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« Emma Peeters »: l’amour aux trousses

Avec Emma Peeters, Nicole Palo livre une comédie romantique atypique et décalée, entre crise existentielle et ode au cinéma, détournant les codes du genre pour relever son défi osé: rire des pulsions suicidaires d’une comédienne « jamais arrivée ».  

Emma Peeters va sur ses 35 ans. Il parait que c’est le plus bel âge. Mais visiblement, pas pour Emma. Emma est actrice, ou disons actrice aspirante, depuis plus de 10 ans. Et 35 ans justement, c’est la date de péremption pour une actrice. D’auditions foireuses en pubs médiocres, elle survit tant bien que mal, enchaînant les petits boulots. Alors le jour où elle est nommée « employée du mois » dans le magasin d’électro-ménager où elle vend des écrans plats, Emma décide de prendre enfin sa vie en main. Ou plutôt, la mort à bras le corps. C’est décidé, pour réussir sa vie, le mieux est peut-être encore de ne pas rater sa mort.

Drôle d’idée pour une comédie, non? C’est le pari osé par la réalisatrice Nicole Palo, à qui l’on doit Get Born, sorti il y a quelques années. Forte de l’adage « mieux vaut en rire qu’en pleurer », elle s’empare des pulsions morbides de son héroïne pour imaginer une comédie atypique et décalée, multipliant les couches de lecture.

Emma-Peeters

Au premier abord, Emma Peeters creuse le sillon de la dépression comme territoire de fiction, traitée sous l’angle de la comédie. Une héroïne savamment névrosée, engloutie dans une spirale d’échec, une mid-life crisis précoce et presque fatale qui se mue en projets suicidaires, et hop, Nicole Palo en tire une comédie existentielle comme exutoire artistique, défouloir à idées noires.

Car finalement, si la vie peut sembler vide de sens ou terriblement anecdotique, la mort ne l’est peut-être pas moins. Ainsi l’étude de marché comparative sur la meilleure façon de se suicider menée par Emma souligne avec humour la fragilité, voire la vacuité de son projet. Réussir sa mort, ce n’est pas chose aisée.

Mais alors que ses projets mortuaires se précisent, Emma semble retrouver une seconde jeunesse. C’est peu de dire qu’elle revit depuis qu’elle sait qu’elle va mourir, un peu comme un nouveau printemps.

Ce nouvel état d’esprit n’est néanmoins pas sans conséquence, et la rend vulnérable au meilleur des antidotes contre les pulsions suicidaires: l’amour, toujours l’amour. C’est là qu’entre en jeu la comédie romantique. Alors qu’elle cherche de l’aide pour organiser son enterrement, afin de ne pas laisser à sa famille le fardeau de devoir organiser ses obsèques, elle tombe sur un drôle de croque-mort, étrangement compréhensif quand elle lui expose son plan. Et ce qui devait arriver arrive inéluctablement: Alex, incarné avec fougue et fantaisie par Fabrice Adde, découvert dans Eldorado de Bouli Lanners, tombe amoureux d’Emma, et vice-versa.

Nicole Palo s’amuse des codes de la comédie romantique, confrontant sa trentenaire en échec tendance Bridget Jones à l’arme ultime qu’a trouvé la vie pour la retenir: l’amour. Les deux tourtereaux délicieusement réfractaires se tournent autour, se frôlent, se ratent de peu, entre quiproquos et imbroglios, avant bien sûr de réaliser leur destin de héros de comédie romantique: tomber dans les bras l’un de l’autre.

Emma-Peeters

La romance entre les deux héros sert d’ailleurs de jolie excuse à la réalisatrice pour oser quelques citations à haute teneur cinéphile qui ponctuent avec légèreté le récit, du cinéma muet à Ingmar Bergman. Car en plus d’être une comédie romantique ET existentielle, Emma Peeters est aussi tout à la fois une ode au cinéma, et une mise en abyme acide juste ce qu’il faut de son petit monde.

Pas du point de vue d’une star, mais de celui d’une « petite main » des plateaux. La réalisatrice dévoile les coulisses souvent peu reluisantes du milieu du 7e art, les auditions à répétition, les stages de jeu improbables, les « vous accepteriez de faire de la figuration? », les compromis qui ne mènent à rien. Les boulots à la con, les jobs alimentaires, les « on vous rappellera ». Le fameux statut d’artiste qui fait tant fantasmer, et le statut tout aussi précaire et cruel d’actrice.

Epaulée par sa copine Lulu, elle aussi comédienne (interprétée par la pétillante Stéphanie Crayencour), Emma enchaine les galères. Les deux amies ont beau avoir deux approches radicalement opposées du métier (et des compromis qu’elles sont prêtes à accepter), toutes deux rament inlassablement. Mais tant qu’il y a de la vie, il ya de l’espoir, et chacune à sa façon va trouver son destin.

Emma-Peeters

Emma est incarnée par la comédienne canadienne Monia Chokri, découverte dans les films de Xavier Dolan, et vue notamment dans Je suis à toi de David Lambert. Autour d’elle, en plus de Fabrice Adde et Stéphanie Crayencour, gravite une jolie brochette de comédiens belges, notamment Jean-Henri Compère et Anne Sylvain dans le rôle des parents d’Emma, ou encore Thomas Mustin dans le rôle de son confident.

Emma Peeters, qui faisait en septembre dernier la clôture de Giornate degli Autori au festival de Venise sort le 17 avril prochain dans les salles belges.

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