« Entre la vie et la mort », polar à Bruxelles

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Avec Entre la vie et la mort, Giordano Gederlini nous entraine dans un polar urbain électrique, qui emboîte le pas de Leo Castañeda, un Espagnol échoué à Bruxelles, en quête d’une ultime rédemption, chant du cygne désespéré.

Leo Castañeda est espagnol. Depuis quelques années, il vit discrètement à Bruxelles, loin des regards. Tellement discrètement qu’il travaille sous terre, il conduit des métros. Une nuit, sa routine comme anesthésiée est secouée par une apparition, surgie du passé. Sous ses yeux et bientôt sous ses rails, une silhouette, celle d’un jeune homme familier. Leo reconnaît Hugo, son fils qu’il n’a plus vu depuis deux ans.

Hugo, qui s’est mis dans de sales draps. Alors Leo va mener l’enquête, tenter de comprendre ce qui l’a amené là, dans les sous-sol de cette cette station, et surtout, sous le regard scrutateur de la police. Car Leo n’est pas le seul à s’intéresser au sort d’Hugo. Virginie a été chargée de l’enquête, et le profil du suicidé la ramène vers une autre enquête en cours. Une enquête qui lui tient particulièrement à coeur, sur laquelle plus que jamais elle veut faire ses preuves. Auprès de son commissaire. Auprès de son père.

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Leo et Virginie vont explorer en parallèle, parfois de front les bas-fonds de Bruxelles, pour comprendre d’où vient Hugo, et ce qui l’a amené là. Un jeu de chat et de la souris s’enclenche, sans que l’on sache jamais vraiment qui est le chat et qui est la souris, sous la menace planante de fauves bien plus mortels. Les personnages sont plongés malgré eux dans une violence qui les rebute mais dont ils savent qu’elle n’est plus évitable, à ce stade.

Entre la vie et la mort, c’est l’état un peu spectral dans lequel erre Leo, l’homme sans passé, ou plutôt, l’homme qui tente à tout prix de faire oublier un passé douloureux. Un peu hagard, mais les sens encore affutés, il tente avec l’énergie du désespoir de rattraper le temps perdu, de se racheter une conduite de père. En vain. le comédien espagnol Antonio de la Torre (vu dans El Reino ou La Isla minima notamment) prête sa densité à ce personnage usé, abimé, qui se lance dans la lutte à reculons, mais y retrouve des réflexes jamais oubliés.

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Face à lui, on retrouve Marine Vacth (découverte dans Jeune et Jolie, revue dans L’Amant Double aux côtés de Jérémie Renier ou ADN de Maïwenn), mur de détermination, force motrice qui tente de faire avancer l’enquête, pour trouver la vérité, et peut-être plus encore. D’autant qu’elle doit faire face à son père, le commissaire, incarné par un Olivier Gourmet plus bourru que jamais, un homme de 50 ans pas ravi à l’idée de se battre, mais poussé par la nécessité. Un rôle pas si éloigné de celui endossé dans Tueurs de François Troukens et Jean-François Hensgens, dont le scénario était signé par… Giordano Gederlini.

S’il est né au Chili, le réalisateur habite à Bruxelles depuis près d’une décennie. Il a voulu montrer une facette différente de la capitale, nocturne et urbaine, explorer les recoins du quartier européen, ville fantôme au lever du jour, mettre en lumière les zones post-industrielles de la ville, la cheminée de Drogenbos, les parkings déserts de l’Atomium, décors de cinéma inattendus. Il a travaillé pour cela avec le chef opérateur flamand Christophe Nuyens, à qui l’on doit récemment l’image de Lupin, Zone Blanche ou Versailles, et qui a imaginé une image filtrée et contrastée, une image de cinéma pur, qui entraine le spectateur dans la fiction. Le son lui aussi encourage l’immersion, la dissonance parfois, le tout complété par la musique de Laurent Garnier.

Un polar hommage aux codes du genre, dans un décor de cinéma grandeur nature, Bruxelles.

 

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