouve même cela criminel de ne pas être à la hauteur d’un personnage. Il ne doit pas y avoir de place pour le doute. » Elle souligne d’ailleurs l’importance du travail de préparation, qui permet de rencontrer le personnage, « un travail qui peut être très enrichissant, sur le plan personnel comme professionnel ». Si elle n’a pas de méthode particulière, le temps reste un élément prépondérant. Pour le rôle de Muriel dans A perdre la raison de Joachim Lafosse, elle explique qu’elle a dû laisse des distances avec le personnage pour ne pas se laisser submerger, ne pas se perdre, « mettre un mur entre Muriel et moi pour me protéger ». Quand le travail sur la durée est possible, « je laisse venir (le personnage) tout seul, je ne veux pas devoir lui courir après. »

La comédienne déplore néanmoins que l’on ait de moins en moins de temps de préparation, « la construction des personnages se fait de façon de plus en plus anarchique, il n’y a quasiment plus d’essais filmés ou d’essais costume ». « Heureusement qu’en général le résultat n’en pâtit pas, mais le confort de travail est beaucoup moins grand. » 

« Ce qui est difficile aujourd’hui pour les jeunes comédiens et comédiennes, ajoute-t-elle, c’est qu’il y a un manque certain d’imagination à l’écriture, et que les stéréotypes prennent de plus en plus de place. Parfois, j’ai l’impression que la popularité des comédiens l’emporte sur leur adéquation avec le rôle. J’en viens à redouter que le nombre de followers sur les réseaux sociaux ne devienne un critère de choix de casting… »

Un constat loin d’être rose, mais d’où ressort néanmoins la même envie, toujours intacte, de donner vie à des personnages de papier.

 

Laura-Petrone-Guillaume-Kerbusch

Interview avec Guillaume Kerbusch et Laura Petrone, les initiateurs de la Belge Collection

Pourquoi avoir créé la Belge Collection?

Laura Petrone

Nous organisons déjà depuis 4 ans des stages de jeu. Une fois pas mois, on met sur pied des stages de jeu face caméra avec de nombreux réalisateurs belges, Vania Leturcq, Raphaël Balboni, Guillaume Senez, Vanja D’Alcantara… Cela nous a donné envie de voir plus loin.

Guillaume Kerbusch

Et puis j’ai participé aux Talents Adami Cannes en 2018, dans le film de Charlotte Le Bon, et ça nous a donné envie de faire la même chose en Belgique. On a été voir le Centre du Cinéma, des partenaires Tax Shelter, qui ont vite été emballés par le projet. Que ce soit les partenaires financiers, les institutions ou les cinéastes, tous ont reconnu qu’il y avait une vraie carence dans le domaine de la promotion des acteurs et des actrices. L’objet de la Belge Collection, c’est ça, créer un endroit de lancement, dédier un évènement aux acteurs.

Laura Petrone

Donner la chance aux acteurs d’avoir des rôles importants dans des films réalisés par des cinéastes chevronnés. Dans les longs métrages, ils sont souvent cantonnés à de petits rôles, et on voulait leur offrir de nouvelles opportunités.

Guillaume Kerbusch

Souvent, il suffit d’une exposition pour pouvoir travailler plus. Moi par exemple, mon rôle dans La Trêve m’a donné une visibilité qui m’a amené des castings et d’autres rôles. Ça ouvre une fenêtre. Dès qu’un acteur est au générique de quelque chose qui fonctionne, ça lui donne l’occasion de travailler. C’est donc l’idée de la Belge Collection, créer un évènement avec une belle visibilité, qui fait parler des comédien·nes.

Souvent, les impondérables de la production quand on coproduit avec la France font qu’on doit embaucher des acteurs ou actrices non belges pour équilibrer les budgets, et les premiers rôles échappent aux talents locaux. Ici, on met des jeunes acteurs en rôles principaux, avec des cinéastes confirmés. C’est vraiment l’occasion pour eux de montrer ce qu’ils savent faire.

Vous avez une triple casquette sur ce projet: comédien·nes, cinéastes et mécènes, en quelque sorte?

Laura Petrone

On a créé notre boîte de production il y a 3 ans, Angie Production, qui nous a permis de trouver les financements.

Guillaume Kerbusch

On a tout fait nous-même comme des grands, et je crois que le fait que pour une fois ce soit des acteurs qui initient le projet, ça a pu interpeller les gens, donner une certaine légitimité au projet.

Cela répond aussi à une nécessité d’incarner le cinéma belge avec des visages et des corps belges, et de sortir des castings français auxquels vous faisiez allusion tout à l’heure.

Laura Petrone

Oui, pour les partenaires institutionnels c’était important je crois.

Guillaume Kerbusch

J’ai l’impression qu’on considère tout le temps le fait d’avoir des comédien·nes belges stars comme Emilie Dequenne ou Benoît Poelvoorde est acquis, alors que si l’on regarde bien ce sont souvent des hasards, ce n’est pas le fruit d’une structuration du métier qui donne accès à ces opportunités.

Le cinéma belge a tout intérêt à considérer l’acteur comme moteur d’industrie. Il y a rarement des films qui se construisent autour d’acteurs belges francophones, il va falloir changer ça. Si on arrive à fabriquer des stars internationales, on ramènera de grosses productions en Belgique.

Laura Petrone

Il faut provoquer les hasards.

D’où viennent les comédien·nes des quatre films de la collection?

Laura Petrone

On a envoyé les profils des gens qui ont fait nos stages, et les cinéastes ont aussi pu travailler avec des directeurs de casting. Au final, on voit que c’est très équilibré, la moitié des comédien·nes vient de nos stages, l’autre des différents castings.

On a aussi pu constater que les cinéastes eux aussi sont en demande, de pouvoir faire leur métier entre deux longs métrages, de découvrir de nouveaux talents, et de mettre des profils en avant. C’est aussi une façon de nourrir l’imaginaire d’une nouvelle génération du cinéma belge.

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