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« Filles de joie », super-héroïnes

Avec Filles de joie, Anne Paulicevich et Frédéric Fonteyne livrent leur version du film de super-héros, ou plutôt, de super-héroïnes.  

Filles de joie débute par une scène de cinéma classique, légèrement re-visitée. Sous une pluie battante, trois femmes enterrent un corps, le corps d’un homme. Qui sont-elles, elles qui contournent le cliché du corps féminin victime de fiction idéale, prétexte à la vengeance sanglante d’un héros? Qui sont Axelle, Dominique et Conso, ces trois femmes unies par la mort, qui défient les conventions scénaristiques ?

Ce sont trois femmes ordinaires, qui se retrouvent tous les matins sur le parking d’une cité pas loin de craquer, pour aller au travail. Elles font du co-voiturage, quoi de plus banal? Elles font du co-voiturage, et traversent la frontière, frontière physique autant que symbolique, passée laquelle elles se transforment, enfilent leur costume de lumière, et deviennent Athéna, Circé et Héra. Mères de famille, infirmière ou amoureuse transie dans le civil, elles se muent en déesses sous les yeux des clients du bordel où elles officient à la frontière belge. 

Axelle, Dominique et Conso mènent une double vie. Anne Paulicevich et Fréderic Fonteyne nous invitent à les suivre dans leur combat quotidien pour rester dignes, faire face aux aléas de la vie qui les ont poussées à recourir à la prostitution comme bouée de sauvetage, arme de survie.

Mère célibataire, Axelle tente tant bien que mal d’assurer le quotidien seule avec ses trois enfants et sa mère caractérielle, tout en fuyant une relation toxique avec son ex-mari. Dominique, infirmière de nuit, tient les rênes logistiques et financières de sa maisonnée, palliant le manque de revenus de son mari au chômage, et les exigences toujours plus hautes de ses grands adolescents. Conso, fleur bleue dans l’âme, rêve de transformer son homme marié en prince charmant, et travaille au bordel en attendant de devenir enfin l’officielle.

Trois femmes, trois destins qui s’entrechoquent, liées malgré elles par la mort fatidique d’un homme, qui réveille en elles une solidarité qui tient plus de la survie que d’une sororité revendiquée. Filles de joie n’est pas un film sur la prostitution, mais bien sur la vie, ou plutôt la survie, celle de ces héroïnes du quotidien, qui contournent les impasses, et semblent multiplier les vies, comme les chats. Ce n’est pas un hasard si elles portent des noms de déesses grecques.

Les auteurs, appuyés à l’image par la jeune chef opératrice Juliette Van Dormael, captent la vérité de ce quotidien fait de drames et d’euphorie, les moments de partage, les fous rires, les conflits, la vie dans ce qu’elle a de plus organique. Le quotidien à la maison comme celui du bordel. Les moments d’attente et de complicité. En s’attachant tour à tour au point de vue de chacune des filles, on capte leurs failles et leurs forces, la puissance qui les anime, et leur permet de surmonter l’invivable. L’enjeu est avant tout de les montrer dans toute leur dignité, une dignité acquise de haute lutte, sans cesse à conquérir et reconquérir.

Si les épisodes successifs de leurs vies relèvent plus du drame que la comédie, l’humour, toujours présent, constitue une soupape indispensable pour faire retomber la pression. Il y a de la joie chez ces filles si bien nommées. De la joie malgré les larmes, les blessures. De la joie, même si en creux, le film n’est une fois de plus pas tant un film sur la prostitution que sur les violences faites aux femmes, violences physiques et sociales.

Par la magie de la fiction – fortement inspirée des nombreuses prostituées rencontrées par Anne Paulicevich lors de l’écriture du film -, ces femmes déploient une force quasi mythologique, déterminées à aider celle qui en a encore plus besoin. Le malheur les élève, leur donnant un statut de survivantes.

Pour incarner ces héroïnes, il fallait de grandes actrices et Anne Paulicevich et Frédéric les ont trouvées en Sara Forestier, Noémie Lvovsky et Annabelle Lengronne qui excellent à donner chair et complexité aux personnages de papier aux multiples facettes imaginés par la scénariste. Face à elles s’animent de nombreux personnages forcément secondaires, mais tous servis avec conviction par un casting impressionnant, au premier rang duquel Nicolas Cazalé et Sergi Lopez, mais aussi les comédiens belges Jonas Bloquet, Els Deceukelier, Arthur Buyssens ou encore Salomé Dewaels.

Filles de joie, qui sort le 12 février prochain, fait l’ouverture du Ramdam à Tournai ce vendredi soir, et sera dévoilé en avant-première à Bruxelles, Liège, Namur et Louvain-La-Neuve lors de notre prochain Cinevox Happening spécial Magritte du Cinéma le 1er février prochain. Vous pouvez réserver vos places ici!

 

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