Nimetulla Parlaku et le cinéma immédiat: le plaisir de faire un film

Rencontre avec le cinéaste Nimetulla Parlaku, qui signe l’inclassable Le Lion Belge, sorti hier en collaboration avec Flagey et la Cinematek.

Pourquoi Le Lion belge?

Le Lion belge, c’est avant tout le désir de faire un film sans devoir faire un film, c’est à dire sans passer par des procédures très chronophages pour les réalisateurs, et où l’on attend, avant tout chose, avant de pouvoir créer, tourner. C’est du cinéma immédiat. On a décidé de faire le film ensemble, avec les technicien·nes et les comédien·nes, sans se poser de questions, sans avoir à le financer. On s’est offert le plaisir de faire ce film.

C’est moi qui suis venu avec l’idée d’origine, j’avais lu un fait divers qui s’était passé en Tanzanie en 2014, l’histoire d’un dentiste américain parti chasser le lion, qui avait fait scandale. Je trouvais ça intéressant de transposer l’idée en Belgique. Il a payé une somme équivalente à 20 ans de salaire en Tanzanie, soit ici à peu près 500.000€. J’aimais bien cette idée burlesque, d’organiser une chasse au lion en Belgique, l’occasion de questionner le passé colonial belge, et la symbolique du lion en Belgique.

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Qui sont vos comédien·nes?

C’est une profession que j’admire, celle de comédien·ne, je la trouve très difficile, je suis toujours ébahi par la façon dont les comédien·nes parviennent à rendre vivantes les choses. Mon lien avec mes comédien·nes est avant tout personnel, je les fréquente dans la vraie vie, et je les aime.

On a travaillé aussi autour de ces liens, il avait beaucoup d’espace. C’est important pour moi que les choses soient très équilibrées quand on fait un film. Je suis réalisateur, mais ce n’est pas une position dominante, elle est au service de la création du film.

L’espace que s’octroie le ou la comédien·ne donne au film une couleur particulière. Certains dialogues étaient très écrits, d’autres non…

Il y a Karim Barras, qui a travaillé avec moi sur les dialogues et sa compagne Sophie Senecaut, tous les deux comédiens de théâtre et de cinéma. J’aimais bien l’idée de travailler avec des couples à la vie comme à l’écran, et il y a aussi Greg Duret et Mathilde Demaret. Il y a également Claude Semal, dont l’humour est infini, il est drôle dans la dérision et l’autodérisien. Enfin on retrouve Vincent Mine et Baptiste Sornin, et François Ebouélé.

En quoi ce lion (et ce film) sont belges?

L’histoire de la Belgique est l’un des thèmes du film. C’est un film qui s’est fait en toute liberté, qui oscille entre le doc et la fiction, qui joue sur l’absurde, le surréalisme et la dérision, des caractéristiques du cinéma belge que l’on retrouve ici à l’oeuvre.

On a pu fabriquer ce film en dehors des contraintes qui auraient réduit ce qu’on avait envie de faire.

L’idée c’était vraiment de faire un film burlesque, de créer des personnages a priori plats, comme dans la bande dessinée ou les films muets, qui varient peu, mais qui en fait ont une vraie profondeur. Je voulais aussi faire un film tous publics, visible par des enfants, d’où le choix d’une narration assez simple, avec un début et une fin.

J’aime bien les cinéastes qui sont aussi écrivains, je trouve que le cinéma, c’est une écriture qu’on offre, et j’avais envie qu’elle soit accessible à tout le monde. Le côté burlesque permet ça, tout est un peu exagéré, ce qui parle aux enfants, même si certaines strates sont uniquement accessibles aux adultes.

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Il y a aussi une esthétique qui renvoie à l’histoire du cinéma.

Oui, l’image rappelle les années 30, qui sont la grande époque du colonialisme belge. On a conscience d’être dans un film continuellement, car le spectateur doit faire un effort pour accepter ce qu’il regarde. Je voulais qu’il y ait des moments où il y a du vide, pour qu’on puisse faire de la place à la réflexion. Ces moment de réflexion alternent avec les moments de narration pure et l’histoire.

Le fait d’avoir une histoire qui se raconte dans l’histoire, c’est une manière de souligner le fait que l’on questionne le colonialisme, même si ce n’est pas ce qui est posé dans la narration en tant que telle.

Toutes ces couches se croisent, se mélangent. Les dialogues sont posés bizarrement, on vit ce qu’ils ont dans la tête avec du retard. Cela permet de réfléchir à ces questions-là sans les prendre de plein fouet, et de laisser le débat ouvert.

C’est un film fait pour divertir, tout en touchant des sujets très lourds. L’hymne belge du Congo que l’on entend dans le film est d’une grande violence, mais il passe dans ce contexte narratif. Le statuaire quant à lui représente la mémoire de notre quotidien, qui disparait d’ailleurs petit à petit. C’est aussi faire oeuvre de documentaire autour d’un thème.

L’un des personnages du film, c’est aussi Bruxelles, vu sous l’angle de cette foison de lions déployés pour cimenter la belgitude au XIX siècle, par Leopold 1er, puis par Leopold II, puis récupéré par le nationalisme flamand. Ces statues sont des témoins du temps, de la mémoire. L’idée, c’était aussi d’apporter un autre discours sur l’histoire, à travers le cinéma et la fiction.

 

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