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Patser, gangs of Antwerpen

Avec Patser, leur troisième film, Adil El Arbi et Bilall Fallah érigent la frime au rang d’art, et livrent une comédie d’action explosive, aussi aveuglante et assourdissante que réjouissante. Deux heures de spectacle sans limites ou presque, shooté à l’adrénaline.

Anvers, quartier t’Kiel. Adamo (oui, comme le chanteur), ne quitte jamais sa casquette Gucci ni ses Nike Air Max. Question de style. Il ne quitte pas souvent non plus le canapé de Badia, où il joue aux jeux videos H24 avec Badia, Younès et Volt. Enfin, sauf quand il s’agit d’aller dealer deux trois trucs pour l’oncle Farid. D’ailleurs, les quatre ne manquent pas d’ambition. Ils se verraient bien devenir Tony Montana himself. Enfin, s’ils ne manquent pas d’ambition, ils manquent peut-être d’occasions. Alors quand l’opportunité se présente de bosser pour Orlando, le dealer du quartier, ils saisissent leur chance, quitte à voir un peu trop grand. D’autant qu’Orlando ne travaille pas exactement tout seul, et ses commanditaires colombiens ne voient pas d’un bon oeil la poudre qui s’envole dans la nature – ni celle qui disparait dans les poches sans fond de flics un peu pourris.

Adamo et sa crew sont des enfants des jeux vidéos, les rejetons déjantés de l’union forcée des Affranchis et de GTA 4. Sans trop y penser, voire sans y penser du tout, ils se lancent en amateurs dans le trafic de drogue international. Mauvaise idée. Ils sont vite dépassés par leur choix de carrière pour le moins hasardeux, comme si le port d’Anvers n’était que le plateau d’un jeu vidéo grandeur nature, où l’on a toujours une deuxième chance, et où les vies se régénèrent. Mais combien de chances, en tout?

Adil El Arbi et Bilall Fallah s’emparent de cette attitude en adoptant une esthétique très marquée largement inspirée des jeux vidéos, de la présentation des personnages aux jeux sur les lumières, néons et autres stroboscopes, qui flashent tout au long du film. La vie est un (mortel) combat, des rings de kick-boxing où évolue Badia, l’héroïne de la bande, aux allées sombres du port d’Anvers où transite la drogue. La bande-son est à l’avenant, pleine de coups qui claquent, maintenant le spectateur dans un état de fébrilité qui fait oublier les 2h05 au long desquelles se déploie le récit, un récit efficacement rythmé par les 7 péchés capitaux, égrenés au fil des mésaventures de cette bande d’attachants frimeurs. Alors qu’ils s’enfoncent dans une situation toujours plus inextricable, et face à une telle démesure, on se demande bien si et comment tout ça va pouvoir finir, piège dont le scénario se sort d’ailleurs habilement.

Patser est un film d’excès, qui va trop vite, trop fort, et même trop loin, mais avec maîtrise, un film dont on se surprend à s’étonner qu’il ait trouvé les moyens de ses ambitions. Adil El Arbi et Bilall Fallah revendiquent aussi bien l’influence des classiques du film de gangsters américains que de La Cité de Dieu de Fernando Meirelles, Le Loup de Wall Street de Scorsese ou le Spike Lee de Do the Right Thing, autant d’influences savamment digérées, au service d’une histoire assez maline et d’une réalisation assez tonique pour livrer un divertissement efficace et percutant. Mais l’autre influence assumée et fièrement revendiquée, c’est celle des Barons. Le réalisateur bruxellois accompagne les deux jeunes réalisateurs depuis leurs débuts, il les produit, a co-écrit le scénario, et va même jusqu’à jouer un truculent rôle d’un tonton moyennement bienveillant dans le film. Si Les Barons, sorti en 2008, portait un regard sur ce que cela représente d’être un jeune Belge d’origine marocaine aujourd’hui à Bruxelles, El Arbi et Fallah lui renvoient la question mais dans les quartiers populaires d’Anvers.

Dans le rôle principal, Matteo Simoni (Marina, Terug Naar Morgen), excelle dans un rôle de petite frappe le cul entre deux chaises, plein de morgue et de fêlures. A ses côtés, un trio de « débutants », venus d’autres univers artistiques que le cinéma, Nora Gharib (qui incarne une Badia dure à cuire à souhait), Junes Lazaar et Said Boumazoughe, trois comédiens inattendus qui offrent à leurs personnages avec sincérité et véracité leur énergie débordante.

En bref, entre courses de bagnoles, défonces épiques, dialogues piquants, combats de kick-boxing et fusillades mult-directionnelles, Patser est une petite bombe cinématographique, du cinéma hyper-protéiné qui ne craint aucun excès.

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