« Mon père est une saucisse », réinventer sa vie

Photo: Kris Dewitte

Avec Mon père est une saucisse, son premier long métrage écrit par le renommé Jean-Claude Van Rijckeghem, Anouk Fortunier livre une comédie familiale pop et rafraichissante sur la liberté que l’on trouve à se réinventer, et suit les aventures d’un duo père-fille surprenant et enthousiasmant, en quête de son identité, et de sa vraie place au monde.

Mon père est une saucisse part d’un postulat loufoque (un comptable, en pleine crise de la quarantaine, décide de se tourner vers ses premières amours, le théâtre, pour finir déguisé en saucisse vegan dans une pub télé), pour proposer un conte moderne à la fois poétique et terre-à-terre sur le burn out, destiné à un public d’enfants et de jeunes adolescents que l’on prend au sérieux.

A l’aube de l’adolescence, Zoé observe en retrait mais avec sagacité la petite comédie du bonheur que semble jouer sa famille, chacun remplissant à merveille son rôle, connaissant le script par coeur, ne changeant jamais une ligne du scénario mettant en scène la famille parfaite. La maison, au coeur de Gand, est décorée avec goût et parfaitement rangée. Maman, chef d’entreprise à succès, est en voyage d’affaire, papa travaille dans une grande banque et jongle avec les chiffres. Sa grande soeur alterne les répétitions de violon et les révisions pour l’école, tandis que son grand frère… Bon, son grand frère tendance survivaliste vit cloîtré dans la cave, mais passons.

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Photo: Kris Dewitte

Alors quand le père abandonne son travail de banquier sur un coup de tête pour devenir acteur, la mère est tout sauf contente. Elle a déjà bien assez de soucis, à devoir porter sur ses épaules le poids de la chocolaterie familiale léguée par son père, et son rayonnement international. Zoë est la seule à croire en son père et se lance dans l’aventure avec lui.

Il faut dire que la jeune fille a elle-même des comptes à régler avec sa place dans le monde. Elle va donc accompagner son père dans sa quête, trouvant enfin dans cet adulte en pleine remise en question un modèle qui ose remettre des couleurs dans sa vie en se reconnectant avec son âme d’enfant. Ils vont se soutenir et s’épauler, s’encourager et s’admirer, le père va se réinventer, quand la fille elle va enfin pouvoir s’inventer librement. Et ce n’est pas un hasard si pour se réinventer, Paul se remet à jouer littéralement, si c’est sur les planches (même celle d’un cours) ou devant la caméra (même celle d’une publicité) qu’il va se retrouver, laisser renaître le jeune garçon, celui qui oser encore s’amuser.

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Photo: Kris Dewitte

Cette renaissance se double néanmoins chez Paul d’un certain questionnement sur sa place et son rôle de père et d’époux, comment assumer ses responsabilités tout en déployant sa personnalité. Chez sa mère, cet éveil soudain, cette mid-life crisis salutaire vient là aussi rebattre les cartes, l’invitant elle aussi à se reconnecter avec sa propre créativité, à revoir ses plans de carrière, non pas pour tout envoyer valser, mais plutôt pour mieux s’écouter.

Le film s’impose par cette capacité à regarder son public droit dans les yeux, et grâce aux performances habitées de la très jeune Savannah Vandendriessche, déjà à l’affiche de Rosie & Moussa, de l’excellent Johan Heldenbergh (le héros d’Alabama Monroe ou de La Femme du gardien de zoo) ou encore de Hilde De Baerdemaeker, que l’on voit beaucoup à la télévision flamande.

On retiendra également les très séduisantes séquences animées, qui viennent faire écho à la vie intérieure de Zoé, à ses questionnements sur l’équilibre entre nos parts créatives et nos parts rationnelles, notre cerveau droit et notre cerveau gauche, et qui rythment avec pertinence et poésie le récit.

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Photo: Kris Dewitte

C’est l’une des forces d’une poignée de réalisatrices du jeune cinéma flamand, que de s’adresser à un jeune public avec sérieux et fantaisie sur des sujets âpres et terriblement contemporains, le burn-out ici, donc, mais aussi les sans-papier dans Binti de Frederike Migom, ou encore la vie dans les grandes tours urbaines dans Rosie & Moussa de Dorothée van den Berghe.

Mon père est une saucisse, réalisé par Anouk Fortunier, est une adaptation par le scénariste flamand Jean-Claude Van Rijckeghem  (Vincent, Brasserie Romantiek, Oxygène, Moscow Belgium) d’un roman jeunesse d’Agnès de Lestrade. Le film sort ce mercredi 23 juin.

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