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Marion Hänsel, 1949-2020

C’est avec une immense tristesse que nous venons d’apprendre le décès de l’autrice, réalisatrice et productrice Marion Hänsel ce lundi 8 juin 2020.

Avec près de 15 longs métrages dans sa filmographie, mélange intrigant et fort entre adaptations littéraires et créations originales, elle s’est imposée dans le paysage cinématographique belge et mondial avec une oeuvre puissante, exigeante et éminemment personnelle, notamment son dernier film, Il était un petit navire, mémoires poétiques et filmées, qui s’impose aujourd’hui comme un testament cinématographique terriblement émouvant. Au fil de sa carrière, son cinéma a croisé des Prix Nobel, adapté des Goncourt, été sélectionné à Cannes et Venise (où elle remporte le Lion d’Argent pour Dust, adaptation de J.M. Coetzee avec Trevor Howard et Jane Birkin).  Du Pacifique à l’Afrique du Sud, de Djibouti à Hong Kong, sa filmographie offre un voyage à travers le temps et l’espace, aussi lettré que spectaculaire.

Marion Hänsel était l’invitée il y a quelques jours de notre podcast, « Les Rituels », dans lequel elle se livre avec tendresse, humour et générosité sur la place que l’écriture occupait dans sa vie et son quotidien. Elle y revient sur son enfance, marquée par une profonde dyslexie, ses premiers contacts avec l’écriture, ses nombreuses rencontres avec des romans qui semblaient l’appeler et qu’elle adapta au cinéma, ses petites manies et son amour de l’écriture, la grande et la belle écriture, toujours sur du papier, si possible à la plume, les histoires dont elle rêvait, ses tentatives de co-écriture ratées, et cette soif, toujours, d’écrire.

Vous pouvez la ré-entendre ici:

 

Biographie

De nationalité belge, Marion Hänsel est née le 12 février 1949 à Marseille. Autrice, réalisatrice, productrice et comédienne, elle s’est produite dans divers théâtres d’avant-garde bruxellois avant d’entamer une carrière de réalisatrice de courts et de longs métrages.

Élue « Femme de l’année » en Belgique en 1987, elle fait partie de cette génération de réalisateurs qui ont permis d’universaliser le cinéma belge en abordant des sujets touchant l’inconscient de tous les peuples.

Marion Hänsel a grandi à Anvers. La réalisation n’est pas une vocation pour Marion qui envisage plutôt de devenir comédienne. Très tôt, elle se passionne pour le théâtre et entre, en 1967, à l’Institut des Arts de Diffusion (IAD). Mais le type d’enseignement, composé d’une multitude de cours théoriques, ne lui convient pas. Elle passe alors une audition au Théâtre des Galeries et au Théâtre des Quatre Sous et apprend le métier sur le tas, en jouant. Pour se rapprocher du cinéma, elle part ensuite à New York pour suivre les stages de l’Actor’s Studio de Lee Strasberg. De retour en Europe, elle entre à l’Ecole du Cirque d’Annie Fratellini à Paris. Elle écrit alors Équilibres, un court métrage qui lui permettra de faire ses gammes de réalisatrice. Elle crée sa société Man’s Films en 1977, dans le but de réaliser ce court-métrage. En 1982, Marion Hänsel réalise son premier long métrage, Le lit, d’après un roman de Dominique Rollin. Ce film grave, fort, dur, maîtrisé et empli d’émotion ne remporte pas un énorme succès commercial, mais est couronné par le Prix Cavens, meilleur film belge. En 1983, naît son fils Jan.

« Le Lit »

Marion deux ans plus tard, adapte Dust, le roman du Sud-Africain J.M. Coetzee qui gagnera le Prix Nobel de Littérature en 2003. Le film, dont les personnages principaux sont interprétés par Trevor Howard et Jane Birkin, obtient le Lion d’argent à Venise (premier film belge couronné à ce Festival) et remporte un succès international. En 1987, elle réalise Les Noces barbares, une adaptation de l’ouvrage de Yann Queffelec, prix Goncourt 1985. La même année, Marion Hänsel est élue « Femme belge de l’année » et devient Présidente de la Commission de Sélection des Films de la Communauté française de Belgique, une fonction qu’elle quitte rapidement pour y revenir entre 1996 et 1997 et en 2002. Ensuite viennent Il Maestro en 1989, Sur la terre comme au ciel en 1991, Between the Devil and the Deep Blue Sea en 1995 (sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes), The Quarry en 1998, Grand prix des Amériques à Montréal, ou encore Nuages: lettres à mon fils en 2001. Ce dernier, véritable ode à la terre et à la vie, comporte une profonde dimension écologique.

« Between the Devil and the Deep Blue Sea »

En 2006, elle réalise un film tourné dans les déserts de Djibouti Si le vent soulève les sables. Le film a participé à plus de 50 festivals et a remporté une vingtaine de prix. En 2010, c’est Noir Océan adapté de deux nouvelles d’Hubert Mingarelli et qui se passe sur un navire de la Marine française dans le Pacifique. La Tendresse (2013) est un road-movie et comme son titre l’indique, un feel good movie. Le duo Marilyne Canto/Olivier Gourmet est lumineux. En 2016, elle retrouve Olivier Gourmet dans En amont du fleuve, encore un scénario original, où le comédien belge retrouve Sergi Lopez lors d’une odyssée fraternelle aux confins de la Croatie. A l’automne dernier enfin sortait son dernier film, Il était un petit navire, dont nous vous parlions ici.

« En amont du fleuve »

Egalement productrice, elle a notamment accompagné No Man’s Land de Danis Tanovic, Oscar du Meilleur film en langue étrangère en 2002, 25 degrés en hiver de Stéphane Vuillet en 2005, Diego Star de Frédéric Pelletier en 2013, Zagros de Sahim Omar Kalifa en 2018, ou encore Les Chemins de la mémoire de Jose Luis Penafuerte, Magritte du Meilleur documentaire en 2011. Il y a quelques mois, la cinéaste Caroline Dhont revenait sur ce parcours exceptionnel dans le documentaire Par-delà les nuages: le cinéma de Marion Hänsel.

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