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« Mon Ket »: pari tenu pour François Damiens

Moins vous en savez sur Mon Ket, mieux c’est! On résistera donc à l’envie brûlante de vous en livrer les (nombreuses) meilleures scènes et répliques, pour vous en dire un peu plus sur un défi pourtant osé remporté haut la main par François Damiens: réaliser tout un film uniquement en caméras cachées.

Dany Versavel est une terreur. Condamné pour braquage, il décide de s’évader pour reconquérir le coeur de son fils adolescent, qui le menace de demander son émancipation légale. Evidemment, Dany ne l’entend pas de cette oreille. Son ket, c’est son ket, et il va lui prouver que son titre de père n’est pas usurpé en rattrapant 10 ans d’éducation en quelques jours. Mais une évasion, ça s’organise. Après quelques péripéties parfaitement cocasses, Dany embarque Sullivan (Sulli pour les intimes) dans un road trip azimuté, flanqué de Parrain, tuteur (?) de l’enfant, qui est peut-être bien aussi frappé que Dany.

Mon Ket fait partie de ces films dont on brûle de raconter les scènes réplique par réplique, mimique par mimique, tant François Damiens, grimé à souhait, s’en donne à coeur joie pour déstabiliser ses partenaires de jeu, les provoquer, aller les titiller là où peu oserait. C’est donc une gageure que de résister à la tentation de décrire la scène de l’hôpital, celle du parking, ou encore la confrontation avec le banquier, mais afin de préserver au mieux la surprise et l’expérience du spectateur, contentons-nous de dire ceci: chaque situation du grand show de Dany, chaque piégé (ou plutôt acteur à son insu) tient ses promesses. Chaque situation parfois presque trop absurde pour y croire emporte le spectateur dans une spirale de rires, de plus en plus francs au fil du récit. Et chaque acteur du quotidien apporte une profondeur inestimable aux scènes, à la fois en multipliant le pouvoir comique du héros, mais aussi en apportant tendresse et bienveillance, ou à tout le moins, en gardant les pieds sur terre.

Dany est bigger than life, volontairement provocateur, sans aucune gêne ni pudeur. Pour le désamorcer, il faut toute l’humanité de ses « victimes » tour à tour complices ou adversaires. Et il faut toute la maîtrise du héros et réalisateur pour marcher sur un fil pourtant ténu sans tomber ni dans la condescendance, ni dans l’abus de confiance. C’est tout un art, de flirter avec les limites, d’aller jusqu’aux frontières de la gêne, de pousser dans leurs retranchements les témoins (et acteurs) involontaires des frasques de Dany, sans jamais balancer du côté obscur du ricanement. Car on rit toujours avec les anonymes de Mon Ket, jamais de/d’eux. Des anonymes consacrés par le générique, où leurs noms s’affichent à la suite de ceux des comédiens spécialement castés pour leurs rôles.

Parlons-en, justement, de ces comédiens. Auprès de François Damiens, on retrouve deux principaux acolytes dans la confidence. Son fils, Sullivan est interprété par le jeune Mattéo Salamone, dont on admirera la prestation toute en émotion et surtout en retenue face aux pitreries de son père putatif, surtout quand on connaît les conditions de tournage. Apporter la tendresse nécessaire à cette relation père/fils malgré le dispositif relevait du défi, défi remporté haut la main par le jeune comédien. Troisième membre du trio, Christian Brahy, couvreur et président de club de foot dans le civil, compose un Parrain plus vrai que nature, presque aussi imprévisible que Dany. De l’art délicat d’être (ou d’avoir l’air) en roue libre…

François Damiens a voulu avec Mon Ket allier ses deux passions pour les caméras cachées et le cinéma, afin de toucher à l’écran une véracité que seule une mise en situation réelle pouvait lui offrir. Mais pour éviter l’écueil d’une succession de caméras cachées sans queue ni tête, et surtout, sans charge émotionnelle, il a fallu écrire, en tenant compte de l’imprévu. Le comédien a travaillé en amont avec le cinéaste Benoît Mariage, pour imaginer la trajectoire loufoque de ce personnage délicieusement outrageux, allant chercher ses failles dans son désir maladroit de paternité.

Pari réussi que celui de construire un récit homogène constitué d’une succession de scènes saisies en caméra cachées, au casting sans cesse renouvelé. Si les péripéties du récit s’enchaînent parfois de façon un peu saccadée, la tornade Versavel finit par emporter le spectateur qui acceptera de se laisser aller à un rire franc et libérateur, sans arrière-pensée. Passée une éventuelle résistance initiale face à un dispositif inhabituel et donc troublant sur grand écran, Mon Ket s’impose comme une comédie diablement efficace et étonnamment tendre sur un père prêt à tout, à commencer par le pire, pour briller aux yeux de son fils.

Mon Ket sort le 30 mai en salles, un rendez-vous immanquable!

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