« Le Dormeur éveillé », anatomie du sommeil

« Je me sens bien la nuit car je sens qu’elle peut m’appartenir ». Avec Le Dormeur éveillé, Boris Van der Avoort nous entraine au coeur de la nuit, et s’interroge et nous interroge sur notre rapport au sommeil. 

Boris Van der Avoort souffre d’insomnies. Souvent, entre 2h et 5h du matin, il se réveille. Ce manque de sommeil semble influer sur la qualité de son éveil. Il se penche alors sur la situation, et se lance dans une sorte de journal filmé de ses insomnies. Mais très vite, les questions se succèdent: pourquoi lutter contre l’insomnie, et non entrer différemment dans la nuit? Et d’ailleurs pourquoi dort-on la nuit, ou plutôt, pourquoi devrait-on dormir la nuit?

Le-Dormeur-Eveille

Le cinéaste prend du recul, s’éloigne de son cas particulier pour observer les autres, le monde, la nuit. Comment fait-on, ailleurs? Comment les règnes animaux et végétaux appréhendent la nuit? Son enquête l’entraine sur les traces des autres espèces, mais aussi à travers l’histoire. Il remonte le temps. S’aperçoit que le sommeil d’une traite, bien calé, de 23h à 7h, n’a rien d’une évidence, que longtemps, les humains dormirent de façon fragmentée. Au Moyen-Age se pratiquait le dorveille, un sommeil segmenté en deux phases.

A l’image de Balzac qui dormait en soirée, puis écrivait de minuit à 7h du matin quand la charge de son travail romanesque le lui imposait, les hommes et les femmes du Moyen-Age se levaient au milieu de la nuit, vaquaient à des occupations qui se prêtaient à cet entre deux mondes, puis retournaient se coucher.

Le-Dormeur-Eveille

Le film emprunte les atours de la nuit, distillant une atmosphère onirique, où le son et l’image se croisent et se décroisent, multipliant les digressions, comme dans un état de jubjotage, où l’on essaie de retourner dans un rêve dont on vient de s’éveiller pour en connaître la fin.

L’auteur se met en scène dormant, performant le sommeil pour mieux l’apprivoiser, le laisser venir. Il aborde plusieurs thérapies, des plus inconscientes aux plus invasives. Au fil de son enquête, on s’émerveille de sa poésie, on se passionne pour la nuit, si mystérieuse, on s’interroge sur son propre rapport au sommeil, addiction, soumission, insubordination.

Le film est à découvrir dès ce mercredi à la Cinematek@Flagey.

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