« Kom hier dat ik u kus », la discrète

Sabine Lubbe Bakker et Niels van Koevorden signent avec leur premier long métrage de fiction, Kom hier dat ik u kus le portrait en creux d’une femme trop conciliante, condamnée par sa gentillesse et son souci des autres à une existence dans l’ombre de ceux qu’elle aime. Le film, sélectionné en Compétition Nationale au Brussels International Film Festival, est en lice pour le Prix Cinevox.

Sabine Lubbe Bakker et Niels van Koevorden, remarqués en 2014 avec leur documentaire, Ne me quitte pas, signent avec leur premier long métrage de fiction, Kom hier dat ik u kus (Becoming Mona) le portrait d’une héroïne du second plan, dédiée au soin des autres, ambassadrice du care qui va devoir apprendre à ne plus s’oublier, adapté du bestseller de l’autrice belge Griet Op de Beeck.

Mona a 9 ans lorsque sa mère disparait dans un accident de voiture. Dès l’entame ou presque on retrouve la petite fille dans une situation de violence émotionnelle intense. Le père, qui conduisait la voiture, s’effondre en pleine nuit devant ses enfants, quelques heures à peine après la sortie de route, s’interrogeant sur cette imprévisible erreur de conduite.

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Mona, propulsée malgré elle dans le rôle qui sera le sien pour les 30 prochaines années, se retrouve, du haut de ses 9 ans, à consoler son père, alors qu’elle vient de perdre sa mère. Suivront une succession d’évènements, de discussions, vus au travers du regard de Mona (incarnée à 9 ans par Olivia Landuyt, puis par Tanya Zabarylo, actrice beaucoup vue au théâtre et à la télévision, qui trouve là son premier grand rôle au cinéma), souvent spectatrice plus qu’actrice de sa vie.

Au fil de ces confrontations, réparties sur trois grandes périodes de sa vie, séparées par de longues ellipses, Mona fait profil bas, et apporte soutien, amour et encouragement à son père (Tom Vermeir), mais aussi à sa belle-mère (Wine Dierickx), une femme dépressive qui fait reposer sur ses frêles épaules tous les malheurs que connait son couple, à ses frères et soeurs (Tijmen Govaerts et Kyra Verreydt), à son collègue metteur en scène (Stefan Perceval), harceleur patenté dont le seul mode de communication semble être l’agression, ou encore à son compagnon (Valentijn Dhaenens), écrivain mégalomane qui semble prendre Mona, elle-même dramaturge, pour son infirmière particulière, en charge de son bien-être physique et psychologique.

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Sabine Lubbe Bakker et Niels van Koevorden avancent sur un fil très ténu, tout en captations subtiles, en effleurements. Mona parle peu, très peu. Anti-héroïne évanescente, étrangement insaisissable, elle écoute, regarde, observe. Alors avec elle, on écoute, on observe, on scrute. On scrute tout autant les émotions qui affleurent dans son regard doux et souvent résigné que les démonstrations monstrueuses d’ego surdimensionnés habitués à prendre place. A prendre toute la place, même.

A chaque nouvelle rencontre, on espère une réaction, comme un réflexe pavlovien, qui amènerait Mona à envoyer valser le défilé de relations toxiques qui empoisonnent sa vie. Inlassablement, alors qu’elle est là, sans cesse, en soutien, elle se retrouve bouc-émissaire, coupable désignée des dysfonctionnement du cercle familial, professionnel ou amoureux. On va même jusqu’à le lui reprocher, de prendre soin des autres.

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Pourtant, Mona la discrète, celle qui se cache pour pleurer dans les thérapies de groupe (incroyable scène où elle tente une expérience de type rebirth, qui semble littéralement la figer plus que la faire avancer), continue à avancer, allégorie vivante de ce que la psychologie moderne appelle charge émotionnelle ou affective. Et si elle se libère, ce sera surement à sa façon, en silence et en toute discrétion.

Kom hier dat ik u kus sortira le 17 novembre prochain en Belgique.

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