« L’Employée du Mois »: la comédie au travail

Avec L’Employée du Mois, présenté ce vendredi au Brussels International Fantastic Film Festival, Véronique Jadin livre une comédie au vitriol sur le monde de l’entreprise, le patriarcat, les privilèges, portée par un casting qui s’amuse à pousser les curseurs toujours plus loin.

Inès est une fille bien. Bien habillée, bien coiffée, bien rangée même, toujours discrète, et toujours aux petits soins pour ses collègues. L’éternelle employée modèle. Inès, c’est un peu la « maman » du bureau, c’est elle qui s’occupe des commandes, de la compta, du standard, de la logistique, des RH et du PQ. Inès aime quand tout est bien net, et ça tombe bien, car son entreprise, sa vie, sa famille même, vend des produits nettoyants. Et ce qu’il y a de bien dans les sociétés qui vendent des lavettes, c’est que tout est toujours bien propre. Même les scènes de crime.

Parce qu’elle a beau être prête à endurer bien des brimades et des sévices (52 semestres sans augmentation, notamment), faudrait peut-être voir à pas pousser Inès dans les orties. Sur un malentendu… elle pourrait voir rouge. Alors quand sonne l’heure des renégociations salariales, dont elle est une fois de plus le dindon de la farce, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase – et on l’a déjà dit, Inès n’aime pas du tout quand c’est sale.

Avec la complicité d’abord réticente puis presque enthousiaste de sa jeune stagiaire Melody, la fille de l’ancienne femme de ménage qui se dit que décidément, rien n’a changé dans cette boîte sérieusement sexiste et raciste depuis l’époque de sa mère, Inès a la vengeance qui la démange. Et gare à qui se trouve sur son chemin…

Avec L’Employée du mois, Véronique Jadin s’en donne à coeur joie pour dénoncer les travers sexistes et racistes du monde de l’entreprise. A travers le portrait déjantée d’une sorte de Dexter des serpillières, elle scrute les travers, ou plutôt les profondes tares du monde du travail. On s’y complait entre hommes dans un climato-scepticisme de bon ton, se gaussant des enjeux environnementaux et d’égalité hommes/ femmes, notamment lors d’une savoureuse scène de coaching où Laurence Bibot jargonne avec délectation, prônant un managing disruptif porté par un leadership boostant la marque employeur (ou quelque chose dans le genre). Alex Vizorek enchaine avec une jubilation communicative les blagues à deux balles, tandis qu’Achille Ridolfi et Christophe Bourdon, Jean-Pierre et Jean-Paul, jouent les Dupond et Dupont d’occasion. Quant à Peter van den Begin, impeccable, as usual, il excelle dans le rôle du patron terriblement sympathique mais abominablement abusif.

Employée-du-mois

Face à cet aréopage d’affreux collègues, Inès encaisse jour après jour les petites vexations et les inadmissibles abus. Quand débarque Melody, jeune stagiaire qui a les yeux bien en face des trous et la langue pas dans sa poche, le franc tombe soudain, et Inès comprend à quel point elle est insignifiante aux yeux de sa société, et peut-être même de la société en général. Quand arrive la mort accidentelle de son patron, c’est un cercle vicieux qui s’enclenche. Vicieux, ou pas d’ailleurs. Peut-être même a-t-il certaines vertus, ce cercle qui lui ouvre enfin les yeux.

Dans le rôle d’Inès, on retrouve Jasmina Douieb (comédienne et metteuse en scène de théâtre recherchée, découverte par le grand public dans La Trêve, dans le rôle de la très torturée psy Jasmina Orban) là où on ne l’attendait certainement pas, dans le rôle d’une serial killeuse malgré elle, que le sens des convenances à toute épreuve rend étonnamment pince-sans-rire.

Face à elle, une nouvelle venue au cinéma, Laetitia Mampaka, championne d’éloquence, qui apporte toute sa spontanéité au personnage de Melody. Une découverte, et une présence bienvenue au cinéma, souvent frileux quand il s’agit d’offrir des castings qui reflètent la diversité de la société belge.

On prend également plaisir à retrouver à l’écran, dans ce film 100% belge, Philippe Résimont, Ingrid Heiderscheidt ou Thomas Ancora.

C’est donc une comédie grinçante, politique, résolument féministe et joyeusement outrancière que livre ici Véronique Jadin avec ce premier long métrage.

 

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