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Mehdi Dehbi: « Le travail, c’est le plus important dans notre métier »

Rencontre avec le comédien belge Mehdi Dehbi, de passage en Belgique à l’occasion du Waterloo Historical Film Festival. Désormais installé à New York, après avoir vécu à Los Angeles ou Mexico, il vient de passer 6 mois dans le désert du Nouveau Mexique pour tourner Messiah, une série Netflix. Il nous parle de son itinéraire et de son actualité.

D’où venez-vous ?

Je suis né en Belgique, et déjà petit, j’avais une sorte de feu, d’instinct de survie. Je ressentais le besoin de trouver une sortie de secours, pour trouver ma trajectoire dans la vie, surtout un terrain d’expression où trouver des clés sur la personne que j’allais devenir. C’est arrivé très tôt, sans que je l’exprime comme ça, évidemment.

Vers 8 ans, il y a eu un premier concours de musique, d’écriture de chanson. Une petite pierre après l’autre, j’ai tracé mon chemin. J’ai eu le courage de suivre le chemin qui m’a été offert. Il y a une sorte de contrat entre le divin et moi, le parcours, et ce qu’il faut pour le nourrir. Ca a l’air un peu poétique peut-être, mais c’est comme ça que je vois ma vie, et mon métier.

Ce chemin, c’était le jeu, la danse, le théâtre, la musique?

J’ai commencé par écrire des chansons, j’en écrivais partout, tout le temps. J’étais à l’Académie de Liège, et ce qui est un peu mystique, c’est que cette académie était avant un hôpital… où je suis né! Dans les couloirs de l’ex-hôpital, on entendait des violoncelles, du piano… Un lieu un peu magique pour moi. C’est là que tout a commencé en fait. J’y ai commencé à comprendre ce que c’était être sur scène. J’ai appris à m’affirmer, compris la beauté du jeu, ce que ça pouvait apporter, à soi et aux autres. La force du théâtre.

Dans « Je ne suis pas mort »

Quels ont été vos premiers contacts avec le cinéma?

J’ai fait des concours Graine de top, des spots pour la RTBF. Et puis à 15 ans, ma prof de théâtre m’a proposé de passer une audition, alors que j’avais l’air bien trop pour le rôle. Le Soleil Assassiné s’est avéré être un projet clé pour moi. Un film d’auteur, qui parle de choses fortes, et qui m’a responsabilisé dans ce que c‘est d’être acteur, m’a montré comment les enjeux peuvent être extrêmement complexes. C’était d’une intensité invraisemblable. J’ai clairement mûri avec ce film.

Ce film a ouvert des portes?

Moi les portes qui s’ouvrent avec un projet, je n’y crois pas vraiment. Je crois que les portes qui s’ouvrent, on se les crée soi-même, en étant ouvert aux autres, aux projets. Si on ne fait pas un travail sur soi, je ne crois pas au coup de chance. Je crois en l’humain, et dans le travail. Je crois que c’est le plus important dans ce métier, le travail. Je sais que les coups de grâce qui m’ont été offerts, ce sont des coups qui viennent équilibrer des coups de blues.

Mais c’est vrai que Le Soleil Assassiné m’a permis de voyager. Le film était notamment sélectionné au Festival de Venise. J’étais tellement heureux d’y croiser l’une de mes idoles, Omar Sharif, ce merveilleux comédien qui a transcendé les frontières, malgré sa couleur de peau, qui a été au-devant du monde, qui parle de nombreuses langues…

Toujours à Venise, autre petite anecdote. On était dans la voiture vers la première du film, avec de belles vitres teintées, en mode sta Et puis soudain, je vois quelqu’un se pencher pour voir qui pouvait être dans la voiture… C’était Johnny Depp! C’est fou, il incarne pour moi la liberté au cinéma, et il était là, au même endroit, au même moment. C’était vraiment un rêve pour moi à l’époque.

Avec Judith Magre dans « La Folle Histoire d’amour de Simon Eskenazi »

Votre carrière se déploie sur de nombreuses disciplines, c’est un choix?

C’est plus un instinct qu’une volonté. Je savais dès tout petit que je voulais faire ça. Alors j’ai suivi le fil, j’ai toujours su que je voulais raconter de belles histoires. Mon but, c’était d’élargir ma connaissance de moi-même à travers mon métier. Et l’élargissement passer par l’autre et l’ailleurs. Je n’ai d’ailleurs jamais travaillé en Belgique, finalement.

Vous êtes le héros de Messiah, une série Netflix qui devrait être diffusée incessamment sous peu?

Je ne peux pas en dire grand chose, la production souhaite laisser planer le mystère… Pour moi, vivre et jouer, ce sont deux choses qui avancent sur des lignes parallèles, un peu en miroir. Il s’est passé un truc un peu mystique dans ma vie. Il y a des rôles qui m’ont appris la vie, qui je devais devenir. Et là pour ce rôle, il a eu tellement de signes, de symboles, de choses fortes qui m’ont traversé, que je crois que c’est l’expérience la plus bouleversante de ma vie. Un véritable appel, un calling!

C’était 6 mois de tournage, au Nouveau Mexique, un lieu invraisemblable. Des cieux magnifiques. Il y a une force dans ce lieu, toute la force du passé de ce continent. 

C’est un drame géopolitique, l’histoire d’une figure messianique qui fait son apparition dans le monde d’aujourd’hui. Dans une atmosphère un peu apocalyptique. Comment le monde – les politiques, les médias, les citoyens – va réagir à quelqu’un qui parait être un nouveau venu? C’est une série de l’Australien Michael Petroni, un homme avec un coeur et une âme très larges. Et quand ça rencontre le métier qu’on fait, c’est magnifique. On a vraiment tourné dans des conditions de cinéma en plus. On n’avait que deux réalisateurs pour les 10 épisodes, ce qui est vraiment rare pour des séries.

On est dans un monde qui est en train de tourner, et ça amène du vertige. Et je crois que cette série apporte un peu d’oxygène. Je suis persuadé qu’il n’y a que l’art qui peut faire bouger l’humain, aider les gens à respirer autrement. J’en ai fait l’expérience dans ma propre vie.

Dans « Mary reine d’Ecosse »

Comment êtes-vous arrivé sur cette série?

Quand mes agents m’ont envoyé l’invitation pour l’audition, je sortais de 10 jours de méditation Vipassana, où on est coupé de tout, des engins électroniques bien sûr, mais aussi sans stylo ou carnet. J’étais de passage 24h à San Franciso, avant de repartir en Inde pour un stage de yoga. J’étais vraiment dans une énergie particulière, à libérer mon âme, mon coeur et mon corps de toutes les toxines.

Alors que j’étais en Inde, on me demande de passer une deuxième audition. Je me retrouve dans un petit cyber café au fin fond de l’Inde à discuter par skype avec Michael Petroni. C’est presque invraisemblable. C’était un vrai bonheur, et une panique totale.

J’ai eu 6 mois entre le casting et le tournage pour travailler. J’ai vu tous les films et séries avec des figures messianiques, et j’ai vu tous les pièges dans lesquels je ne souhaitais pas tomber! J’ai lu sur Krishna, le Christ, le gourou Osho, j’ai vu comment ils parlaient aux gens, comment ils entrer en contact. Comment ils se tiennent. C’était un vrai défi, cette série, mais un vrai plaisir aussi.

 

Quelques mots sur Messiah…

Messiah suit Al-Masih, joué par Mehdi Dehbi, un homme venu du Moyen-Orient et suivi par un groupe de fidèles. Ces derniers prétendent qu’il est envoyé par Dieu lui-même. D’autres personnes remettent en question son identité et avancent le fait qu’il s’agit d’un escroc dangereux qui pourrait faire tomber l’ordre géopolitique mondial établi, causant par la même occasion un chaos civil.

La série sera racontée du point de vue des croyants et des sceptiques. Parmi eux, un jeune agent de la CIA, un officier israélien du Shin Bet, un prédicateur latino et sa fille texane, un réfugié palestinien et les médias.

Aux côtés de Medhi Debhi, on retrouve l’actrice l’américaine Michelle Monaghan, ainsi que le Français Tomer Sisley.

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