Lenny & Harpo Guit: « Notre leitmotiv? comment faire en sorte que la nouvelle scène soit encore pire que la précédente! »

Alors que leur premier long métrage, Fils de plouc, sort ce mercredi dans les salles belges, retour sur ce projet déjanté avec les jeunes cinéastes Lenny & Harpo Guit. Un film tellement barré qu’il vient de recevoir un prix spécial au Fifigrot, Festival du film de Groland, alors qu’il n’y était même pas sélectionné, prix attribué en son âme et conscience par Michael Kael aka Benoît Delépine en personne, qui venait de découvrir le film au BRIFF!

Pouvez-vous revenir rapidement sur votre parcours ?

Lenny

Je suis entré à l’IAD pour faire du montage à 18 ans, et Harpo m’a rejoint à Bruxelles où il est entré au Conservatoire en théâtre. Nous faisions déjà des petits films adolescents, dont certains ont été sélectionnés en festival. Nous avons alors commencé à écrire notre premier long métrage, nous avons déposé une demande d’aide quand nous avons vu l’appel à projets en production légère, et tout s’est enchaîné…

Harpo

Nous avions essayé de financer le film autrement, nous étions prêts à le faire avec zéro euro, du coup l’opportunité était trop belle.

Qu’est-ce qui a nourri cette envie de cinéma à l’origine ?

Harpo

Notre père est réalisateur, et nous montre des films depuis notre plus tendre enfance, c’est comme ça qu’est née notre cinéphilie.

Lenny

On adore voir des films, toujours plus, c’est une vraie gourmandise, de tous les genres, de toutes les époques. Une cinéphilie sans snobisme transmise par notre père. On a gardé cette curiosité.

C’était une évidence pour vous d’écrire une histoire de frères pour ce premier film ?

Lenny

On voulait faire un buddy movie à la base, suivre deux personnages, obligés de passer tout leur temps ensemble, mais qui se détestent. Deux personnages qui sont à ce point liés qu’ils ne peuvent pas se quitter. Donc deux frères, c’était une évidence.

Comment définiriez-vous votre cinéma ? A première vue, on pourrait parler d’un croisement entre un cinéma commando, et un cinéma un peu bricolé, home-made ?

Harpo

C’est un peu tout ça. On a vraiment appris avec rien, on devait trouver des idées marrantes et astucieuses. On retrouve clairement cet ADN dans le long, d’autant que s’il était financé, le budget était quand même limité.

Lenny

C’est aussi une esthétique qui nous plait beaucoup. Les contraintes nous ont permis de développer un style qu’au final on aime bien.

Il y a ce côté très ludique dans la réalisation. Quels étaient vos univers de référence ?

Harpo

On admire énormément le cinéma italien des années 60/70, les comédies américaines, mais aussi les BD et les mangas.

Lenny

On essaye de piocher des idées un peu partout, et de nous appuyer sur ces références. Par exemple, on aime beaucoup After Hours de Scorsese, ce personnage auquel il arrive plein d’aventures sur une période restreinte, le temps d’une nuit. On adore aussi Beavis & Butthead, ce dessin animé américain autour de deux ados débiles qui se font voler leur télé.

Le point commun entre tout ça, mais aussi John Waters ou Jackass, que l’on a cités à propos de Fils de plouc, c’est l’irrévérence.

Harpo

Oui, ce sont des gens qui ont voulu aller loin, dépasser les limites. On essaye aussi d’aller dans des zones inconfortables.

Lenny

On a écrit le film de façon linéaire, et notre leitmotiv, c’était : comment faire en sorte que la nouvelle scène soit encore pire que la précédente ? On visait la surenchère, en somme.

Le film commence d’ailleurs par une scène marquante… de coprophagie.

Harpo

En fait, on s’est posé cette question : quelle est la meilleure façon de commencer un film pour que les gens aient (potentiellement) immédiatement envie de l’arrêter ? Ça nous semblait être une bonne idée… Ça vient en fait d’une vidéo d’amis qui trainait sur YouTube, où ils se faisaient une blague, ils avaient piégé l’un de leur pote en lui faisant manger des excréments.

Lenny

On s’est dit que ça ferait une bonne scène d’introduction, pour ancrer et présenter les personnages.

C’est un film qui a une vraie liberté de ton, est-ce que c’est aussi une question de conditions de production, est-ce que ce « petit budget » était aussi gage de liberté ?

Lenny

En fait pour nous, même ce budget-là, c’était du bonus ! On pouvait enfin payer des gens (rires). Bon, c’est vrai qu’on a dû faire des choix, parfois nous étions un peu justes, mais en vrai, ces contraintes on les aime bien. Elles nous obligent à rester attentifs sur le tournage, et à être créatifs pour trouver des idées qui fonctionnent aussi bien financièrement que narrativement.

Harpo

Le fait de ne pas avoir beaucoup d’argent nous a permis de faire ce qu’on voulait, ou presque. Le producteur nous faisait confiance, et on a pu garder nos idées. Dans ces conditions, on aime bien l’idée de faire des films pas chers !

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