« En route pour le milliard »: le c(h)oeur des invalides

Avec En route pour le milliard, Dieudo Hamadi suit l’épopée militante et solidaire d’un groupe de victimes du conflit sans nom qui ravage le Congo depuis la fin du génocide rwandais.

« Que devons-nous faire pour être écoutés? » C’est la question que se posent les victimes de la guerre des 6 jours qui a endeuillé et dévasté la ville de Kisangani en République Démocratique du Congo en juin 2000. C’est aussi la complainte que nous donne à entendre le cinéaste Dieudo Hamadi, qui nous entraîne dans le sillage de l’épopée militante des victimes de cette guerre, qui montent à la capitale réclamer les indemnisations qui leur ont été promises mais jamais versées. On embarque avec elles sur une embarcation de fortune qui remonte le fleuve, soumise aux forces de la nature. Des pluies diluviennes s’abattent sur leur arche, la tension grimpe, les denrées sont gâtées. L’humeur oscille entre la colère et la résilience. Les conditions sont drastiques, mais la solidarité est de mise. C’est ensemble qu’ils feront face à une caste politique assez corrompues pour confisquer « l’argent de notre sang », comme le clament les victimes.

Récemment, le dernier film de Thierry Michel, L’Empire du Silence, replaçait dans une perspective historique la guerre sans nom qui déchire le Congo depuis des décennies, conflit importé sur ses terres qui s’est développé à la suite du génocide rwandais. Dans un tout autre style (ici pas de voix off ou de commentaire face caméra), le film de Dieudo Hamadi en étudie l’impact dans la chair. Sola, Modogo, Mama Kashinde portent les stigmates du conflit, l’une en fauteuil, l’autre sur des béquilles. Ils subissent une double peine, celle qu’ils vivent dans leur corps, celle qu’ils vivent dans leur âme, face au regard que la société porte sur eux. C’est à leur côté que progresse la caméra d’Hamadi, jusque sous le nez des policiers qui empêchent l’entrée du parlement.

C’est que la troupe monte à la Capitale à la veille d’élections cruciales pour le pays, qui leur laisse espérer un changement de cap, si ce n’est de régime. Mais la corruption n’est pas si volatile, et leurs alliés ont vite fait de céder face à la pression politique.

Parallèlement à cette quête de justice, les rescapés du massacre tentent de surmonter leurs blessures. Pour dépasser la douleur, ils rejouent sur scène le traumatisme de la guerre, performant ainsi une thérapie collective aux accents cathartiques. Les extraits de ce spectacle, qui ponctuent régulièrement le récit, viennent offrir une caisse de résonance plus forte encore à ce chœur déchirant des invalides. 

Présenté au Festival de Cannes en juillet 2021, le film, coproduit en Belgique par Néon Rouge, sort en Belgique ce mercredi 21 septembre.

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