« Les mots de la fin »: exploration sensible de la question de la fin de vie

Un cabinet de consultation, dans un hôpital public, en Belgique. Un médecin y reçoit des patients : des hommes et des femmes, souvent accompagnés d’un proche. La plupart sont gravement malades, et ils le savent… Ils sont venus pour parler de leur fin de vie…

Ainsi vont Les Mots de la fin, exploration sensible de la question de la fin de vie choisie. Les réalisatrices, Agnès Lejeune et Gaëlle Hardy (à qui l’on doit le très fort Au bonheur des dames, qui revenait sur le quotidien des employées « Titres-Services »), se penchent sur une frontière, celle qui sépare vie et mort, au bord de laquelle marchent les patients qui visitent la consultation consacrée à la fin de vie du Centre hospitalier de Liège.

Une vieille dame entre dans le cabinet. Elle pose les mots. Elle souhaite planifier une euthanasie. On constate ce qui peut apparaitre dans un premier temps comme un paradoxe. Une fois l’euthanasie évoquée, comprise, et acceptée reviennent le sourire et la tranquillité. Comme si l’on disait à la patiente: « Vous allez mourir, mais vous allez choisir les circonstances, soyez rassurée ».

Les patients qui s’installent dans le bureau viennent y chercher une écoute, et une liberté, qui se trouvent dans la dignité de pouvoir, en cet instant ultime, choisir leur fin. »Pour moi il n’y a aucun problème, c’est pour ceux qui restent. » Ceux-là sont d’ailleurs souvent l’objet des interrogations du médecin. Sont-ils au courant? Sont-il en paix avec ce choix? Sont-ils un soutien?

Le film déroule la parole des patients. C’est leur parole que recueillent les réalisatrices, parole offerte à l’écoute du médecin qui les accompagne. Dans ce bureau où renaissent les sourires se succèdent les histoires de vie, entre mélancolie et soulagement, mais toujours dans la dignité. Ici, le discours est intime. Dehors, il est politique, en témoignent les nombreux patients français qui consultent en Belgique.

Le film écoute également la parole des praticiens, leurs interrogations, leurs doutes parfois, leurs frustrations aussi. Sous une forme très classique, il choisit de laisser hors champ l’euthanasie, le dernier rendez-vous passe par la voix.

Et puis dans un dernier mouvement, qui toujours a soutenu avec empathie et humanité les patients baisse la garde. Se souvient d’un jour, une fois, une patiente, tellement jeune. L’émotion qui affleurait dans la voix déborde enfin. Car si la mort est naturelle, si elle est le point commun de tous les êtres vivants, si elle est un sujet qui a toute sa place dans les débats publics et privés, elle n’en reste pas moins un moment fort, bouleversant. Elle n’est jamais banale. Et les mots, toujours aussi urgents, restent.

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