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La Belgique n’a pas perdu sa quinzaine

 » La sélection belge à Cannes, c’est un peu comme si la Chine alignait 120 films dans les différentes sections. On ne s’en rend pas toujours compte ici, mais c’est totalement incroyable ».

Bouli Lanners a le sens de la formule et le sympathique Liégeois sait bien sûr de quoi il parle puisqu’il a, à nouveau, été choisi pour nous représenter sur la Croisette. Outre les deux films de la sélection officielle (lire ICI), trois longs métrages belges (sur 21 films projetés !) ont donc été retenus dans la plus prestigieuse des sections annexes : la Quinzaine des Réalisateurs. Et pas n’importe comment, pas n’importe où. La Fée d’Abel, Gordon et Romy ouvrira les festivités et Les Géants de Bouli Lanners les clôturera . Difficile de faire plus voyant. Entre-temps, le public découvrira un film flamand singulier, Blue Bird de Gust Van den Berghe.

Créée par la Société des réalisateurs de Films après mai 68, la Quinzaine est une section parallèle du Festival de Cannes. Son objectif est simple : faire découvrir les travaux de jeunes auteurs et saluer l’avènement de cinéastes talentueux.

Indépendante de la sélection officielle, la Quinzaine des Réalisateurs est ouverte à toutes les formes de création cinématographique. Elle propose des longs et courts métrages de fiction et des documentaires. Le comité de sélection, composé de cinq personnes, est dirigé par Frédéric Boyer. Cette section est non compétitive, mais les oeuvres qui y sont projetées peuvent très bien être récompensées par des prix annexes. Il y a trois ans, Eldorado, le deuxième long de Bouli, présenté dans la même section, sous les applaudissements, est reparti de Cannes avec trois trophées. Pas moins.

Prestigieuse vitrine, la Quinzaine des Réalisateurs a fait découvrir en France les premiers films de Werner Herzog, Rainer Werner Fassbinder, Nagisa Oshima, George Lucas, Martin Scorsese, Ken Loach, Jim Jarmusch, Michael Haneke, Chantal Akerman, Spike Lee, Sofia Coppola et… Luc et Jean-Pierre Dardenne. Pas mal, non ?

Le fait que Bouli Lanners y revienne déjà signifie beaucoup. Rarement a-t-on vu un acteur passer avec autant de grâce derrière la caméra. À chaque nouveau long métrage, Bouli ajoute des raisons de le louanger. Doté d’un sens esthétique très au-dessus de la norme (il est aussi peintre, cela expliquant sans doute ceci), il excelle à faire de chaque plan un ravissement pour les yeux. Jusqu’ici, personne n’avait filmé comme lui les grands espaces wallons. Comble de délices, Bouli Lanners ajoute à cette maîtrise technique et visuelle un humanisme poignant qui permet à ses personnages d’irradier. Entre comédie et émotion, éclats de rire et gorge serrée, Les Géants ne laissera personne indifférent. L’inévitable succès critique devrait, en toute logique, se doubler d’un vrai succès public.

Pour Abel, Gordon et leur pote Jean-Luc Romy, Cannes devient également une (bonne) habitude.  La Fée, le troisième long métrage du trio le plus désopilant qui soit, ouvrira donc la Quinzaine des Réalisateurs. Un magnifique coup de zoom pour cette tendre histoire d’amour féerique qui mélange, comme d’habitude les scènes hilarantes et une émotion brute. Abel et Gordon sont des auteurs de peu de mots. Chez eux, c’est avant tout les corps qui parlent. Les corps qui se guettent, se heurtent, s’aiment; parfois maladroitement, mais toujours passionnément.

Sélectionné cette année avec Blue Bird, le réalisateur flamand Gust Van den Berghe en est aussi à sa deuxième sélection cannoise. Le plus étonnant est que sa première apparition sur la Croisette remonte … à l’année dernière. Si on ne s’ébahirait pas forcément d’une telle performance dans le cadre d’un festival de courts métrages, ce doublé a ici de quoi laisser pantois.  Après le curieux En waar de sterre bleef stille staan, qui baignait dans un surréalisme très belge, Blue Bird nous plonge dans un monde merveilleux, imaginaire et bouleversant. Nos confrères flamands se sont bien sûr intéressés au film et au très jeune réalisateur (né en 85!) que vous pouvez découvrir dans la capsule actuellement diffusée en salle et sur la version néerlandophone de Cinevox.

On dit souvent le Belge trop modeste. Aligner trois films dans une section comme la Quinzaine des Réalisateurs, un autre en sélection officielle et voir un acteur comme Olivier Gourmet en tête d’affiche d’un film franco-belge entouré d’une kyrielle de stars françaises n’a pourtant rien de banal. Il s’agit d’un exploit qui récompense les qualités d’un cinéma original, touchant et fort.

N’y aurait-il que le public belge (et encore… plutôt le seul public belge francophone) pour ne pas le remarquer et s’en réjouir?

 

 

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