« Fils de plouc », petites chamailleries entre frères

Après avoir ravi (et/ou outragé!) les festivalier·es du prestigieux Festival de Sundance, et fait se gondoler la Director’s Week du BRIFF la semaine dernière, Fils de Plouc, premier long métrage des frères Guit (Harpo & Lenny), comédie singulièrement foutraque, rugueuse et insolente, sort en Belgique le 29 septembre prochain.

Harpo et Lenny Gruit se sont faits remarquer avec une poignée de courts métrages complètement déjantés publiés sur leur chaîne Youtube (Clubb Guitos). Ces films ont su séduire certains festivals, et rassembler une petite communauté. En janvier dernier, Fils de Plouc était présenté en avant-première mondiale au Festival de Sundance, dans la section Midnight, consacrée aux films « indisciplinés ». Voilà bien un mot qui caractérise gaiement le cinéma des frères Guit, un cinéma joyeusement foutraque, qui sort avec détermination des sentiers battus, et vient secouer son public avec les moyens du bord, mais surtout avec panache. Un cinéma effronté, « qui n’a honte de rien, qui parle ou agit avec une grande impudence, avec cynisme ou insolence » d’après le Larousse. Enlevons le cynisme de l’équation, et on est bien dans Fils de Plouc.

Issachar et Zebulon ont un problème. Ils ont perdu Jack-Janvier, le chien de leur mère. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour eux, ça veut dire beaucoup. Ca veut dire notamment que pour le récupérer, ils sont prêts à tout. Par exemple, à gifler un enfant, se déguiser en chien, ou trucider une perruche. Pour commencer.

Fils de plouc surprend, forcément. Ce premier long métrage insolent et fulgurant, débordant (parfois beaucoup) d’une énergie irrévérencieuse, et d’un goût assumé pour la provocation, convoque un cinéma à l’esprit punk, bricolé à la maison, où chaque nouvelle scène défie la précédente dans la provocation et le mauvais goût. Sachant que le film débute sur une scène délirante de coprophagie, cela donne une savoureuse idée de la suite. Et invite le spectateur ou la spectatrice à accepter de se faire un peu malmener.

Fils-De-Plouc

Alors certes, parfois les frères Guit semblent un peu en roue libre (un hommage surement à leur société de production), mais c’est ce qui fait en partie le charme du film et sa fraîcheur. L’ensemble évoque une blague un peu douteuse mais communicative, un film de potes, mais pas de ceux que l’on sort habituellement en salle, non, plutôt ceux que l’on s’échange en gloussant par messagerie interposée. Sauf qu’ici, le tout relève d’une sorte de happening commando, qui porte au rang d’art une esthétique home-made, déclinée sur de multiples formats. Un délire pop, bien décidé à tout mettre en oeuvre pour choquer le spectateur – tout en l’incluant dans la blague, avec une abnégation qui force sinon l’admiration, du moins le respect.

Comme Issachar et Zebulon, qui courent après leur chien, leur mère, leur repas, le film court après le fantôme d’un cinéma joyeux et déglingué, mimant les scènes d’action fauchées, s’amusant des clichés, sortant les guns et les mères maquerelles.

Et si Fils de Plouc était finalement une sorte de remix improbable d’After Hours et Dumb and Dumber, passé à la moulinette de ces deux sales gosses au goût (résolument mauvais) pour la provocation et l’esthétique home-made, déterritorialisé dans les rues un peu crasseuses d’une Bruxelles bien loin des dentelles de la Grand Place, mais résolument chaleureuse et cinégénique?

Au casting, on retrouve Hapro Guit dans le rôle de Zabulon, et Maxi Delmelle (membre de la galaxie Clubb Guitos) dans le rôle d’Issachar. Autour d’eux, on retrouve la comédienne Claire Bodson, qui joue le rôle d’une mère bien éloignée de celle qu’elle jouait dans Le Jeune Ahmed (un autre film de frères…), ou encore Mathieu Amalric, et Yannick Renier, dans de savoureuses apparitions.

On est ici à des années-lumière du cinéma de papa, et oui, le résultat est souvent volontiers grossier, parfois sérieusement vulgaire, et devrait laisser sur le carreau une partie du public, pas prêt à se faire gentiment rudoyer par ce film drôle, foutraque et insolent. Mais pour les autres… on imagine déjà le film se refiler sous le manteau, à grand renfort de clin d’œil entendus.

Fils de Plouc est produit par David Borgeaud pour Roue Libre Production. Il fait partie des films produits dans le cadre de l’appel à projets lancé par le Centre du Cinéma et de l’audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, destiné aux films produits en condition légère, soit avec un budget réduit, et dans des délais raccourcis. Comme Une vie démente d’Ann Sirot & Raphaël Balboni, sorti la semaine dernière (dans un genre différent, c’est aussi ce qui fait la richesse du programme) ou encore Totem de Fred De Loof, diffusé lui aussi la semaine derrière au BRIFF, avec lequel le film partage une certaine insolence, et un goût appuyé pour l’humour scabreux.

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