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« Ghost Tropic »: voir la femme invisible

Ce mercredi 1er janvier sort Ghost Tropic, le nouveau film de Bas Devos, quelques mois à peine après son précédent opus, Hellhole. L’odyssée nocturne, contemplative et bienveillante de Khadija, la femme invisible.

Après une longue journée de travail, Khadija, 58 ans, s’endort dans le dernier métro. Elle se réveille au terminus, à l’autre bout de la ville, et doit rentrer chez elle à pied. Cette traversée nocturne l’oblige à demander de l’aide, et à en donner, à celles et ceux qui comme elle, traversent la nuit.

Ghost Tropic débute par un long plan immobile sur un intérieur modeste mais coquet, un salon vide sur lequel descend la nuit. En quelques minutes, il entraîne le spectateur, l’invite à s’installer dans un rythme contemplatif qui fait écho à Hellhole, le précédent film de Bas Devos.

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Il faut dire que Ghost Tropic est né en réaction au précédent film de Devos, déjà une ode à sa cioté, en réponse au tweet rageux de Donald Trump. Si Devos voulait montrer Bruxelles sous un jour différent, aux lendemains des attentats qui ont endeuillé la ville, certains en sont sortis déprimés, ce qui allait à l’encontre de l’objectif premier du cinéaste. Il a alors ressenti le besoin d’offrir une autre vision nocturne de sa ville. En 15 jours, ou plutôt 15 nuits, il a tourné Ghost Tropic. Une vision d’espoir, d’entraide, de bienveillance et de solidarité. Une vision lumineuse, et surtout, allégée de tout sentiment de peur.

C’est d’ailleurs l’une des choses les plus fortes qui ressorte du film. Khadija, femme seule au coeur de la nuit noire n’a pas peur. Et aucune raison, d’ailleurs, d’avoir peur. A aucun moment la peur n’est partie prenante de cette odyssée. Seuls le partage, l’attention aux autres, la solidarité émergent.

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Même si Khadija mettra toute une nuit à rentrer chez elle, même si le lendemain, elle retournera travailler dans l’ombre des géants, avec d’autres que comme elle on ne voit jamais dans l’obscurité de la nuit, c’est l’espoir qui ressort de cette traversée.

Khadija est notre guide dans la nuit urbaine, le temps étiré d’une ballade nocturne dans un espace vaporeux, un ailleurs fantasmatique dans une ville fantôme déréalisée par le coeur de la nuit. Et ce n’est pas rien que Khadija soit aussi bien sujet qu’objet de notre regard dans la nuit.

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Car c’est l’autre vertu cardinale de Ghost Tropic, de mettre en scène une femme invisible, une femme comme on n’en voit jamais ou presque au cinéma, jamais en position de mener le récit, d’en être le coeur. Khadija, une mère de famille entre deux âges, une femme de ménage, une femme maghrébine qui porte le foulard. En faisant de Khadija son héroïne, notre héroïne, Bas Devos dresse le portrait de notre voisine de porte, de tram, de métro, et à travers elle, parle d’une génération de femmes invisibles et invisibilisées. En la projetant sur grand écran, il lui redonne chair, nous rappelle que toutes nos vies nourrissent la fiction et méritent le cinéma.

Ghost Tropic sort ce mercredi 1er janvier sur nos écrans.

 

 

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